Suite à la récente bronca de quelques membres du clergé catholique envers le Régime du Renouveau, vous avez sûrement lu la sortie du SG du RDPC. Un ton paternaliste, une tendance étrange à parler aux camerounais comme s’ils étaient de facto militants du RDPC ou que lui était SG du Cameroun.
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Une sortie suivie de près par des tirs en rafale des habituels porte-voix du Régime, sur le même ton. Partenaliste, condescendant, limite méprisant.
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Quelques jours plus tard, suite à une violente altercation entre un chercheur en chantalisme biyaïsme et un militant de l’UPC sur un plateau de télévision, sortie du très dépendant CNC.
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Je ne suis pas fan de ces émissions du dimanche, ces débats de bar relevant de ce qu’un libre penseur appelle la débatologie. Une réduction de sujets complexes et ô combien importants à des joutes personnelles où l’élément retenu est le bagout de l’intervenant, matérialisé par la phrase qui tue, la fameuse punchline qui amplifiée par les réseaux sociaux tiendra le haut du pavé et le plafond des cerveaux, au détriment de la question de fond.
Mais un fait est têtu : ces émissions, ces débats, en intégrant dans leur dispositif des représentants du RDPC légitiment de facto cette association de malfaiteurs qui pour dorer un blason qui ne l’a jamais été, se sert de ces tremplins médiatiques. Mais surtout, elles donnent l’occasion aux crieurs publics du Régime de sortir la carte légaliste pour justifier leur entreprise criminelle: regardez! Ils sont violents alors que nous sommes un parti respectueux de la loi et du verdict des urnes.
Criminelle car le RDPC a certes la forme juridique d’un parti politique, mais son mode de fonctionnement et son accointance avec le régime actuel en font une association de malfaiteurs dont le but est de maintenir au pouvoir le Renouveau. Comme dans une mafia, la finalité est simple : acquérir le plus de pouvoir pour susciter l’enrichissement des membres de la pieuvre et vice-versa.
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Les sorties des caciques du RDPC à chaque « dérapage » dans ces émissions ou ailleurs sont révélatrices de la volonté de contrôle et de manipulation d’une opinion publique pauvre en culture politique. Dans le même sens, les postures des « communicants » de cette Cosa nostra politique sont des éléments de dédiabolisation du régime auprès de téléspectateurs niais mais réceptifs au sensationnalisme.
Rien de nouveau hélas! Comme dans tout système d’oppression, l’oppresseur essaye d’influer le discours de l’opprimé. Rythmer le tempo de sa colère, déterminer le ton de son insurrection, pour mieux la contrôler et au final l’annihiler. Il n’a jamais été question de liberté d’expression, mais de soupape pour évacuer frustration et colère tout en maintenant l’illusion du libre arbitre qui évite l’explosion de la machine.
Le Régime au pouvoir au Cameroun contrôle de fait l’espace politique via un ministère de l’Intérieur qui distribue les bons points aux partis politiques, imposant leurs dirigeants et s’ingérant dans leur fonctionnement. Pareil pour les autres corps intermédiaires : les syndicats autrefois creuset du nationalisme camerounais, émasculés. La société civile, mise au pas et l’exemple du déchaînement récent autour du REDHAC a valeur de signal pour les récalcitrants. Le Régime se gargarise d’une vérité issue d’un révisionnisme historique: Paul Biya aurait « apporté la démocratie » mais dans les faits, en 2025 au Cameroun, il est quasi impossible d’avoir une autorisation pour une manifestation dont l’objet se rapprocherait d’une plainte raccordable à la malgouvernance ambiante.
l’Eglise est également noyautée et malgré les coups de gueule de certains ecclésiastiques catholiques, protégés par le cordon vatican et bourgeois, l’église populaire, évangélique et de réveil et ses « guides » qui n’auraient pas compris pour quel dirigeant il faut appeler à prier ont reçu récemment un mémo sous forme de prétexte du MINAT menaçant de fermer les églises « clandestines ».
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Des méthodes qui rappellent la pieuvre, la mafia. Oui, le RDPC est une association de malfaiteurs imbriquée dans un processus historique au cœur de la « malédiction » qui maintient le Cameroun dans le ravin dont il n’est jamais sorti.
L’histoire du Cameroun est celle d’une assiette de ndolè aux crevettes dont les bords ont été cédés aux impérialistes sans consultation de tous les ingrédients. Ce, via des traités « commerciaux » mais surtout inégaux. Oui, dans l’histoire de cette entité, des gens ont écrit à des impérialistes anglais pour leur dire, « nous sommes le ndolè aux crevettes, les allemands veulent nous manger, mais nous préférons le bruit des crevettes sous les dents de Sa Majesté britannique ». A cause d’un retard, l’assiette de ndolè crevettes a fini sur la table de Bismarck et Cie qui lui-même dût la livrer au banquet franco-anglais à l’issue de guerres auxquelles les « indigènes » étaient étrangers, sauf au moment de donner de leur sang pour leur pays devenu partie intégrante d’une mère patrie les astreignant aux travaux forcés.
Lorsque des patriotes se sont levés au cri de « le ndolè crevettes au camerounais! », « la réunification de tous les condiments et ensuite l’indépendance! », ces puissances impérialistes les ont massacrés, aidés par les créatures aujoulatistes. Ironie, lorsqu’il a été évident que garder le plat pour soi était impossible et l’indépendance inéluctable, De Gaulle a cédé, avec droit de regard, l’assiette de ndolè crevettes à ceux qui voulaient qu’elle soit maintenue dans le giron impérialiste. Ces aujoulatistes ont chassé les autres partis de la mangeoire, créant de fait un parti unique censé se goinfrer ad vitam éternam. Pour boucler la boucle de cette malédiction originelle, après l’Allemagne, la France, l’Angleterre et le régime fantoche de Baba Toura, le plat de ndolè a été cédé à un fonctionnaire, descendant de cette corporation aujoulatiste, notre président actuel, ancien bras droit du tyran qui essayera de lui reprendre l’assiette via un coup d’état, en vain.
Quarante trois ans que ça dure. Quarante trois ans et en 2025 nous en sommes à croire que le RDPC, avatar direct de cette entité qui a tué le rêve kamerunais va s’amender et rendre des comptes.
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Quarante trois ans et nous en sommes à ne pas comprendre que cette organisation dont les membres ont sur les mains le sang de nos martyrs nationalistes, insultés par une loi qui les réhabilite aux côtés de l’un de leur bourreaux, se remettra en question.
Quarante trois ans à croire que le Renouveau a prévu d’être mis en face de ses responsabilités pour les morts des années de braise où nous acquîmes la démocratie dans le sang. A croire qu’il voudra bien faire face à la justice pour les crimes du commandement opérationnel, pour les disparus de 2008 pour les embastillés de 2020 et les millions de morts engendrés par le sous développement découlant des crimes économiques perpétrés par ses membres.
Quarante trois ans et nous en sommes à discuter avec nos bourreaux sur des plateaux de télévision quand la posture serait d’ostraciser en public comme en privé les collaborateurs d’un régime qui a transformé notre pays en terre post apocalyptique, dont la fierté et les talents sont obstrués par un nuage de poussière dont n’émergent que les châteaux des rares invités à la mangeoire et ceux ayant appris à les caresser pour profiter des miettes.
Le Cameroun vit un renversement des valeurs. Comme dans cette video d’un voleur de voiture, qui fait la leçon au proprio victime qui vient de le surprendre dans la sienne. Les voleurs du riz d’Orca nous font la leçon, les détourneurs des fonds Covid nous disent dans quelle langue il faut leur parler, les auteurs de surfacturation de la CAN n’ont pas peur d’avouer leur forfaiture à la télévision, des types ayant détourné les fonds d’entretien d’un avion qui a fini par se crasher et tuer des innocents sont ministres en fonction.
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Je ne suis pas pour la violence, mais à un moment, il va falloir se réveiller. A défaut d’un coup de latte sur le crâne, au moins infliger un gifle psychologique à ces bandits à col blanc, voire un cordon sanitaire. On ne combat pas la mafia en discutant avec. Qu’il s’agisse de la loi Rico ou du Maxi procès en Italie, on crée des commissions, des Eliot Ness, des lois d’exception et surtout des postures zéro tolérance. La plus grande victoire du Renouveau et de ses membres est de nous imposer le rythme du jeu: discuter avec ses suppôts, obéir à des règles dont la seule finalité est notre asservissement, le tout au nom d’une démocratie à des années lumières du fonctionnement de cette organisation.
La naïveté peut être excusée jusqu’à un certain âge. Quarante trois ans n’a jamais fait partie de la fourchette.
Peace!