Je suis camerounais, j’ai failli devenir esclave sexuel: chronique d’un bantou aux yeux plus grands que le… reste [Fin]

 

Pour comprendre l’enchaînement des évènements que je m’en vais vous raconter, il faut avoir lu la première partie de cette chronique ici.

La liberté a ceci de pernicieux qu’elle nous ôte toute prudence. A force d’en inhaler les effluves, on oublie très vite l’odeur rance de la servitude passée. Je ne m’étais pas plus tôt libéré de l’esclavage de mon amazone en jupons que je me crus libre. Libre de recommencer à chasser mon gibier favori -abeg, les féministes passez!

Pauvre fou! Tel un christ bantou ma Passion était écrite de longue date.

Ivre de ma nouvelle liberté, j’accroche une liane du voisinage, douce étudiante en anthropologie, qui à la question de savoir pourquoi elle a choisi cette filière rébarbative m’a juste répondu : ah! mon père m’a dit de faire, je fais seulement. Devant tant de docilité et de respect du patriarcat, j’ai posé ma demande, non en mariage, mais en faisabilité d’un autre type de jeu. Réponse neutre : haussement d’épaules et sourire coquin. Qui ne dit rien consent, qui ne dit rien en souriant à trente-deux dents consent doublement. Vendu.

Un soir, dîner dans un restaurant faussement chic. Des néons tamisés à la peinture bleu RDPC, qui empêchent de voir le décor clinquant, fait de chaises chinoises, tout autant que les canyons de l’assiette qui dissimulent maladroitement le nanisme des portions. Moi quoi ? c’est la fin du film qui m’intéresse. Néanmoins je n’oublie pas le peu d’épaisseur de mon portefeuille et tandis que la liane avale un poulet rescapé d’un camp de concentration avicole, j’essaye de ne pas penser à la note et aux jours de frugalité qui s’annoncent, garnis de tapioca et de beignets-haricots, ordinaires de l’étudiant fauché.

Tu ne manges rien Flo Flo ?

Nooo j’ai déjà mangé. Une Castel (hors de prix) me suffira

A l’époque, ma désormais bière de prédilection, la Kadji consistait en un breuvage indigeste qui fabriquait à la chaîne des jeunes obèses. Vendue dans les Points Bleus de regrettée mémoire.

1h du matin, fin de la saignée. Me voici raccompagnant l’élue vers ma chambrette. Mais pour parvenir à Canaan, il faut traverser le désert. En l’occurrence, traverser la seule rue éclairée par la magnanimité du maire ; une rue qui passait pile devant le domicile de l’amazone. Une rue que j’évitais soigneusement depuis des semaines.

Comme pour Moïse, l’Eternel avait prédit que le peuple arriverait en terre promise, mais que le Moïse bantou ne verrait pas cette terre de lait et de miel.

J’ignore si un Judas m’avait trahi, toujours est-il qu’à mi-parcours, j’entrevois une silhouette sous un lampadaire. Mon sang se fige et j’entends les cristaux de glace ricaner dans mes artères obstruées.

Ngimbis, te voici non ?

Je manque un AVC en reconnaissant la voix.

La liane à mes côtés, qui n’a pas manqué elle aussi de reconnaître l’obstacle en face se met à sangloter : Ngimbis m’a tueR ooooo! Tu as dit que c’est fini entre vous nooon??

Plus mort que vif, je contemple mon ex terrain de jeu qui s’avance vers nous. Un frisson venu de mon atavisme machiste me hérisse l’échine en contemplant son délicieux derrière, grand comme un terrain de foot, qui se balance en cadence. Je ne peux m’empêcher de penser qu’un nouveau jardinier entretient sûrement ce grand espace taillé et fait pour heu… le jardinage.

La suite est floue. Je me souviens d’une gifle qui m’a explosé l’oreille interne et retiré le peu d’équilibre épargné par les vapeurs de Castel. Je me souviens de ma voix encore plus fluette que d’habitude essayant de bêler un « mais je dis hein ? Tu tapes qui ? ». Je me souviens avoir entrevu un mouvement de fuite de la liane. Vite stoppé par un cravatage en règle et un secouement digne des vents des premières pluies d’après saison sèche. Je crus un instant que les extensions de l’antropologue allaient s’envoler, mais les fils tinrent bon. Le fil noir des greffes… une valeur sûre.

La suite est moins floue. L’amazone était pressée. Une bastonnade pouvant réveiller les dormeurs, elle se contente d’arracher le sac à main « slim », made in Chinatown du Marché central de l’apprentie anthropo. Babiole qu’elle balance dans la foret de ronces qui séparait son studio du reste des habitations.

Sur ce, elle tourna les talons et regagna son studio en me lançant : fais ce que tu veux, mais je t’attends cette nuit!

J’aurais pu fuir, plantant là l’étudiante en pleurs et sauver,
dans un dernier baroud de goujaterie misogyne, le peu d’honneur ne ma possession . Mais un paramètre de l’équation me fut vite rappelé : le frère aîné de l’étudiante était aussi un membre de la pègre locale, un gentil méchant qui ne sortait de ses gonds que lorsqu’un gars du quartier avait le malheur de « manquer de respect » à son unique sœur, celle qui, comme il aimait à le répéter, allait sortir leur village de la pauvreté.

Hé Dieu!

Bref, ma bonne éducation me fit revenir sur mes pas et tandis que miss anthropologie sanglotait en invoquant le nom de son démon de frère, je me mis à fouiller le Gethsémani, jardin obscur de sissongos dans lequel le sac avait été balancé.

Jésus au moins avait retrouvé l’oreille sectionnée de Pierre. Après une dizaine de minutes et les bras en feu suite aux coupures des lames végétales, toujours pas de sac, uniquement des prières pour ne pas plonger dans un sommeil éternel après avoir dérangé celui d’un mamba vert.

Mais je dis hein ? Tu dis même qu’il y avait quoi dans ton sac là ?

Snif… Mon… Snif… Mon téléphone…

En repensant au niveau de contrefaçon du sac et à l’Alcatel du Crétacé que j’avais entrevu durant la soirée, je calcule que les racheter ne me ruinera pas et ne prolongera que d’une semaine supplémentaire ma diète au tapioca.

Quand soudain…

Snif… Snif… Il y avait aussi mon argent de pension.

10000 Francs coloniaux

Je crois que c’est à ce moment que la sorcellerie s’est invitée dans l’affaire.

La gourgandine qui n’a rien payé de la soirée, pas même un kopeck de taxi, prétend être sortie avec cinq feuilles, cinq papiers Beac gamme 2002. Pour aller payer sa pension de nuit ? Alors que je suis en passe d’exploser de colère, elle se remet à sangloter : entendre le nom du démon de frère me fait ravaler mes blasphèmes et aidé d’une machette rouillée trouvée sur un pas de porte, je me remets au njokmasi.

Entendant des bruits, un des occupants de la maison derrière laquelle j’effectuais mes travaux champêtres nocturnes sort. Me reconnaît, scène surréaliste machette à la main. Ngimbis, tu fais quoi là ?

Heu… Gars laisse, j’ai perdu un truc. Ça va aller.

Je t’aide ?

J’’hésite. C’est que j’ai reconnu le type. C’est O. une petite frappe du voisinage, expert en déshabillage de cordes à linge, mais qui bénéficiant de la présomption d’innocence, n’a jamais été passé sur le bûcher de pneus servant à rôtir les voleurs pris en flag à cette époque.

Dilemme.

Si j’accepte son aide et qu’il retrouve le sac en premier, je suis presque certain de ne jamais le revoir. Si je la refuse, Je deviens suspect et la situation peut dégénérer : il n’est pas facile d’expliquer ce que je fais avec une machette rouillée derrière sa maison à 2h du matin.

Je le briefe. Et nous voilà, fouillant les herbes à la lueur de mon Nokia chinois. Je prie : Père, guide ce sac vers mes mains et je te jure que j’arrête la fornication, la bière et les blasphèmes quand je bois et je fornique.

Miracle ? Chance ? Après une demi-heure de recherche, je tombe sur le sac. Comme un forçat libérien, je brandis le faux diamant et, tout à mon soulagement, j’oublie même d’en vérifier le contenu.

A quoi bon?

Resté seul dans la pénombre, abandonné par l’anthropologue, délesté d’un billet de mille francs, « effort de fouille » réclamé par mon « aide », j’ai réfléchi au sens de l’existence. Pas longtemps. Le rai de lumière filtrant sous le studio de mon amazone m’attirait comme un papillon de nuit, avec en fond sonore, sa dernière phrase : fais ce que tu veux, mais je t’attends cette nuit.

Vu où j’en étais…

Une bassine d’eau chaude m’attendait, ainsi que quelque chose de plus chaud et tout aussi humide.

Maf! La vie c’est quoi même ? J’ai plongé tour à tour dans les deux.

J’ai déménagé une semaines plus tard. Les jaloux ont prétendu que c’était de la lâcheté. Pas du tout. J’avais fait trop de promesses non tenues à Dieu et comme Jonas, j’ai décidé de fuir le Créateur et sa probable colère.

Peace!

13 Commentaires

  1. Carole Manessa

    Hahahahahahhazh

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  2. Anonyme

    😂😂😂😂😂. Perfect write up. Je me suis bien marré👌👌👌

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  3. Anonyme

    Très intéressant. L exemple même même du “ gros cœur”

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  4. Anonyme

    Belle plume 👌🏿

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  5. patrice Moohma

    Et les 50 kolos de l’étudiante? tu as géré ou pas?

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    1. Aymone Beling

      Ahaha « le fil noir des greffes une valeur suuuure! » I’m dead of laugh.

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  6. Belizem

    Makoulaa

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  7. Anonyme

    Pas mal… Mais excès d’oxymore dans ton récit. On s’y perd a certains moments.

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  8. Ewa

    🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣
    Flo Flo m’a « tuer »

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  9. Anonyme

    Trop fort le gars…Tu m as tue de lapp…big up…

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  10. Anonyme

    Ça c’est du Nguimbis. Toujours égale à sa plume… Peace.

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  11. Anonyme

    Belle plume

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  12. Anonyme

    Belle plume… Bravo

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