Le syndrome du taximan, frein à l’Emergence du Cameroun

Photo Florian Ngimbis

Photo Florian Ngimbis

Dans la jungle que constitue notre cité capitale Yaoundé, se trouve un animal intéressant appelé le chauffeur de taxi. Circulant à bord de véhicules de couleur jaune, cet être à la gouaille légendaire est un maillon essentiel de notre ville dont les dirigeants peinent à mettre en place une régie de transport en commun efficiente. Aux heures creuses, il est gentiment triste, comme un togolais sevré d’igname pilée. Aux heures de pointes… un vampire.

Le taxi yaoundéen est collectif par défaut. C’est généralement une guimbarde refoulée des paradis écologiques européens et refourguée à un camerounais ayant épargné très longtemps. Son âge, exprimé en années au compteur kilométrique excède très souvent les 100 000km, âge auquel il est considéré comme « neuf » car prêt à affronter les rues défoncées de Yaoundé pendant un bon moment, avant de provoquer sur la tête de son propriétaire une éruption de cheveux blancs dus à l’avalanche de pannes que son âge réel ne manque pas de l’exposer.

L’algorithme du GPS se situe dans le crâne du chauffeur qui effectue pour chaque ramassage une pléthore de calculs rendus difficiles par la chaleur de l’habitacle et les attaques sorcières de certains clients, généralement formulées sous la forme de « Ecole des Postes 100F dans 2000F ! »…

Je le répète à l’envie : si vous venez au Cameroun sans emprunter un taxi collectif, vous passerez à côté de l’essentiel de la mentalité camerounaise et à des années lumières de sa compréhension. Ça vaut aussi pour le bar de seconde zone, mais ça c’est un autre sujet.

Dernièrement, un ami me parlait de l’avenir du Cameroun sans le Roi et blablabla. J’ai ri hein ?

Je lui ai parlé du syndrome du taximan, une maladie qui affecte les yaoundéens. Je lui ai dit : frère ! Si on réussit à vaincre ce syndrome, alors on est prêts pour envoyer le grand père dans ses plantations d’ananas ad vitam eternam.

Après moult études, j’ai effectué cette étude basée sur la mise en évidence d’un syndrome dans la société camerounaise. Je ne connais pas très bien les chauffeurs et les ambiances dans les taxis des autres villes camerounaises, mais croyez-moi, à Yaoundé je maîtrise mon sujet.

L’un des symptômes majeurs de ce syndrome est l’inhibition. Une espèce de peur inexpliquée qui fait que lorsqu’on rentre dans un taxi à Yaoundé, le cerveau semble pris en otage par le taximan. Le jaune de la fonction éclabousse les synapses du passager qui développe une peur panique à l’idée de parler, s’engager, agir. Il se refuse à l’action quand pourtant celle-ci s’impose. Il développe un syndrome corollaire de Stockholm qui l’amène à faire ami avec le fou qui le persécute et met souvent sa vie en danger.

Je parle des chauffeurs de taxi hein ?

Il n’est pas rare d’entrer dans un taxi, de dire bonjour au taximan et de ne rien recevoir comme réponse. Ce coup de langue dans le vide que dans d’autres circonstances on aurait suivi d’un acerbe « mais je dis hein ? Tu ne me salues pas ? On a dormi ensemble ? » est validé par la plupart des yaoundéens. Le chien est fort chez lui, le taximan est le roi derrière son volant. Il salue qui il veut, nous quoi là-dedans ?

Durant les embouteillages, notamment lors des gros bouchons de type Razel aux heures de pointe, le taximan généralement énervé pas la stagnation des événements manque parfois renverser une moto essayant de se faufiler dans un trou à rat. L’injure est quasi instantanée : chien vert ! Bamiléké !

Il ne faut généralement pas s’attendre à des cris d’orfraie de la part des passagers horrifiés par une telle démonstration de tribalisme. Chacun rentre la tête dans les épaules et même les bamilékés du taxi se donnent bonne conscience en se disant que les bendskinneurs bamilékés sont des « mauvais bamiléké ».

Quand c’est un autre taxi qui manque de l’emboutir à un feu rouge, là encore sa réaction est toute trouvée : vampire ! Bamoun !

S’ensuit une longue tirade sur la malhonnêteté des chauffeurs Bamoun avec à la clé des anecdotes qui puent. Mais ô surprise ( ?) Personne ne s’offusque et très souvent les passagers apportent des témoignages pour enrichir les anecdotes du chauffeur.

Intérieur d'un taxi camerounais

Intérieur d’un taxi de Yaoundé photo

Que voulez-vous ? Depuis quand appeler quelqu’un par le terme générique permettant de nommer son ethnie est-il une injure ? Et puis même, « tout le monde sait que les Bamoun sont des serpents à deux têtes » non ?

Il arrive très souvent qu’en empruntant le taxi, un client oublie, malgré l’autocollant bien visible sur le tableau de bord, de spécifier qu’il payera avec un billet. A l’arrivée, faute de monnaie, un concert d’insanités, une pluie d’accusations dignes d’un procès en sorcellerie déferle sur le distrait. Des grossièretés que le chauffeur, certain de son droit jette sur sa victime. Pour conclure par :

« Sors de ma voiture avec ta malchance ! »

J’ai oublié de vous préciser que les chauffeurs de taxi pratiquent le tutoiement spontané, sans doute une prescription médicale rigoureusement suivie vu l’ampleur du phénomène.

La pauvre victime éjectée, Le grand redresseur de société ne manque pas de prendre à témoin les autres passagers, surtout si la coupable désignée est une femme : vous me voyez la malchance ? pour demander l’argent aux hommes, elles n’oublient jamais. La « blague » graveleuse passe. Tout le monde rit. Comme il est drôle ce descendant de Joe le taxi !

La plus grande réussite des chauffeurs de taxi est de nous avoir fait oublier que c’est notre argent qui fait tourner le moteur de leurs tas de ferraille. Ces individus se comportent comme si nous transporter était une faveur vu le prix modique de la course. Aussi la notion de confort est si abstraite qu’ils ne comprennent pas les rares plaintes. Le plus important est d’arriver à destination.

Là encore cela s’est fait avec la complicité active ou passive des passagers. Combien de fois ai-je vu des gens transpirer en silence dans un habitacle, habités par la peur de demander la manivelle de la vitre au taximan qui semble considérer tous ceux qui lui demandent l’engin comme des casseurs de vitres déguisés en clients.

Combien de fois suis-je entré dans un taxi ou les gens respiraient par à coup à cause d’une odeur de poisson pourri, précédemment transporté, sans que le chauffeur ait pris la peine de nettoyer sa cage à animaux pour la suite des courses.

Ah ! mon frère ! On va faire comment ? On supporte seulement (ça ne vous rappelle rien ?).

Parfois, le chauffeur, ivre de banga ou de je ne sais quel hallucinogène pilote en pleine ville à la vitesse d’un militant du RDPC ayant humé l’odeur du maquereau, multipliant les erreurs, il frôle à chaque fois l’accident. Dans le véhicule, silence de mort. Au lieu de serrer le cou de l’abruti et de descendre du taxi, les passagers serrent les fesses et s’en remettent à Dieu. D’ailleurs, comme me l’a fait remarquer une dame un jour : « petit, on ne parle pas mal au chauffeur ! ». …Sauf si c’est lui qui s’adresse à vous, ai-je eu envie de compléter…

Beaucoup de théories existent pour expliquer la théorie du bâchage. Vous savez, la pratique consistant à faire assoir deux personnes dans le siège avant. La multiplication des gains selon certains, le bon samaritanisme selon d’autres. Le satanisme selon ma mère.

S’il est évident que les causes sont croisées, le besoin entraînant une offre basée sur la cupidité, la réalité est que cette pratique qui autrefois était marginale est devenue un des piliers du transport en commun à Ongola. Il ne sert à rien de payer normalement, le taximan vous bâche même parfois en se justifiant par un « il descend là devant » !!!! ça c’est pour les gentils. Autrement, c’est en mode serré serré.

Refuser d’être bâché c’est s’exposer à la chute de votre charisme, car nonobstant votre refus il vous bâchera ou vous fera descendre.

Même le chef on bâche!

Même le chef on bâche!

Acheter les deux places de devant c’est valider l’absurde et payer deux fois.

Dans les deux cas ne comptez pas sur les autres passagers pour vous soutenir. Au contraire. Dans le premier des cas vous passerez pour un mbenguiste qu’i n’a qu’à aller dédouaner son « congelé » au port ou prendre un dépôt, ou, dans le second cas, pour un égoïste, faisant partie de la secte des gens qui ne veulent pas faire avancer le pays, la preuve il confisque une place alors que des « frères » sont à terre.

Il ne sert à rien d’essayer de les convaincre qu’on a encore le droit d’être seul dans le siège avant en 2017, il ne sert à rien de compter sur la police, car oui, la police cette communauté nationale en cheville avec le crime arrête souvent les taxis pour des contrôles ad hoc. Et en 2017, le policier camerounais se fiche Que vous soyez six dans un véhicule qui transporte normalement cinq personnes, il se fiche de ce que personne n’ait de ceinture de sécurité. Son problème c’est la carte d’identité et surtout les mille francs qui le rendront aveugle aux autres infractions.

Comme dit mon voisin, le militaire qui ne sait rien lire d’autre que sa feuille de paie : on a toujours fait ainsi, rien ne nous fait.

Comprenne qui voudra.

Peace !

 

 

 

 

3 Commentaires

  1. Anonyme

    Comme toujours, chapeau l’acteur!!!

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  2. KEMDEM

    hummmm comm d’habitude je suis mort de lap!!!!!!!!!!!!!!

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  3. Anonyme

    Excellent bravo!

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