Two languages but one love

Texte du blogueur-invité Charly T. du blog Journal de bord d’un voyage vers l’inconnu

To my Parents & Grandparents

To my Brothers & Sisters

 

En tant que jeune citoyen camerounais, rares sont les occasions pour lesquelles j’ai autant ressenti le besoin de m’exprimer publiquement sur un sujet d’actualité de mon pays. A vrai dire, le clivage entre les zones dites « anglophones » et « francophones » de notre pays et (surtout) les outrances et excès qui ne cessent de s’accumuler sur les réseaux sociaux m’ont finalement convaincu de mettre par écrit ma réflexion personnelle sur le sujet.

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Monument de la Réunification. crédit photo: wikimedia.org

Afin de dissiper quelque peu la confusion visible qui continue de grandir, il importe tout d’abord de rappeler succinctement la source de la situation actuelle dans la partie anglophone de notre pays. Les tensions semblent partir des revendications régulières successives de 2 corporations de cette zone du pays: les avocats et les enseignants. Si l’on en croit les échos des média locaux (et les relais directs fiables via les réseaux sociaux), ces revendications ayant trait à leurs conditions de travail et au non-respect de certaines spécificités culturelles, linguistiques et historiques précises de leur profession dans cette zone, auraient été assez sévèrement réprimées par les forces de maintien de l’ordre. Telle une étincelle au dessus d’une substance volatile, cette répression (assez musclée) aurait alors donné naissance à une contestation (populaire cette fois), laquelle à son tour aurait ricoché sur un déploiement sécuritaire plus important. De fil en aiguille, cette escalade de violences a débouché sur un affrontement dont le bilan officiel fait état de plusieurs cas de décès de jeunes compatriotes. Ces pertes sont évidemment fort regrettables car il ne s’agit précisément pas ici d’une situation de conflit armé.

Au total, en quelques semaines, c’est donc toute une partie de notre pays qui s’est passablement embrasée, a subi des pertes en vies humaines, des fermetures forcées d’écoles et de commerces, des scènes choquantes de drapeau national brûlé. Bien au-delà de tout, la conséquence ultime à mon sens de cette escalade reste la résurgence d’un sentiment latent de division entre nous. On a eu droit à des termes assez clivants comme « Sécession », « Ambazonie » (terme – assez inélégant – désignant une nation indépendante anglophone ), « You francophones… », « Les anglos là… », « Tout ça c’est à cause de John Ngu Foncha… », etc. Quand on y ajoute les différentes manipulations pernicieuses savamment distillées sur la toile/les media sociaux (déclarations anonymes, thèses de complot) et la tonalité tantôt méprisante, tantôt martiale de certaines communications officielles, le sentiment d’inclusion et d’appartenance nationale entre tous les camerounais a vraiment tout le mal du monde à retrouver son chemin. Tout ceci alors que le pays vient de vibrer à l’unisson devant la brillante performance de notre équipe nationale de Football féminin.

Comment peut-on, comment doit-on s’en sortir dans ces conditions?

Du point de vue académique ou professionnel, je ne suis ni expert en résolutions de conflits, ni expert de sciences sociales. De ce point de vue, malgré mon intérêt certain pour cette importante question d’unité nationale, je me suis donc résolu dans un premier temps à écouter les pistes publiquement avancées par les autorités officielles, et les experts en Histoire et autres sciences sociales. Ainsi, à la faveur de l’émission TV « Le Club d’Élite » (de la chaîne locale Vision 4) du Dimanche 11 Décembre 2016, l’occasion m’a été offerte de suivre des échanges entre autorités officielles, personnalités politiques et experts d’Histoire et sciences sociales d’origine francophones et anglophones. Échanges édifiants, échanges très édifiants d’ailleurs; non pas parce qu’ils ont fourni des pistes de solutions claires au problème de fond, mais parce qu’ils m’ont personnellement permis de détecter une des causes potentielles du dialogue de sourds actuel. Sur le plateau, j’ai pu observer que chaque intervenant est venu avec ses propres « dogmes » et s’est évertué à prêcher pour sa propre chapelle:

  • Les uns avaient le « dogme » absolu des anglophones qui ont été dupés pendant les négociations pour la réunification entre Francophones et Anglophones. Pour eux, cet accord a été négligé au fil du temps et n’est même plus considéré de nos jours. A la faveur des tensions actuelles, Il est question de profiter pour remettre en urgence ce sujet historique plus global sur la table tout de suite! Il n’est pas question que cette nouvelle occasion de débat passe à nouveau!
  • D’autres avaient le dogme de l’ordre absolu et la primauté de l’Etat. Les discussions avec les professionnels pourront se poursuivre, mais Il faut réprimer ces « vandales » qui défient les forces de l’ordre, brûlent le drapeau national, exhibent la sécession et empêchent la république de tourner en rond!
  • D’autres encore avaient le dogme des mains obscures qui manipulent. Pour eux, ces « casseurs » seraient financés, sponsorisés pour tour à tour empêcher un meeting du tout-puissant parti au pouvoir, créer du désordre et relayer les troubles causés via des média étrangers
  • Les derniers ont le dogme du Cameroun Un et Indivisible. Pour eux, « les anglos dérangent. Ils ont des problèmes comme tous les camerounais du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, c’est pas la peine d’aller jusqu’aux extrêmes en cassant et paralysant une partie du pays »

A bien y regarder, je me rends compte que ce plateau résumait plutôt bien les mêmes positions entendues et défendues entre citoyens sur les réseaux sociaux (et probablement exprimées sur les tables de négociation actuelles entre Autorités et Populations/professionnels). Le problème avec ces positions (compréhensibles pour la plupart) est qu’elles sont d’office quasiment irréconciliables. En effet, tant que l’un des rôles primordiaux de l’Etat demeurera la restauration et maintien de l’ordre public, aucune intention de confrontation de la part des autres parties (professionnels ou citoyens) n’aboutira sur un cercle vertueux: soit l’Etat, fort de sa puissance l’emporte (et les plaignants ruminent leur sentiment d’échec jusqu’à la prochaine étincelle sociale), soit alors la contestation se durcit et on aboutit à la paralysie et l’usure (au détriment de l’intérêt général et du sentiment national une fois de plus).

Dans un contexte aussi complexe, la sagesse de nos ancêtres ainsi que la littérature moderne nous offrent un puissant instrument de réflexion intellectuelle: la métaphore. En effet, si l’on se prête à cet exercice, on peut considérer que le Cameroun actuel est une grande famille avec 2 enfants – Feudjio (F comme Francophone) et Enganamouit (En comme English-speaking) – et un parent Enow Ngachu (E comme État).

A quelque chose près, on aurait alors une histoire où Feudjio et Enganamouit ont grandi dans 2 appartements différents dans la grande concession de Enow Ngatchu pendant 11 ans. Chacune avait ses habitudes dans son appartement. Un jour, le coach Enow décide que Enganamouit et Feudjio vont désormais vivre dans la grande maison familiale et dans la même chambre de surcroît. Avant le déménagement final pour la même chambre (dans la grande maison), elles s’entendent toutes les deux sur la discipline à suivre pour une cohabitation harmonieuse et fraternelle. Malheureusement, une fois qu’elles emménagent dans la chambre, Enganamouit trouve que Feudjio prend trop de place et ne respecte pas l’accord de colocation. De plus, elle a l’impression que le coach préfère systématiquement Feudjio pour gérer les affaires de la maison. Feudjio quand à elle dit ne pas comprendre les revendications de sa soeur. Elle se contente de faire ce que le père Enow lui demande et assez souvent elle-même soumet ses propres problèmes au père sans succès.

Arrive alors un de ces matins ou, alors qu’il est au bureau, coach Enow apprend que Enganamouit s’est révoltée, a cassé des verres à la maison en signe de protestation et menace de casser les plats si le Père ne résout pas son problème de marginalisation. Les voisins, ayant entendu des bruits dans la maison, commencent déjà à chuchoter entre eux pour comprendre ce qui se passe.

Dans une telle situation, la question analogue qui se poserait dans cette situation métaphorique serait donc: Comment doit réagir coach Enow Ngatchu pour ramener la paix et la joie dans sa maison?

2 options majeures se profilent assez clairement:

  1. Le Père sévère: Il revient lui-même à la maison (ou appelle les autres enfants de la maison) afin d’infliger une bonne correction à Enganamouit et la mettre hors d’état de nuire. Si elle ne coopère pas d’ailleurs, on l’envoie ensuite à la police pour vandalisme et destruction de biens. Le père sévère espère alors que fort de cette correction, elle ne va plus recommencer et se contentera désormais de dormir dans sa chambre sans faire de bruit. Pendant tout ce temps, Feudjio tantôt se moque de sa sœur Enganamouit tout en lui reprochant d’avoir cassé le verre, tantôt lui demande d’arrêter le désordre afin que la colère du père Enow ne s’abatte davantage.
  2. Le Père tolérant: Il prend son téléphone, appelle directement Enganamouit et lui demande de se calmer sachant qu’il est entrain de revenir. Il prend une permission, rentre à la maison sans faire trop de bruits pour ne pas alerter davantage les voisins. Il la calme à nouveau puis s’assoit avec elle pour un échange franc et familial. A la fin de la discussion, ils prennent des engagements mutuels puis scellent leurs résolutions à table par un dîner en famille.

Je ne suis probablement pas aussi expérimenté en paternité (ou maternité) que beaucoup de ceux ou celles d’entre vous qui liront ces quelques lignes mais j’ai une préférence assez nette parmi les 2 options ci-dessus formulées. J’ose croire que la lumière de cette métaphore pourra éclairer notre lecture de la situation sociale actuelle dans une partie de notre pays.

Je suis relativement jeune, mais mon expérience d’observateur de la gestion des conflits sociaux par notre État sur les 20 dernières années m’a assez systématiquement donné le spectacle du père sévère. Ce père qui n’admet pas que son enfant puisse s’exprimer autrement que par les demandes cordiales, les courbettes. Pourtant notre expérience de l’être humain nous montre à suffisance que celui-ci ne peut pas toujours réagir de manière pacifique et pondérée dans toutes les situations. Pourtant l’Histoire du monde nous enseigne que dans bien des cas, les changements les plus salvateurs pour les peuples interviennent souvent à travers des contextes conflictuels extrêmement violents.

J’ai la faiblesse de penser que, de manière inavouée, aucun Camerounais (« anglophone » ou « francophone” » digne de ce nom ne souhaite réellement de conflits sur notre territoire. Nous aimons tous nous asseoir à la buvette du coin avec les amis et frères pour regarder le match des Lionnes Feudjio et Enganamouit coachées par Enow Ngatchu sans distinction linguistique. Nous nous sentons tous blessés quand les terroristes frappent le Pays. Je me suis rendu compte seulement hier après-midi, grâce à la playlist de mon coiffeur habituel, que mes artistes préférés de musique « urbaine » locale sont tous de véritables symboles de notre unité nationale: tous composent des morceaux assez systématiquement dans un mélange harmonieux d’Anglais, Français, Pidgin (Mr Leo, Salatiel, Jovi, Stanley Enow, Locko).

Notre république unifiée est relativement jeune. A 44 ans pour une personne humaine, le cap des crises d’adolescence et revendications outrancières est largement dépassé; la maturité physique et morale est largement entamée. Un adage populaire nous rappelle d’ailleurs ceci: « être communiste à 20 ans, c’est avoir du cœur; l’être à 40 ans, c’est ne pas avoir de tête ». Malheureusement, la construction d’une nation est beaucoup plus lente. Un Etat unitaire qui a 44 ans n’est même pas encore adolescent; il est encore embryonnaire. Par conséquent, il existe encore des soubresauts, des demandes spontanées (et parfois maladroites sur les bords) dont il va falloir tenir compte au final. N’ étouffons guère l’embryon, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain car L’Etat n’est pas un père Fouettard.

Etat et Autorités légitimes du Cameroun, ne soyez pas le parent sévère vis-à-vis de nos frères et sœurs. Ménageons le bâton et la carotte.

Frère et Sœurs, collègues de la même chambre, ne cassons plus davantage de verres dans la maison. Il ne nous restera plus rien d’autre pour boire le peu de bière que nous avons durement travaillé pour acheter.

Donnons une chance au dialogue apaisé, signature indiscutable de notre pays le Cameroun sur le plan international. La « réunification » très récente avec nos frères de Bakassi le prouve à suffisance.

3 Commentaires

  1. Chris

    Florian, I must admit that your write-up has fetched tears from my eyes. At your young age, you have decided to remain truthful first to yourself and then now to national issues. I have often read and reread your jokes which come around with a mixture of « elitisr » and at the same time « kwat » (franglais) jokes. This is only your opinion but believe me, the first « chef de terre » who reads it will think of sending gendarmes to arrest you. Why? We have a culture of doing things to please the president not to please the nation. I have always written or said everyhere I pass that a true patriot is one who will stop just to listen to the cry of part of the nation-entity. The reason of the cry, founded or not takes second place.
    Younger brother, believe me, the trouble in Cameroon is that francophones were raised to believe that ..ces gens sont inferieurs… leurs anglais la, la parler c’est se rabasser et leur faire plaisir! You see from this premise, many have not taken the time like you did, many have not emptied their minds of prejudice as you did, many didnot think of blood being more precious than a flag (a piece of cloth) as you did!
    The problem is not that of anglophones against francophones. Some of us, (on both sides) decide to listen and quote sources that do not master the issue or do not know how to articulate the issues. Some even call the Builders of this nation esp. from the English angle traitors (done mostly by anglophone counterparts) forgetting that these guys were armed only with a Teachers’ Grade 2 Certificate, no Tv, Cellphone and…android! Besides Enugu and Lagos, many had never been anywhere. Today, we have almost a million Cameroonians with the Ph.D. uncountable numbers with multiple master degrees. etc etc, but what do we use them to do? Your answer will be as good as mine.
    The day Paul Biya, the present ruler of cameroon decided to stand up to the challenge and restore love for one another and thus PATRIOTISM; it would take him 24hours! The trouble is that many people are gaining from the chaos. I live in Stuttgart Germany, and there is no situation where a Cameroonian corps has been above us to send home for decent burial, but we live exactly as at home. Two Cameroonian meetings, one for Francophones with a few anglophones and vice versa. But in the Bar/Restuarants, you do not notice any dichotmy. So why is keeping us apart except some « cliches » brought from our homes?
    God bless you and stay healthy. Less Castel and less Djomba will keep those your brains always together so that we read more from them. Learn more English petit frere, if we survive this challenge of national unity together, then youths like you are « truly » our tomorrow.
    Cheers.
    Chris

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  2. Chris

    corrigedum

    …the day PPail Biya…..decides (not decided)

    corpse…not corps

    …so why..so what is keeping…

    Thanks

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  3. Med

    Well done mon cher, si « Mr Enow » pouvait t’ecouter…!!!

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