Je suis camerounais, j’aime les lianes

Un jour, ma mère m’a dit: Mon fils, je sais ce qui va te tuer, ce sont les femmes.

N’est ce pas j’ai ri?

Il y a des années, je me faisais découper par des bandits qui après s’être introduits chez moi et vidé mon domicile n’ont trouvé rien de mieux à faire que m’administrer plusieurs coups de machette dont l’un a failli emporter mon avant bras. Dans mon lit d’hôpital, alors que je pleurais en me demandant s’il était possible de pratiquer la position du missionnaire avec un bras sans être Bruce Lee, mon père accouru à mon chevet avec les gendarmes m’a posé une seule question: tu as arraché la femme de quelqu’un?

Euye!

Néanmoins, il a fallu plus que ça pour me convaincre que c’est mon amour des lianes qui allait avoir ma peau un jour.
Il ya quelques mois, devant me rendre à Douala je décide en lieu et place du car habituel de faire de l’auto-stop peu après Mvan.
Alors que mon bras plus habitué à lever son coude que son pouce commence à faiblir, une berline de luxe ralentit à ma hauteur et dans le même temps la vitre qui s’abaisse lentement me laisse découvrir la liane qui la pilote.

Elle avait devrai/ faux cheveux dont je n’ai pas pu déterminer la nationalité, mais bon, le monde est un grand village non? Si les cheveux d’une indienne ou d’une habitante des favela de Rio se retrouvent sur la tête d’une Ewondo d’Afan oyo, quelle réaction dois-je avoir si ce n’est magnifier la mondialisation?

D’ailleurs, le reste du corps avait de quoi faire oublier la nationalité des cheveux. Un ensemble de courbes et de rondeurs bien placées qui ne demandaient qu’à s’échapper du balconnet et du fauteuil qui les chaperonnaient. J’ai immédiatement éprouvé une violente jalousie envers sa ceinture de sécurité.

Elle: Vous allez où?

J’ai pensé: Où tu veux mon cœur!

Ma bouche a dit: Douala

Elle: Montez

J’ai pensé: Que je te monte?

Ma bouche a dit: Merci.

L’esprit embrumé par des pensées inavouables, je m’installe dans un siège dont le confort ferait passer les banquettes de l’Intercity pour les bancs durs et rugueux d’un beigneitariat et nous voilà partis.

Rions d’abord.

Je ne sais pas si vous connaissez l’axe lourd Douala Yaoundé.

C’est la nationale n°3 qui relie les deux capitales du pays. Un mince ruban d’environ 300km qui tue des milliers de camerounais chaque année sans que ça n’émeuve outre mesure les pouvoirs publics. Ne me demandez même pas pourquoi il s’appelle axe-lourd, catégorie de voie inconnue en Ponts-et-chaussées et qui prouve que quand un camerounais veut voler des fonds publics il fait au moins preuve de créativité.

Voyager sur cet axe c’est un peu comme une tentative de suicide. Une roulette russe assumée qui peut se terminer en une fraction de seconde par une catastrophe. certes il y a le train, mais son peu de fiabilité le rend encore plus aléatoire que le train de l’Emergence censé nous garantir une autoroute (la première en cinquante ans d’indépendance) en lieu et place du ruban mortel.

Me voilà donc sur l’axe mortifère, mais dans une situation paradisiaque. Le parfum de la créature près de moi a le même effet que du LSD et je plane en me disant Eh! Dieu! Pour une fois j’ai le bon rôle dans une histoire.

Pas si sûr.

Comme le chauffeur qui « mettait les vitesses » dans le sketch de Kankan, la Belle s’est mise à appuyer sur l’accélérateur.
Après deux dépassements plus ou moins hasardeux, mon cœur se met à battre violemment: j’ai peur.

La fille conduit comme si elle était poursuivie par l’Epervier et transportait dans son coffre les sacs de billets détournés par son père.
Je crois qu’il n’y a rien de plus frustrant qu’essayer de piloter une voiture tout en étant assis dans le siège passager. Tandis que la liane écrasait l’accélérateur, mon pied appuyait vainement un frein imaginaire sur le plancher. Tandis qu’elle prenait des virages avec une indécence digne d’une péripatéticienne de Mvog Atangana Mballa, mon corps comme dans une luge de bobsleigh essayait en vain de remettre l’automobile sur la bonne trajectoire via des contorsions grotesques.

Pourquoi je ne descendais pas? Ah! Demandez à ses cuisses si généreusement dévoilées par la jupe complice. Oui ces cuisses sur lesquelles elle semblait cultiver des carrés d’un doux duvet lisse et brillant.

Ma raison me dit: petit, descends de cette voiture avant l’accident.

Mon cerveau reptilien me souffla: tu laisses les cuisses-ci à qui? Mouf! ne bouge pas.

Il est des raisons que la raison ne peut comprendre. Je suis resté.Kamer kongossa-logo-01

Boumnyébel. Au péage je souffle. Mais deux minutes plus tard, l’enfer reprend. Comme dans tous les films de sorcellerie les gendarmes préposés au radar étaient absents. Aucun contrôle, rien. Juste de la vitesse, juste l’odeur de la mort.

Après Pouma, l’odeur de mort est remplacée par celle d’un filon de marijuana que la belle a allumé sans même me demander. J’avais des dreadlocks à l’époque et bien entendu ça a suffit pour faire de moi un fumeur consentant.

Edéa. Ivre de banga, je commence à avoir des hallucinations. Je pense à mes parents dont le domicile n’est pas éloigné.

Ma raison tous feux au rouge me hurle: Putain! Ngimbis! descends de cette caisse!

Ma libido, paresseusement allongée se contente de me pointer la poitrine fantastique de la conductrice difficilement domptée par des balconnets et qui tressaute lors des changements de vitesse.

J’imagine la violence de la guerre que je pourrais mener avec de pareils engins à ma disposition. D’un revers de la main, je balaie l’image de ma mère et comme Mor Lame défiant la mort pour un morceau de jarret, je me dis « qu’on m’enterre, je me réveillerai en enfer avec elle et même Satan sera bien obligé de me prêter son lit ».

Julien Lepers: Alors  Ngimbis, vous descendez ou vous restez?

Moi: Je reste!!! Je cale piang! Amenez le caterpillar pour me déraciner!

Je ne vous raconte même pas ce que nous avons vécu entre Edéa et Douala. Tronçon encombré de camions et jonché de nids de poules que je la voyais esquiver tout en essayant de mon côté de dénouer mes intestins entrelacés par la peur.

C’est sous une pluie de catégorie Dangote (la catégorie au dessus c’est Noé) que nous sommes arrivés à Douala. Je me suis frotté les mains, prêt à enfin engager le jeu de la séduction, jeu dans lequel je me suis autoproclamé grand maître.

La voiture s’est arrêtée à Total Logbaba.

Moi: euye!

Elle: c’est ici que tu descends, mon gars m’attend.

Moi: que…

je n’ai pas eu le temps de revendiquer un hercule en bras de chemise qui s’abritait sous l’auvent venait d’entrer dans le véhicule. J’ai voulu demander le numéro de la fille, mais la grosseur des bras du malabar et la violence de leur baiser m’en a dissuadé.

J’ai failli pleurer en regardant la voiture s’en aller. j’ai failli me donner des coups de poing en me demandant comment j’avais risqué un accident idiot. J’ai failli déprimer, puis je me suis souvenu de vous chers lecteurs. Je me suis souvenu que j’allais tout vous raconter.

Bienvenue sur le nouveau Kamer Kongossa.

Peace!

30 Commentaires

  1. Nathalie

    Bon retour….

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  2. Achille kmel MEKONTCHOU

    Le logo est simple. Mais fallait y penser. Le résultat est juste nyanga. Bonne rentrée…

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  3. Narcisse WANDJI

    YESSSS, une plume à vous couper le souffle. Merci NGUIMBIS pour ce voyage très mouvementé et plein de suspense. Je me suis « déchiré » de rire

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  4. Serge Tchonang

    Waaaaah assiah mon ami! Les lianes vont nous, heu pardon te tuer! Yiaaaah!!!

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  5. Monga Nam

    Ce kongossa est vrai. Mais Ngimbis, comment tu as parcouru 300km avec une comme ça sans placer un mot, enfin, le mot? Tssuuiip, tu souilles la famille

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    1. Mak Yimen

      Lool, Je te di gars. C a douala qu’il viens essayer de dire un truc. C est un peu quand une meuf viens chez toi, et puis c est lorsque tu veux deja negocier l affaire qu’elle te dis qu elle rentre deja. =D

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      1. Anonyme

        Hé remet en doute ton titre de grand maitre

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  6. Guillaume

    La partie où tu parles de Bruce Lee m’a fait pisser de rire.

    Sacré Florian… Toujours aussi drôle. Bonne rentrée et bonne aventure sur le nouveau kamerkongossa.

    Amitiés !

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  7. Yasmine

    Mais Flo, malgré tout çà, moi je retiens que tu as quand même voyagé njoh hein :p
    Magnifique plume comme toujours et le logo est juste génial!

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  8. Mak Yimen

    Waahhh gars, suis die de lap.
    La femme c’est décidement le péché de tous les hommes. Mdr.
    Cool le logo

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  9. Mathy

    Mdrrrrrrrrrrrr waaah Tton Flo j’suis mourue!

    Que quoi?
     » Elle: Vous allez où?
    J’ai pensé: Où tu veux mon cœur!
    Ma bouche a dit: Douala
    Elle: Montez
    J’ai pensé: Que je te monte?
    Ma bouche a dit: Merci. »

    Et dire que ta raison a tout essayé:  » Ma raison tous feux au rouge me hurle: Putain! Ngimbis! descends de
    cette caisse! »

    Et tout ça pour rien mm! A part peut etre le voyage gratuit et le look but don’t touch des B’da loool!

    Tu m’as kill que sauf ah mof midè! laisse ns serons tjrs là pour t’lire… Welcome back Dear (y)

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  10. oscar

    Comme kankan disait à la fille du bar… tu as bu njorr et tu as failli mourir njorrr

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  11. Chrime Kouemo

    Très heureuse de retrouver ta belle plume. Toujours aussi marrant. Tu as failli me tuer de rire avec le combat entre ton cerveau reptilien et ta raison. Heureusement que tu es arrivé à bon port.
    Magnifique le logo, simple mais qui claque. Bonne rentrée.

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  12. Raymonde Boyomo

    Cool le logo… plutôt simple.
    BON RETOUR Flo… 😛

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  13. Richard

    …..je balaie l’image de ma mère et comme Mor Lame défiant la mort pour un morceau de jarret, je me dis « qu’on m’enterre, je me réveillerai en enfer avec elle et même Satan sera bien obligé de me prêter son lit ».

    Florian tu m’as tué avec cette phrase, comme les gens ne m’ont pris pour un fou, Dieu m’en garde.
    Merci pour cet instant

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  14. Paule

    le njoh et les lianes auront raison de toi un jour!

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  15. Guy Martin

    Manyan, tu es fort. Je n’aimais pas lire de long texte mais toi, je peux te lire toute une journée. Tu es fort Mbom. Merci!!!

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  16. Martin Olivier

    Je ne commente pas souvent les articles ou les textes que je lis mais là, c’est plus fort que moi.

    Je suis du même avis que tous ceux qui ont laissé un commentaire avant et ceux qui le feront après moi.

    Mdrrrrrrrrrrrr, tu es fort!

    Bon retour

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  17. Fabrice

    « qu’on m’enterre, je me réveillerai en enfer avec elle et même Satan sera bien obligé de me prêter son lit »

    Miiince florian !!!!!

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  18. PierPatric MP3

    Bon retour mbom…Merci de nous faire rigoler en soulignant le piteux état de l’axe-lourd, l’excès de vitesse, l’absence de radar…Bien de choses.

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  19. PENDJOCK

    Merci pour ton retour Floriant. Amitiés.

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  20. Joe Ngoma

    Ahaha, Ngimbis le guerrier bantou, j’ai vu ta part d’armes aujourd’hui! 🙂

    Peace

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  21. Driguez

    Nguimbiss!!!! Mon boss m’a convoqué je ne suis pas partis parce que je tenais à finir l’histoire. Tu as le don du suspens. Bravo mon gars !

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  22. Anonyme

    hummmmmmmmmmmmmmm

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  23. Rose

    Eh père tu es fort tu me tue du rire beaucoup de courage a toi

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  24. René NGUIMFACK

    La prochaine fois, il faut engager les hostilités tout de suite!!! peut enivrée par ton talent de séducteur, elle allait obéir à ton envie d’aller doucement et savourer déjà tes chansons d’amour!! tu aurais aussi eu le number avant l’arrivée de hercule!!

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  25. anonyme

    hey Nguimbis,
    Tu n’as même pas essayé d’envoyer une main sur une cuisse
    durant un de ces innombrables virages.
    Je tremets ton titre de grand maître en cause.
    Belle plume comme toujours. Tu m’as tué avec: la guerre que tu vas livrer avec des engins pareils.
    Trop fort.

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  26. frank fopa

    Miekde. je wanda
    Pour voir, tu en as vu papa. Assia, a ta place, j’aurais tenté de jouer au héro! Si tu t’es autoproclamé grand dragueur, pourquoi pas grand défenseur de ses choses?Prdr! bon retour.

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  27. Anonyme

    trop cool ; u n a ke de galettes croustillantes pr NS.

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  28. Anonyme

    tu m’as rire à pleurer tres belle plume

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