Je suis camerounais, je suis amoureux de Samuel Eto’o

Cameroon v Denmark: Group E - 2010 FIFA World Cup

A Fatouma Harber, fan d’Eto’o à Tombouctou

On me demande très souvent ce qui justifie mon amour, mon ndolo comme on dit pour Samuel Eto’o. Franchement, je dois avouer que ça n’a rien à voir avec le foot. Ou si, mais indirectement. C’est que Eto’o m’a aidé dans un domaine de la vie où j’avais des soucis.

Mon père est enseignant, un colon comme on dit par ici, un de ces vieux de la vieille aux mœurs puritaines et vieux jeu. J’ai parcouru le Cameroun profond au gré de ses affectations dans l’arrière-pays et chaque fois, mes frères et moi étions -comme de jeunes vierges- confinés à la maison dans des quartiers  dit « résidentiels » desquels il nous était interdit de sortir sans bonne raison. Des quartiers où tous les voisins avaient le droit de vous filer comme un Trayvon Martin et si vous n’étiez pas convainquant quant aux motifs de votre présence dehors passé une certaine heure. Ils vous ramenaient chez vous en vous tirant par l’oreille.

Massa Ngimbis j’ai trouvé ton fils en train d’errer dans le quartier

Merci massa Jean. Attends je le fesse et on va boire une bière.

Oui. C’était ma vie. Pas facile pour un pré ado d’avoir une vie sociale, pas facile de rencontrer des lianes. Ce, jusqu’à ce que je découvre l’emprise du foot sur mon père, sur ses amis, sur tout mon peuple.

Coupe du monde 1990 Match d’ouverture Cameroun –Argentine. Un match rugueux. Les camerounais font étalage de leur force physique seul atout contre une Argentine qu’on dit invincible. Contre toute attente, à la 67ème minute, François Omam Biyick  place une tête irréelle et le ballon va finir dans les buts. Ce jour-là mon père a bondi sur le dos de son ami mon directeur d’école (l’homme le plus sévère du monde après lui). Ils ont fait le tour du salon sous nos yeux effarés. Nous n’osions même pas rire du spectacle surréaliste.

C’est là que j’ai compris : tu aimeras le foot mon fils et le foot t’affranchira.

J’ai attendu. J’ai grandi toujours surveillé et puis mon messie est arrivé : Samuel Eto’o. Jeune, talentueux, un nom facilement assimilable, donc, commercial, une trajectoire des plus incroyables. Le rêve quoi ! Nous nous sommes remis à gagner. Et moi j’ai enfin pu m’affranchir.

Coupe d’Afrique des Nations 2000, le duo Eto’o-Mboma fait des miracles. 8 buts en 6 matches! Tout le pays ne jure que par le foot. Moi aussi. Les lianes d’habitudes enfermées ont quartier libre. Les soirs de match, les pères, les frères, les oncles-gardiens s’oublient. Je joue mes matchs, mes « aftermatch » comme je les appelle.

Sydney 2000:  le Cameroun en finale du tournoi de foot croise l’Espagne de Xavi et Puyol. Il est minuit passé chez nous à cause du décalage horaire avec l’Australie. J’ai rencart avec une liane. Impensable en temps normal. Mais ce soir là son père, ses frères, tout  comme  mon père et le reste du pays sont scotchés devant la télévision pour encourager notre équipe de foot et son jeune prodige Eto’o. Je me souviens de la clameur qui a accueilli le but d’égalisation signé Samuel Eto’oo à la 58e minute. Moi j’étais dans un champs, moi aussi je criais, mais pour d’autres raisons.

Après cette nuit champêtre, je tombe définitivement sous le charme d’Eto’oo. Car oui, Ce petit réconcilie les camerounais avec le foot. S’ensuit une des périodes les plus fastes de notre foot et de ma vie amoureuse (ou sexuelle). Les lions gagnent, et moi j’en profite. Après avoir fessé le Nigéria en 2000 à domicile, on fesse le Sénégal en CAN 2002 à Bamako, on fouette le Brésil avec Ronaldinho en 2003 en coupe des Confédérations, on a failli fesser la France au Stade de France hein? mais Foé est mort avant… Ce soir là d’ailleurs, je n’ai rien fait. Nous on respecte les morts hein?

Et puis quand  les rencontres Internationales ne me suffisent plus (je ne vais pas attendre les CAN et les matchs amicaux pour m’accoupler quand même!), Eto’o m’aide encore, il signe dans des grands clubs. Après Majorque, c’est Barcelone, puis l’Inter de Milan. Ah, les rues de Yaoundé vides les soirs de championnat et de Champions League ! Seul notre roi fait mieux en la matière.

On était fiers d’être camerounais: la rivalité avec Chelsea (Drogba en réalité), les trois finales de Champions League, toutes gagnées. La folie dans les rues de Yaoundé. Et moi chaque soir de match, en train de bénir dans l’obscurité de mon labo (mon studio) Eto’o mon champion !

Même quand je viens chercher les lianes à domicile dans leurs barrières, les parents m’ignorent, captivés par le foot à la télé. Même les gardiens regardent les matchs de la Légende: peur de rien, les bandits aussi sont devant le petit écran.

Je me souviens aussi de cette soirée à Mvog Atangana Mballa, fief des putes d’alors. Un fameux match de coupe de Confédérations durant lequel le carrefour Mvog Atangana Mballa s’est arrêté de vivre. Bayam Sellam, putes, chauffeurs de taxi, fonctionnaires rentrant chez eux se sont agglutinés dans les bars pour regarder le Cameroun défier le Brésil emmené par Ronaldinho. Match difficile. Et puis il y a cette frappe de 35m du goleador à la 83ème minute, Dida plane. Arrêt sur image. Tout le Cameroun explose. Ce soir là, les gens, de passage ont oublié de rentrer, on a fait la fête. Les gagnants de la soirée, les Brasseries du Cameroun, les putes et les vendeurs de préservatifs.

Je me souviens de ce chauffeur de taxi qui  m’a regardé bizarrement un soir de Champions League. « Mon ami tu fais quoi dehors alors que le Barça joue? ». Et toi même? vampire! Aurais-je voulu lui rétorquer.

Et puis les choses se sont lentement délitées. La faute aux gestionnaires de notre foot qui n’aiment que les produits aboutis, les Eto’o. Oui, depuis des années la relève peine à voir le jour. Les bendskinneurs, les bayam-sellam, les enseignants, tout le monde travaille désormais les jours de match. Les lions jouent et alors ? Nous quoi là dedans? Ils mangent leur argent avec nous?. Changement de discours, changement d’époque.

Car de ces belles années il ne nous reste que des souvenirs. Pas de réalisations, pas d’infrastructures, pas de politique sportive efficace, pas de relève. Des souvenirs, rien que des souvenirs.

Un jour j’écrirai notre histoire commune Eto’o et moi (et les lianes). Beaucoup de gens me disent souvent, non mais, Eto’o ne jouait pas tout seul! C’est vrai je le concède, mais je pense que le charisme de ce jeune homme et son talent ont apporté un truc que nous avions perdu et que nous n’avons pas capitalisé hélas. Au delà du foot, un p’tit gars de New Bell nous a fait comprendre qu’on pouvait être camerounais et encore rêver de faire partie des étoiles de ce monde, c’est ça qui m’inspire.

Et même aujourd’hui lorsque vous regardez un match des Lions Indomptables ( ?) et que la rencontre s’enlise, il ya toujours ce petit moment de silence, le point Eto’o, où quelqu’un va lancer la phrase magique : Depuis là on ne voit pas Eto’o, il est attaquant ou il joue dans les goals? Et c’est parti ! Une discussion à grande échelle, un affrontement, entre pro et anti eto’o dans le bar. Eto’o joue seul ? Où sont les passes ? Quand il marquait au Barça il faisait comment etc. Guerre de façade en réalité. Car comme dernièrement, le Ngambe, très souvent met d’accord tous les camerounais en faisant trembler les filets. Et dans ces cas c’est tout un peuple qui se met à chanter son nom, sans qu’il ait besoin de nous distribuer des pagnes, des cartons de maquereau ou des poignées de riz:

Et’oooooooo ! Eto’o! Eto’oooooo ! Eto’o !

Peace Samy et encore merci (pour les lianes surtout hein?)

 

28 Commentaires

  1. Boukari Ouédraogo

    Coool. Eto’o fils héééééé

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  2. Julius

    Looool c’est au 8eme-9eme paragraphe que j’ai compris ce que c’est qu’une « Liane » 😀

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    1. Florian Ngimbis (Auteur de l'article)

      Heuy! Julius! Toi aussi! depuis là qu’on kongosse ensemble? Tsuip!

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  3. christian mack

    Cool papa, je me suis marré en pensant à toute cette période… Jai eu de bons souvenir en me rappelant cette époque mais jai swaité que la fifa maintienne sa sanction pck les camerounais ne comprennent que quand ils ont le fouet aux fesse… Peace bro, on aime tous le Ngambè magique…

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  4. PierPatric MP3

    Nous on criait pour jubiler… toi tu criais pourquoi?…Lol…O fait tn livre,il sort finalement ou pas?J’ai hâte…

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  5. Lucien MASSEM

    la frontière entre la passion et l’indifférence n’est pas très étanche!! je m’étais retrouvé dans un champs de manioc après un match de foot, pas en compagnie d’une liane, mais parce que j’étais devenu zinzin après que mon pays aie raté in extrémis la qualification à une phase finale de coupe du monde. Un pénalty tiré tel un coup de tonnerre avait traversé le ciel de fandena à Yaoundé pour venir me foudroyer à Douala! Depuis ce jour, ma passion pour le foot s’est orientée ailleurs! Allez savoir où!!!

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  6. Constant SABANG

    Gars cette fois je ne trouve pas les mots… Tu les a manifestement tous pris.

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  7. Alex Nene Bi

    Excellent!!!!!! mais dommage pour ta vie amoureuse. C’est la réalité africaine, on construit et on ne met pas le moyens pour le service après vente.

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  8. milka

    c’est fficiel tu es crazy florian… mais j’aime bien ça.
    tu es fort… « Moi j’étais dans un champs, moi aussi je criais, mais pour d’autres raisons. »

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  9. EDWIGE

    hello Florian encore ravi de te lire ça change !
    au fait  » je suis camerounaise ( liane ) et je suis amoureuse de kamerkongossa » on fait comment gar? on attend une hypothétique coupe du monde?

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    1. Florian Ngimbis (Auteur de l'article)

      Une coupe du monde? Est-ce qu’on va même se qualifier? C’est ton plan hein? 😀

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      1. EDWIGE

        gar commence à prier on ne sais jamais il y’a tellement de faiseur de miracle dans notre pays et de grands ambitieux ( non illusionistes)

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  10. henri nyemb

    c’est bien mon petit ton histoire fait bien marré

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  11. serge

    bel hommage à Fatouma

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  12. Princesse Diana

    je ne suis pas fan de foot et encore moins fan d’Eto’o mais je suis fan de ce billet tres belle histoire je kiffe au finish Eto’o et toi vous vous ressemblez vous etes des opportunistes intélligents.

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  13. Bertille

    C’est toujours un plaisir de te lire. Tu réussis très bien à agencer des faits et à ressortir des souvenirs que nous partageons tous. À la lecture de tes titres on ne sait jamais ce que la lecture du billet nous réserve.
    Savais-tu que même au campus où j’étudiais, les cours étaient interrompus parce que le Barça jouait? Les étudiants disaient:  » Prof, n’oublie pas que le Barça joue à 20h ». Et nous étions libres à 19h30. Souvent même pas le temps de se rendre aux domiciles, ils viraient dans les bars du coin.
    Merci

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  14. oscar

    Excellent Nguimbis!!! Rien à dire. Tu m’as déjà tué de from même comme je ne suis pas encore died.

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  15. toubaigne

    Ngimbis, toi aussi. Je ne veux pas chipoter sur la qualité de ton billet (en haut, comme toujours). Mais en grand défenseur des femmes (toutes) que tu es, comment tu utilises le mot en « P » pour parler des filles qui font pourtant tant de bien aux hommes plus ou moins ésseulés? 😀

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  16. August great

    Bravo! Le talent ne se discute pas!

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  17. nina kogni

    Moi ce qui m’étonne, c’est que tu connaisses autant les détails des matchs pour quelqu’un qui a passé ces moments là enséré par des lianes…mais bon je dis rien…

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  18. May-Si

    Je croise les doigts pour toi (et tes lianes aussi) pour que nous arrivions à nous qualifier à une quelconque compétition internationale. Les camerounais ont bien besoin de rêver.

    « Au delà du foot, un p’tit gars de New Bell nous a fait comprendre qu’on pouvait être camerounais et encore rêver de faire partie des étoiles de ce monde, c’est ça qui m’inspire. »

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  19. sanfrank002

    Bonjour SAMY, le chouchou de la nation camerounaise. Reçois mon bonjour et le bonjour de toute ma troupe. En effet, nous sommes un groupe de jeunes camerounais voulant porter l’art au sommet. Nous exerçons dans la dénomination de L’ART POUR TOUS et souhaitons avoir votre soutient aussi morale, matériel que financier. Si vous nous répondez, nous aurons alors la joie et le plaisir de vous envoyer aussi bien notre statut que notre plan d’action. MERCI DE NOUS LIRE. Nous t’aimons et t’admirons beaucoup.

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  20. Kolifranck

    MORT DE LAPPPPPPP…….
    j’adore la fin: « Et dans ces cas c’est tout un peuple qui se met à chanter son nom, sans qu’il ait besoin de nous distribuer des pagnes, des cartons de maquereau ou des poignées de riz: Et’oooooooo ! Eto’o! Eto’oooooo ! Eto’o ! »
    Comme quoi qu’on l’aime ou pas, son talent s’impose de fait.
    Merci Floriant

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  21. Reine

    les lianes…..les lianes

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  22. floremessina

    bravo javoue k tes talentueu g t savai pa otan inspire ds la rqison jadmire vrmt com koi rendez a cesar se ki lui est du

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  23. Pingback: Je suis camerounais, mon pays est une église où on fume de l’opium :: Kamer Kongossa | Chroniques camerounaises

  24. TRESORIER

    Florian, on devrait poster ton message à la une de tous les pseudos journaux qui font les sous-marins et s’auto octroient le droit de vie ou de mort sur un tel ou autre. Tu dis exactement la fourberie qui est devenue le plat national des kmers. Des gens fourbes, à la memoire courte, qui ne pensent et ne vivent que l’instant présent, hier c’est passé, demain ah kah laisse d’abord on falla la biere d’aujourd’hui. Voila ce qui regit les moeurs chez nous aujourd’hui, du plus petit au plus grand, du plus jeune au plus vieux…. nous perdons le Sud parce que nous voulons tous aller au NORD, mais pourquoi faire donc? Toucher du nord, et qui sauvera le Sud? Le Nord te retorque-t-on. Ils nous doivent cela quand meme nooon!!!!! Si tu n’es pas ebahi eh bien ce que tu nan au 1er banc… Continue Florian, we get you Njombé, disait l’autre Lapiro..

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  25. Pingback: Je suis camerounais, mon pays est une église où on fume de l’opium - Camer24

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