Je suis camerounais, j’ai de la chance

coverVous savez, hier mes amis du collectif des blogueurs camerounais et moi avons monté une campagne pour dénoncer le rejet ethnique et l’intolérance dans notre bien aimé triangle national. C’est que je ne supporte pas le tribalisme, comme nous nommons au Cameroun cette tendance au rejet ethnico-tribal.

J’ai grandi dans un environnement « ouvert ». Mon père a traversé toutes les forêts de Babimbi pour aller tomber aux pieds de ma mère, une « étrangère » de l’autre côté du pays, donc, je suis un métis, un mélangé. En outre, je suis issu d’une famille recomposée. Chez moi la religion n’a jamais été un facteur de division. La preuve mon père n’a fait baptiser aucun de nous, laissant le choix de sa religion à chacun. Et avec ma nombreuse famille qui s’agrandit suite aux unions, on commence à avoir des Eton, des Yabassi, des Bamilékés, des Bulu. Bientôt le repas de Noël chez nous sera à l’image de la Tour de Babel. Sérieux, quand on me parle de tribalisme, de rejet ethnique ou autre, je ris.

J’ai poussé (comme d’habitude) cette ouverture d’esprit au maximum hein ? Surtout dans mon domaine de prédilection : les lianes. Je ne demande jamais à une liane son origine, encore moins son âge. Combien de fois ai-je entendu les phrases :  un jour tu vas grimper sur ta sœur ou petit Ngimbis tu n’as pas peur de moi ? je suis ton aînée hein ? Balivernes ! Pourquoi les gens se compliquent la vie avec des préjugés d’un autre âge ?

Malheureusement, moi aussi j’ai flirté avec les préjugés. Étudiant, je suis tombé amoureux (comme je tombe tous les mois) d’une adorable liane. Belle, intelligente, aimante, et surtout disponible (trait de caractère très important pour un étudiant). Elle était tout cela, et elle était albinos.

Je savais bien sûr que beaucoup de préjugés circulent dans notre société au sujet des albinos. On dit d’eux que ce sont des êtres spéciaux, dotés de pouvoirs. Selon l’aire culturelle, ils sont considérés comme bénéfiques ou maléfiques et grâce aux charlatans qui pullulent, leurs cheveux et leurs ongles sont censés être les meilleurs ingrédients pour divers gris-gris et philtres. Je me souviens d’un copain du primaire qui ne se rasait jamais les cheveux chez le coiffeur. Bah! Après une coiffure, le coiffeur pouvait devenir milliardaire en laissant une famille dans le deuil hein?  Comme on dit au pays : Moi quoi là dedans ?  Je considérais toutes ces petites histoires comme des croyances absurdes du petit peuple qui ne savait rien de ce qu’on appelle défaut de mélanine.

Le jour où ma bande de copains (des étudiants aussi) ont appris que je forniquais avec une albinos, j’ai bien senti qu’une certaine gêne s’installait entre nous. Pas de rejet, non, mais une curiosité malsaine à son endroit. Et un soir, où nous avons abusé de Guinness, les mecs m’ont sorti un tas d’âneries qui m’ont stupéfié :

« mbom ! Est-ce que tu sais que coucher avec une nguénguérou (terme péjoratif pour désigner les albinos) porte chance. Tout ce que tu vas faire réussira !

Gars ! Dis-nous : est-ce que c’est pareil qu’avec les autres filles ? Il paraît qu’elles secrètent de l’huile là-bas en bas.

Gars ! observe bien ses yeux dans l’obscurité, tu vas te rendre compte qu’ils sont fluorescents comme ceux d’un serpent.

Bien que sidéré et passablement déçu, j’étais tout de même curieux. Un incident devait d’ailleurs conforter ce qui allait suivre. Vous savez je vivais à Melen, précisément Miniferme. Le coin le plus bouillant du Yaoundé d’alors. Des grappes de prostituées sur les trottoirs et des bars tout le long de la rue. Un soir, j’ai assisté à une scène incroyable : les putes du coin ont failli tabasser à mort une des leurs, une albinos, sous le prétexte que celle-ci les avait « attachées » et raflait tous les clients. Là je me suis dit, esprit cartésien ou pas, il doit y avoir un fond de vérité dans toute cette histoire de chance et autre.

Content de n’avoir pas à payer et flirter avec le sida pour accumuler ma chance, je me suis mis à exploiter mon filon. Matin, midi, soir, je jouais à la bête à deux dos avec ma copine. On voyait ma petite taille hanter les bars de Orly, le quartier estudiantin en face de la Cité U, à l’heure des cours. Pourquoi me soucier des études ? Je suis le mec qui augmente sa chance, celui qui couche avec une albinos me disais-je entre deux gorgées de bière.

Et puis une nuit, ayant abusé de Guinness, j’ai tout foutu par terre. Pendant que la jeune fille dormait je me suis levé en douce et debout dans le noir, je m’apprêtais à la réveiller pour voir si cette affaire d’yeux qui brillent dans le noir était vraie. Sauf que la fille (qui ne devait pas être endormie) s’est levée et a allumé. Je n’oublierai jamais son expression de terreur quand elle m’a découvert penché sur elle tout nu, fixant son visage avec la patience d’un féru d’éthologie . Elle a dû croire que je voulais lui raser le crâne pour aller m’enrichir chez un quelconque marabout. Elle est partie en pleine nuit et je ne l’ai jamais revue.

Quelques jours après, amaigri, fatigué, les listes affichées sur le « babillard » de Yaoundé I alias Ngoa Ekellé m’apprenaient que je n’avais validé aucune Unité de Valeur et que j’étais recalé pour la session suivante. Ma chance !

J’ai ri comme un dingue devant les NV (Non Validé) devant mon nom, au point qu’une fille à côté de moi a eu le commentaire suivant : wèèè ! Ngoa Ekellé a rendu le petit-ci fou !

Ah non ! Je n’étais pas fou. C’est la folie des hommes qui me faisait rire.

Papa, maman, je vous demande pardon d’avoir oublié en cette occasion tout ce que vous m’avez appris. Toi aussi ma petite liane d’amour à la peau d’albâtre, si tu lis ceci, reviens, j’ai changé, même si je n’ai toujours pas de chance avec les filles.

Ne soyez pas cons. Dites non, au rejet tribal, ethnique ou racial, vive la diversité !

Peace !

18 Commentaires

  1. salma Amadore

    ah ah ah je vois que le preier commentaire de ton pote confirme tu as réussi non?dans l’écrit koi

    Répondre
    1. dass2JC

      hahahaha bien envoyé!!

      Répondre
  2. Ameth DIA

    Les idées reçues et les clichés ont la peau dure sous nos cieux. Et pourtant il suffit juste que l’on s’observe pour nous rendre compte que nous ne sommes pas si différents que çà

    Répondre
  3. Michel THERA

    Fabuleux Florian, dire que les albinos suscitent ce genre de réactions partout!

    Répondre
  4. Jamesso

    il parait que les albinos ne meurt jamais. sérieux! qui a déjà assisté au funérailles d’un albinos ?

    Répondre
    1. Esty

      Jamesso, tu es fort(e)…
      bravo le commentaire hein!lol

      Répondre
    2. dass2JC

      loool pas moi en tout cas. Mais j’en connais qui est bel et bin mort et enterré.

      Répondre
  5. a hot

    Moi ce que je retiens c’est que ce monsieur est expert en lianes. C’est son domaine de prédilections…

    Mollah tu as quel niveau? Doctorat? 😀

    Sinon #NoTribalism

    Répondre
    1. Florian Ngimbis (Auteur de l'article)

      Massa doctorat et je suis dans la mouise comme ça? J’aime les lianes, mais apparemment, l’inverse n’est pas vrai Peace Bro!

      Répondre
  6. TITO

    En France, on dit que le racisme va mourir avec la génération des Baby-boomers. Au vu du nombre de métis dans les rues, je pense que ceux qui disent celà ont raison.
    Et le tribalisme au Cameroun il va mourir quand ? Je pense que jamais. A la base de notre éducation, on nous apprend à être tribaliste, à se méfier de l’autre parce qu’il est d’une autre tribu. Et même parfois parce qu’il est d’un autre village bien que de la même tribu.
    Hommage à toutes les lianes qui n’étaient pas de la « bonne » tribu !!!

    Répondre
  7. nancy ikome

    @ngimbis…RAS….je suis totalement d accord quil faille eradiquer le tribalisme ..si possible…dou vient le tribalisme?quand tous les potes « juteux » appartiennent a une seule tribu…cest lunite nationale? quand la Sonara est peuplee de bassa,La CRTV de betis,….cest lunite nationale?il ya 30ans….les wadjos etaient la tribu superieure..aujourdhui ce sont les betis…le cercle recommence…cest la triste realite…quqnd je pense que nous avons 280 tribus…je ne sais pas quand le tour de mon ethnie va arriver….right now quand le Dg de la societe est bakweri…le planton,le chauffeur seront de cette ethnie…et on verra commnet on peut remplacer les personnes pourtant competentes qui ne sont pas bakweri…..triste realite….le tribalisme est tellement exacerbe ces dernieres annnees….que jai peur..quand les mbargas…ne veulent pas lacher prise….et comptent s eterniser aux affaires….

    Répondre
    1. lovelyn

      je ne suis pas d accord avec toi! il y a diversite a la crtv pour ce cas precis!!!

      Répondre
  8. Chantal EPEE

    Bravo pour ce texte qui au delà des traits d’humour et des anecdotes fustige la stupidité du rejet sur la base d’une différence.de carnation, d’origine régionale ou autre.
    J’avoue que l’épisode de la copine de fac m’a fait un pincement au coeur par empathie. Elle a du conjuguer choc et douleur, elle qui depuis l’enfance habitait la différence sous des cieux peu cléments pour cette différence là. J’ai le coeur un peu serré pour elle et ces autres victimes de fantasmes collectifs imbéciles.
    Il y a d’autres rejets sur la base de la différence qui sont aussi stupides, aussi blessants, voire dévastateurs quand le physique d’un être (grand, petit, gros, maigre, infirme etc) vous fait oublier que sous l’enveloppe il est un humain complexe et dont la rencontre nous enrichirait. Merci Florian.

    Répondre
  9. lovelyn

    loool! toi florian avec les lianes! il y a une qualite a laquelle tu n as pas encore touche?

    Répondre
  10. Tatiana

    :-)…J’ai 2 cousins et une cousine albinos…Je les ai toujours considéré comme n’importe qui et les aimes de toute mon coeur…c’est en grandissant que je me suis rendu compte de tous ces préjugés que je trouve bien étrange sur eux…By the way le tribalisme est une plaie pour la société camerounaise,quand on en est l’objet on mesure la douleur et la sensation de rejet qui est presque indescriptible.

    Répondre
  11. Francis ewakane

    Ngimbis, tu parles de quelle chance que tu n’as pas avec les lianes?Ce sont les lianes qui n’ont pas de chance avec toi!

    Répondre
  12. Diane

    Dakor avec la sensibilisation contre le racisme mais le fait que tu sois cmrnais et q tu as de la chance a kel rapport?? je veux juste savoir…

    Répondre
  13. Huguette

    Salut Florian,
    jai découvert ton Blog il y´a 2 semaines lors de mon dernier passage au pays. Tu était dans un débat télevisé. Je ne sais pas sur quoi on débattait ni sur quelle chaine d´ailleurs. j´ai juste retenu l´adresse de ton blog et avant la fin du débat, j´y étais. Quelle joie, quelle rafraîchissement!! Tout simplement genial!!
    Tu décris si bien nos maux nationaux. Au delá de l´humour et de tes histoires de lianes qui me vont me tordre les côtes, je pense que notre génération devrait enfin montrer qu´elle veut le changement.
    Je trouve l´idée du collectif contre le tribalisme trés bonne. P´être que tu devrais lancer une pétition? Si seulement 2 millions de camer la signait peut être qu´on arreterais de mettre á remplir sur les formulaires administratifs la mention « region » ou « tribu ». Cá légalisé le tribalisme au cameroun.

    D´un autre côté, j´ai un peu peur pour toi si tu lance la pétition. Tu risque ne pas recevoir beaucopu de signature. Les reactions risque être « gars cá va changer quoi? le pays c´est le pays » .
    En tout cas courage

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.