Je suis camerounais, je suis un viveur

237 forever! (Crédit photo: Florian Ngimbis)

237 forever! (Crédit photo: Florian Ngimbis)

Alors que je discutais avec un ami hier, il m’a lancé une phrase que j’entends un peu trop ces derniers temps : « Ngimbis! Vous autres Camerounais vous passez votre vie au bar ». Sous-entendu, vous buvez trop.

Je tiens à réparer une injustice via ce billet. Je tiens à laver cet affront quotidien fait à toute une Nation. Non! Les Camerounais ne sont pas des alcooliques. Non ! Nous ne sommes pas des poivrots.

Alcooliques ? Je veux rire. Au Cameroun, on est alcoolique quand en plus de boire plusieurs bières par jour, on ne s’acquitte pas de ses devoirs familiaux. Un Camerounais qui fréquente assidûment les bars n’est pas un alcoolo, c’est un « viveur ».

Dans la phrase  « je m’en vais boire une bière au bar », la plupart des gens focalisent  leur attention sur le mot « bière », passant ainsi à côté du vrai enjeu : le bar.

Pour nous autres camerounais, le bar est le lieu par excellence où s’exprime la cohésion sociale de notre pays. Près de 400 ethnies, pas de guerre tribale d’envergure. Les seules raisons pour les quelles on se bat dans un bar sont les courbes d’une liane ou une facture non payée.

Le bar est l’endroit où nous faisons montre de notre laïcité. Les chrétiens y vont consommer ce que les musulmans ont refusé, sans que ça gêne les premiers.

Sérieux! Quel Camerounais digne de cette nationalité s’assoit chez lui et ouvre une bouteille de bière sortie du frigo ? C’est bien connu chez nous, boire seul n’a aucun intérêt, boire chez soi non plus. Ils sont d’ailleurs nombreux mes compatriotes qui abandonnent leurs domiciles les jours de match pour aller s’asseoir devant un écran de télé dans un bar. Il ne s’agit pas de bière, mais de convivialité.

Le bar est un lieu de vie. Un lieu coloré. Je suis désolé pour ceux qui visitent le Cameroun et se cantonnent dans les endroits chics, fréquentés par la bourgeoisie yaoundéenne. Vous savez, ces coins où tout est propre, aseptisé et made in China. Ces coins dans lesquels les gens essaient je ne sais pour quelle raison de reproduire une ambiance parisienne ou new-yorkaise. Snobisme, m’as-tu vu, bling-bling.

Venez dans les bars. Nos maquis de seconde zone. Venez découvrir le vrai Cameroun. Le Cameroun qui crie, rit, chante, blague (avec plus ou moins de mauvais goût).

Il y a le bar du bamiléké. Antre sale et obscur dans lequel le patron officie derrière le comptoir. Dans le bar du bamiléké, le crédit est mort depuis longtemps et même ses os ne sont plus que poussière. Le bar du bamiléké est généralement du 3 en 1. Bar-salle de jeu-restaurant. Il y a toujours la monnaie et on y déniche souvent des bières qu’on croyait retirées du marché. Comme les « toilettes à la turque », les toilettes du bar d’un bamiléké devraient être brevetées tant elles sont spartiates. Je me souviens avoir vu écrit dans les toilettes d’un de ces bar « on ne chie pas au bar ». Souci d’hygiène ou tentative de justifier le minuscule trou qui donnait son nom au lieu ?

Il y a le bar de la « Yaoundè », veuve beti dont la buvette est accolée au domicile familial. Ici on boit à crédit tout le mois. Conséquence, tous les goûts ne sont pas toujours disponibles. Mais une chose est sûre, on peut y manquer de tout sauf de Castel. La Yaoundè vous vend la bière, se sert elle-même dans votre facture et s’assoit à votre table pour faire le dernier kongossa. Si vous êtes jeune, beau et surtout plein aux as, il est même possible qu’elle appelle une de ses nièces vous aider à multiplier la facture tandis que dans sa cuisine elle prépare un bouillon de viande qui viendra aider tant de bière à descendre. C’est pas beau ça ?

Le bar camerounais est cet endroit où il n’y a jamais de monnaie (sauf dans celui du bamiléké). Où on vous sert en traînant les pieds, où la vraie différence entre les bières réside dans le fait qu’elles soient glacées ou non ; où le pourboire n’est pas obligatoire et où, en bonus on peut caresser les fesses de la serveuse (à vos risques et périls hein?) au passage.

J’ai fréquenté beaucoup de bars dans le monde et je peux vous dire que dans le bar camerounais, il n’y a pas cette distance des bars européens par exemple. Cette fausse convivialité des soleils qui ne chauffent pas. Chez nous, on se regarde en face, on se dévisage sans passer pour insolent. On drague la liane à autrui via des œillades enflammées. Nos bars sont les seuls lieux dans lesquels ont peut s’inviter dans une conversation via la seule phrase « je vous ai entendu dire… », preuve qu’on écoutait.

Dans nos bars, le kongossa est gratuit. On y fabrique les divers qui seront en une des journaux le lendemain, ça s’appelle « les divers du bar ». On y spécule sur les paris sportifs, la conjoncture économique, la forme d’Eto’o, les fesses de la voisine, celles de la serveuse, celles des passantes, celles qu’on ne touchera qu’en rêve…

Dans les bars camerounais, on libère les otages. Bah oui ! qui peut rester indifférents face aux cris de toutes ces bouteilles de castels enfermées dans les réfrigérateurs et qui une fois libérées pleurent toutes les larmes de leurs corps en guise de remerciement.

J’aime ce Cameroun moi ! Éloigné de toutes formes d’ambitions grandes ou petites. J’aime ce peuple qui aime la vie.

La prochaine fois que vous viendrez au Cameroun, cherchez moi. Je ne vous emmènerai pas boire une bière, je vous emmènerai au bar.

Peace !

26 Commentaires

  1. Remzo de Dakar

    Bien dit. Si c’est ce que tu promets au match retour. Je suis partant. J’avoue que tu me fais déjà saliver. J’opte pour le bar de la « yaoundé ». lol

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  2. bouba68

    hahahahaa! très rigolo, ce petit Florian.

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  3. Francis SP

    Deux passages à méditer!

    Nos bars sont les seuls lieux dans lesquels ont peut s’inviter dans une conversation via la seule phrase « je vous ai entendu dire… », preuve qu’on écoutait. Mdrrrrrrr sur ce passage qui est trop vrai. On discute du salaire des grands footballeurs alors qu’on a jamais mis un short, le seul sport c’est parfois le dimanche matin avec le « cawel » et tout ce qui va avec, on fait 20mn de marche et on s’assoit pour boire même pour même pour 5 milles + 2 boissons braisés bien tapés.

    Dans les bars camerounais, on libère les otages. Bah oui ! qui peut rester indifférents face aux cris de toutes ces bouteilles de castels enfermées dans les réfrigérateurs et qui une fois libérées pleurent toutes les larmes de leurs corps en guise de remerciement.

    Merci Ngimbis.

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  4. tjatbass

    Hier quelqu’un m’a carrement dit bar signifie « Bon A Rien ». Ils n’ont qu’a venir voir si nous sommes vraiment des bons a rien.
    Gentil coup de gueule Nguimbis. Ton prochain sejour a Doul, on va dans notre mapan ke tu connais la

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  5. Michel THERA

    toi là avec tes tentatives de camouflage de ton alcolisme (rire). En tout cas bien Florian, car ailleurs on boit plus q’au Cameroun mais eux jouent à l’hypocrisie. Rien qu’a voir les sénégalais avec leurs gazelles.

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  6. Faty Kane

    Florian, je te DM avant d’arriver! A bientot!

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  7. soni

    ce gars te ramène dans l’ambiance pur et simple du pays,Florian, tu ne sais pas combien ta plume est une cure pour moi, merci et bonne continuation

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  8. Christian Mack

    Troop cool ta publication floriant…je suis tout à fait d’açord avec toi frangin…

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  9. layatola leguide

    MDRrrrrrrrrrrrrrrrrr!!! gars t’ai trop fort.Merci de tjrs nous donner le sourire malgré les difficulté de la life.
    Ce pays est le notre, c’est bars sont les notres et on aime l’ambiance qui y regne surtout les jours des matchs ooh! ,mon Dieu.
    Peace

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    1. patrice

      Ce soir je sert de bar a moustique,vive la peau blanche.il est ou ton bar pour te rencontrer.je suis a mbalmayo

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  10. oscar

    «  »On y fabrique les divers qui seront en une des journaux le lendemain, ça s’appelle « les divers du bar ». On y spécule sur les paris sportifs, la conjoncture économique, la forme d’Eto’o, les fesses de la voisine, celles de la serveuse, celles des passantes, celles qu’on ne touchera qu’en rêve… » »

    Laisse seulement gars. Voilà pourquoi j’adore les bars. On n’y apprend beaucoup beaucoup de choses. Moi, je ne suis pas un consommateur, mais quand il y a un grand match…., direction le bar du coin, il suffit que je mette dans ma poche une pièce/billet de 500F pour m’acheter un « Vimto » ou un « Jus » au cas où le Vimto est fini. Et surtout que la nouvelle trouvaille des bars aujourd’hui, c’est les écrans géants. Tu regarde ton match sans pbs, même étant à plus d’un km de ce dernier.

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  11. Vinielove

    J’adore ton article, c’est tellemnt vrai, c tellement parfaitement dit, et vraiment ca décrit tellement ce Cameroun qu’on aime, qui nous fabrique!!

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  12. njock

    Man je me suis remis à la castel mon type…ça doz type…moi même j’aime le bar de la « yaoundè » la bas les nièces sont des nga trop mo’ elle me tchop au point que je ya mo’…loooooool

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  13. Am.

    Franchement amusant. Mais reconnait quand même qu’au-delà de la merveilleuse convivialité, quand un gars est capable d’avaler des litres de bières, il ne faut pas qu’accuser la chaleur. C’est une sorte d’alcoolisme même si on dit gentiment « avoir l’alcool social »

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  14. kabir

    chacun porte xa croix! don’t juge!

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  15. YUITCHEU Jules Patrice

    Gars tu es trop fort pour décrire la société camerounaise avec bcp d’humour en plus, ce qui ne gâche rien. Bravo mon frère. Dès que tu es à Doul tu me fais signe. je connais un bon bar d’une yaoundé. Je t’emmène volontiers

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  16. Constant SABANG

    Mince comment j’ai pu louper ça….
    Super comme d’hab.

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  17. elsov

    ééééééééééééééh, les « viveurs » ont trouvé leur justicier… lol

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  18. Tatiana

    Je te chercherais vrai vrai hein!!!;-)

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  19. Prince depuis Toronto

    Ahhhhh, sous le froid glacial Canadien, ton article me donne de la chaleur de douala et une envie franche de revoir ce beau pays !! RDV en dec 2013

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  20. Melka

    Yessss le Florian,c’est toi qui know mon frèèèèère !!!!

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  21. acyl

    mdr… vraiment bizarre je ne sais koi flacher!!

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  22. Adrienne

    Beau rendu de la vie au Camerou. Chapeau bas l’artiste.

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  23. Jooryn Nina

    bel article Florian c’est normal de défendre sa position…même si c’est de l’alcoolisme déguisé, comme l’a souligné certains lecteurs…lol

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  24. Jerome V

    Je débarque sur ton site pour la première fois et franchement pas déçu d’article en article.
    Quand je suis venu à Yaoundé je suis resté près de Biteng. Je sortais dans la rue comme ça bon accompagné quand même (ah oui, je suis blanc).
    Et on a donc été dans ces bars, accompagné de ma fiancée parce que sinon je crois que les go me seraient tombées dessus les unes après les autres. Ou que une du genre de la Yaoundé aurait fait son histoire avec moi là.
    Bref je pourrai jamais me défaire de l’ambiance camerounaise.
    Merci pour tes articles bonne continuation !

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  25. steavelionel

    je te conseil de faire des priere

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