Je suis camerounais, je ne déclare pas mes biens!

 

Ministre camerounais en action Crédit photo: HEN Château-Vallon

Ministre camerounais en action Crédit photo: HEN Château-Vallon

J’ai rigolé en lisant que les ministres hexagonaux s’étaient livrés il y a quelques jours à l’exercice hypocrite consistant à déclarer leurs biens. Un ami me disait dernièrement que le même exercice appliqué à nos ministres serait salutaire. J’ai ri. Un ministre camerounais ? Déclarer ses biens ? Quels biens ? Les ministres ici sont des gens qui souffrent, pris en otage par le Roi, le peuple, le pouvoir, et autres. Comment gérer tant de personnes avec un si maigre salaire ?

« Je tiens à remercier le chef de l’Etat pour la confiance… »

Un ministre de la République des Crevettes se retrouve endetté dès sa nomination. Famille, amis, voisins, maîtresses, créanciers, journalistes soiffards… Tout le monde se retrouve au domicile de « Son Excellence » le soir même. Chants danses à  la gloire non pas du ministre, mais du Roi Lion, notre Duncan Mc Leod,  trois fois dix ans d’invincibilité au trône, qui dans un rare moment de lucidité a nommé leur « frère ». Des louanges  soutenues par un buffet pantagruélique aux frais de la République, car dès cette nuit naît l’union ambiguë entre les caisses de l’Etat et celle de Monsieur le Ministre.

Je suis une élite

Dès sa nomination, il est coopté dans une entreprise à but non défini : les Elites de sa région. Il s’agit généralement d’une bande de vieux aigris, gentlemen farmer sans fortune ni scrupules qui squattent le village après l’avoir ignoré durant leur âge d’or dans les bureaux de la ville. Ils s’impliquent dans les projets villageois qu’ils disent porter. En réalité on sait qu’ils n’ont qu’un seul désir: porter la cagnotte des cotisations et terminer enfin la toiture du manoir familial. Très souvent le ministre doit les arroser pour éteindre divers incendies pouvant porter un préjudice notable au pourcentage local de voix en faveur du parti.

Madame la Ministre s’habillait à Mokolo

La femme du ministre c’est désormais « Madame la Ministre ». Elle ne peut désormais plus aller acheter ses pagnes en douce à Mokolo ou faire son marché dans la rue. Il faut soutenir la concurrence qui vient d’en haut, car la Reine du royaume ne jure que par les Champs Elysées. Même son petit pompier, son petit gigolo se découvre des goûts de luxe. Il veut désormais des voitures en lieu et place de la maigre liasse mensuelle qui constituait son salaire. Pauvre dame. Snif !

La famille « Ministre »

La famille du ministre s’agrandit : il est le ministre de la République et sert toute la Nation. Puis elle rapetisse : il devient ministre de son village et de son arrondissement d’origine. A ce titre, on lui recommande tous les cancres de sa famille et de son village avec la lourde tâche d’en faire des fonctionnaires. Plus il en intègre, mieux il a « travaillé » moins il en recrute, plus souvent il se fait traiter de « mauvais ».

Une région, un village, une langue

Il doit aussi assurer la promotion de la langue locale en nommant systématiquement aux postes clés de son ministère des gens qui parlent la même langue que lui. Aussi,  quelle joie pour les originaires de son village, lorsque de passage dans le ministère de leur « frère » peuvent être servis dans leur langue! Tant pis pour les jaloux!

Omnipotent

Monsieur le ministre fut-il ministre de l’intégration ou des pêches se retrouve généralement en train de gérer des problèmes qui n’ont aucun rapport direct avec  son département ministériel. Il n’y a pas d’eau, tout le monde se tourne vers lui, pas de routes, tout l’arrondissement le regarde… Il est désormais contraint de s’acheter de gros véhicules tout-terrain pour pouvoir aller en week-end. C’est moins cher que bitumer une piste c’est vrai, mais vous avez vu les prix des tout-terrains ces derniers temps ?

Arrose-moi de gombo !

Un ministre ça ne dort pas hein ? Il faut arroser les journalistes, vous savez, nos journalistes dont les articles varient de ton en fonction de l’épaisseur de l’enveloppe: le gombo, le tchoko. « Fermez nos yeux ! Fermez nos yeux Excellence!  et l’Epervier, notre volatile anti-corruption fermera les siens ».

Un ministre qui n’est jamais cité dans la presse est un ministre qui paie travaille bien !

Mesdames et messieurs, la Cour !

Un ministre a une cour. Cour des Miracles constituées de mendiants et de nécessiteux qui squattent son domicile tous les samedi matin. « Mon enfant a été viré de l’école », « ma mère est morte », « mon chat est tombé dans le puits », « J’ai soif ! ». Le ministre gère tous les problèmes, très souvent via un « farotage » aveugle en billets de 5000FCfa.

Il doit rénover sa garde robe.

Ah oui ! En plus de ses costumes de fonction stricts et sombres, il se doit d’avoir la panoplie complète du bon militant. Costume coupé dans le pagne du parti (je suggère la couleur blanche, elle apporte une touche d’espoir), casquette avec sur le devant l’effigie riante du Roi. Pin’s vert rouge et jaune, écharpe, et surtout une montre pour rester à l’heure des Grandes Utopies Réalisations. Heureusement  Cette extension de garde robe ne lui coûtera pas un kopeck. Je pleure seulement son sort s’il est allergique au Made by Chinese in China.

Cours Forrest ! Cours !

Le ministre doit se mettre au sport. Surtout en période d’élections. En effet,  en tant que ministre, il est astreint à un véritable marathon électoral dans sa région d’origine. Pas d’inquiétude : personne ne viendra jamais lui demander des comptes quant au personnel et au matériel de l’Etat qu’il utilise pour ces sorties, mais il doit savoir que gagner est plus qu’un devoir, c’est l’une de ses garanties de survie dans la mangeoire gouvernementale.

Il doit se renseigner sur le cours du riz et du maquereau

Oui! Si le gouvernement est une vaste mangeoire, il faut se renseigner sur le prix de ces  aliments et prévoir un budget conséquent, car, pour manger longtemps, il ne faut pas manger seul et durant les meetings, il faut redistribuer les fruits du vol de la croissance et nourrir les militants en vue de dépasser les 80% de voix obtenus de facto à chaque élection. Il faut se dépasser, ou mieux, dépasser le bourrage des urnes.

Voilà !  Comment avec ça vouloir qu’un ministre se lance dans un exercice aussi périlleux que la déclaration de biens? Comment vouloir pratiquer une science exacte dans un univers totalement inexact, ou les vérités d’aujourd’hui sont les mensonges de demain. Comment peut-on jurer en disant « Caisse ! Caisse ! Jamais je ne prélèverai de tes billets » ?

Et puis, Excellence, si on vous demande pourquoi vous ne déclarez pas vos biens ne paniquez pas ! Répondez que l’exemple vient d’en haut. On ne peut pas être plus royaliste que le roi hein ?

Peace !

10 Commentaires

  1. yannick

    à Nguimbis ti né pas néormal, ahala wèèè à !!!ou ta bé normal min kal wè!!!!

    lééooolll 🙂

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  2. Patrick NDJIENTCHEU

    L’exemple vient d’en haut hein ? lol. En tout cas, personne ne pourra te démentir sur ce point.

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  3. serge

    Des belles références a foredt gump; notre
    dame de paris… et surtout tu fais une vraie critique au pouvoir
    Au pouvoir

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  4. Céline Mademoiselle

    Je dirais même plus « Le Cameroun des grandes illusions ».
    Ton billet illustre parfaitement l’état des lieux.

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  5. joakim harold

    HISTOIRES VRAIES… il n’ya pas de diiff entre la chine et le mboa! #SuivezMonRegard

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  6. TITO

    Je dirais même que heureusement qu’ils ne déclarent pas, parce-que si c’est pour déclarer plus de 1 milliard d’euros d’avoirs comme Karim Wade, mieux ils nous cachent la vérité 🙂

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  7. Josianekouagheu

    Tu sais Florian ce que tu dis est tellement vrai. J’étais avec Abanda Kpama, président du Manidem et Celestin Djamen, du Sdf. Je leur ai demandé si dans le cas où ils étaient élus, est-ce qu’ils étaient prêts à déclarer leur bien. Ils m’ont dit oui. Seulement, ce n’est pas vria dans sa totalité. L’article 66 de la constitution n’est pas appliqué. Les ministres sont plus riches que les hommes d’affaire. Et ils disent qu’ils ont des salaires….euh minimes. Mais où prennent-ils tout ce flic?

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  8. Miss Minaj

    mdrrrrrrrrr!ptdrrrrrrrrrr « c ntre Duncan Mc Leod national! »trop fort!

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  9. Olivier

    Benoit dit au Roi Lion: En fait jé laisse mon poste de patriache de l´eglise catholique. Un poste où on est vote a vie, juste pour te montrer toi ettes amis-collegue en Afrique que il faut savoir laisser le pouvoir.

    Le roi repond; Héé mon Père, j´ai compris la lecon. J´y songerai quand j´aurai ton age. 😉

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  10. Janine

    Hum…. tu parles bien ehh père!
    C’est toujours un plaisir de te lire….. courage!

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