Je suis camerounais, je suis fou

Vous connaissez ce prétendu dingue qui écume les rues de Yaoundé? Profitant maladedes bouchons aux heures de pointe, ce type raquette les automobilistes en les menaçant. Il s’agit d’une espèce de mastodonte déguenillé qui arrête surtout les grosses cylindrées pour leur imposer une aumône. C’est un type énorme, poilu, bleu à force de noirceur ry qui parfois n’hésite pas à lancer des projectiles infects sur vous ou votre véhicule si vous ne lui donnez rien, et ce avec les encouragements des badauds pour qui votre seul crime est de posséder une « grosse voiture  » – donc, fruit du vol.

J’ai été sa victime hier. Ce n’était pas mon véhicule (avis aux autres bandits). J’étais de passage au lieu-dit Boulangerie Sélecte+ dans le gros SUV – un véhicule de sport – d’une liane blanche qui fait mon bonheur ces temps-ci. Bah ! Je prône la diversité. Et comme dit si bien mon ami Reezbo, les lianes noires dérangent. Depuis que l’une d’elle m’a appelé un matin pour me demander de l’aider vu que l’orage de la veille avait emporté la toiture de la maison de sa tante, j’ai compris qu’il fallait que je change de couloir. Du moins, je vais attendre la fin de la saison des pluies.

Le gros nous a abordés alors que nous étions englués en plein onze heures dans un bouchon interminable. Une blanche au volant d’un gros véhicule, il ne pouvait pas laisser passer l’aubaine. « Donne ma part ! ». Le type bloque la remontée des vitres avec ses énormes avant-bras. La liane se tourne vers moi, quêtant mon aide. Je considère les quintaux de graisse du type et je me demande si elle est sérieuse.

Moi : Bah ! Donne-lui quelque chose. (sous-entendu au péage c’est le proprio du véhicule qui paie)

Elle : J’ai rien.

J’ai rigolé silencieusement. Apparemment tout le monde n’est pas la vieille Bettencourt hein ? Et moi j’ai la taille de Sarkozy, mais pas son pouvoir de persuasion.

Je décide de la jouer macho : « Ho ! Mon ami, dégage ! Il n’ya rien pour toi. » Le type devient menaçant et en un clignement d’yeux, fait le tour du véhicule pour se retrouver face à moi. J’ai refléchi hein ? Evalué le poids de sa main, qui couplé à la force de son bras aurait pu m’arracher la tête s’il lui était venu à l’idée de me gifler, car fait étrange, autant il était harceleur avec la blanche, avec moi, le type est énervé et postillonne comme une lama enragé.

Là j’ai pensé à tous les courageux ancêtres morts lors de la guerre d’indépendance. Prudent, j’ai compensé en me disant que nous avions déjà versé notre tribut de sang au pays. Les larmes au yeux, j’ai mis la main dans une de mes poches retiré un billet de 500F, rapidement happé par la monstrueuse patte du type qui est allé remercier… la liane !!! Nous sommes repartis sous les quolibets des badauds que ce genre de scène divertit à longueur de journée.

Je crois qu’une partie de moi est restée devant Selecte+.

Je vous le dis, un de ces quatre je vais abattre un des ces « fous «  qui hantent nos rues.

Ce qui m’énerve, c’est la complaisance des services sociaux que cette situation ne semble pas gêner. Quand une famille en a marre de « jeter » les sous dans les hôpitaux pour guérir un malade mental, bah, on l’abandonne tout simplement à lui-même. Et le quidam se bat tout seul dans la rue pour survivre. En fonction de leur degré de maladie, les plus malins se transforment en braqueurs providentiels comme « le gros », d’autres errent à longueur de journée, exposant leurs attribut à qui veut les voir, et se livrant même parfois à des actes de violence sur la population.

Mais le plus énervant, c’est que les Camerounais ne considèrent pas la folie comme une maladie. C’est toujours le résultat d’une action occulte qui n’a pas marché, d’une tentative malheureuse d’enrichissement rapide, ou d’une élévation sociale via des voies mystiques. Donc, le fou n’a que ce qu’il mérite. Aussi, tous les malades mentaux dans les quartiers ont toujours une histoire, sorte de légende tissée pour justifier leur état. On vous dira toujours que c’étaient des gens intelligents, beaux blablabla, mais qui en voulaient plus. Donc, ils ne sont pas vraiment fous, ils expient.

Je suis tombé des nues dernièrement en découvrant un malade mental dirigeant la circulation à un carrefour au quartier Nkondengui selon un timing tout personnel. Devant mon indignation, le taximan très sérieux de me dire:  le gars-ci est un ancien policier hein ? Ne le voyez pas comme il est comme ça aujourd’hui

Je me souviens aussi de cet autre malade qui dans mon quartier bloquait la circulation pendant de longues minutes pour dérouler en plein carrefour des enchaînements de katas d’un art martial né de sa folie. Personne n’a jamais osé le faire dégager car quelqu’un qui prétendait bien le connaître avait déclaré que c’était un ancien maître de karaté qui avait « trempé les mains » pour monter en grade. Depuis on le nommait Maître Chen Chen. J’ai découvert quelques accidents plus tard que sa folie était due à une overdose de chanvre indien et que son passetemps favori c’étaient les films chinois d’un bar voisin de son fumoir.

Et notre génial gouvernement ne fait rien. Ah ! Si. Je me souviens que lors d’un inutile sommet France-Afrique, les décideurs ont décidé de nettoyer les rues de tous les malades pour épargner la vue de  tonton Chirac. Sauf qu’au lieu de les envoyer en asile (ce qui aurait posé le problème du financement de leur séjour), ces génies ont organisé des charters nocturnes qui avaient pour mission de dispatcher les pauvres hères dans les villes périphériques de Yaoundé, lieu du sommet. On s’endormait avec un dingue dans le village et le matin, paf ! on en avait dix de plus, sortis de nulle part : la sorcellerie !

Je n’ai pas peur. Un Ngimbis ne connaît pas la peur. Mes ancêtres affrontaient les troupes coloniales surarmées avec des machettes rudimentaires et leur courage. Le jour où je recroise le « gros fou », il va me rendre mes 500F, liane blanche ou pas.

On est où là ?

Peace !

18 Commentaires

  1. Hugues

     » J’ai rigolé silencieusement. Apparemment tout le monde n’est pas la vieille Bettencourt hein ? Et moi j’ai la taille de Sarkhozy mais pas son pouvoir de persuasion. »
    Rien de tel pour se divertir durant la mi-temps de ce match qui veut prendre une tournure que nous connaissons.

    Répondre
  2. nathyk

    Il faut surtout plus de psychiatres… il n’y en a meme pas 5 exercant en ce moment dans tout le Cameroun. Il faut sortir les gens de l’ignorance, les sensibiliser sur la maladie mentale… C’est pas d’un asile dont on besoin « les fous » mais d’un hopital psychiatrique pendant les phases critiques et d’une sociotherapie car la presence d’un environnement de soutien par ex. est benefique pour une reprise du contact avec la realite… Le gouvernement ne peut pas faire grand chose si deja il n’y a meme pas assez de psychiatres… il faut un hopital psy oui mais il faut aussi le personnel adequat hors de nos jours quand un medecin veut s’orienter dans la psychiatrie, on lui demande : « mon ami, tu es devenu fou ? » Si on arrivait a reconnaitre en la maladie mentale son « statut » de maladie pouvant etre pris en charge par la Medecine, on aura deja fait un grand boulot !

    Répondre
  3. Josiane Kouagheu

    Voilà Ntahyk a tout dit. Au Cameroun, on côtoie les fous et on oublie qu’on peut soigner certains. Mais comme on n’a pas de médecins spécialisés, on « vit » avec eux…

    Répondre
  4. PierPat MP3

    Super…Comme dab!!!

    Répondre
  5. Nyahso

    Mdr Florian!!! Dommage que mon boss soit juste à coté, je ne peux même pas me coucher pour étendre mes abdos lol

    Répondre
  6. Zo

    Permettez-moi de like svp.très belle production, mais je te promets que si le fou là lit ce que tu racontes là, tu verras…

    Répondre
    1. Seb

      Mdr, si vraiment il lit, sois sûr ke………

      Répondre
  7. njock

    Yaaaa mon frère…c la partie avec l’apprentis karatéka….la tu m’a kill bro…je MDR…bon pour dire aussi que le chanvre la fait des ravages… »on a le ntong…le ntong… » mais après ça te racle au moment où tu t’y attends le moins…Aïe….
    trop fort ton blog…o bosso magnan

    Répondre
  8. RENGUI

    trop cool mon gars, tu es tjrs génial et bien caustique avec le roi Lion et toute sa cour, ce qui est fort bien!!!

    Répondre
  9. cycykiss

    J’ai ete « victime » de ce gros a Mokolo lorsque je passais pour aller prendre mon taxi et je ne lui ai meme pas donne 5frs mais on s’est bien insulte, comme quoi il ne s’interesse pas qu’aux grosses cylindrees. C’est quelqu’un de mon quartier Oyom Abang et menace les passants, taxi, personnnels etc. Je pense qu’il est tres loin d’etre fou j’ai eu le temps de l’observer apres cet incident et il cause tres bien avec les gens du quartier et socialise comme tout le monde. C’est lui le plus malin parce qu’il a compri qu’il pouvait se faire des sous facilement de cette maniere la. Il n’est pas « fou », il n’est pas malade mental et a juste choisi de vivre de cette facon la.
    Quand aux vrais malades mentaux, on se demande a quoi sert les services sociaux au Cameroun. Mon pere (paix a son ame) avocat de son etat n’hesitait pas a s’assoir a meme le sol en costume avec ces « foux » lorsqu’il les rencontrait pour causer avec eux, les ecouter, avant de les depanner . C’etait sans doute sa facon a lui de montrer un peu d’humanisme a ces personnes la qui sont traites comme des pariats de notre societe et coupes de tout contact humain si ce nest pour les stigmatiser encore plus. Le Camerounais devrait sensible a nos freres et soeurs qui courent les rues dans tous ces etats et encore plus le gouvernement.
    Pour le gros la, moi je vous dis, il est tres tres loin d’etre fou!

    Répondre
  10. afroopean

    bonjour ngimbis,

    ton ecriture coule comme de l’eau de roche, j’ai ri silencieusement .

    n’êmpeche que les sages décideurs de notre triangle national devraient prendre en compte que ces « fous » ont besoin de traitement et d’encadrement pour la quiétude des « nguimbis » et de leur lianes blanhes ou noires

    Répondre
  11. arsene

    maitre chen chen…looooooool

    Répondre
  12. aicha

    j’ai aussi été victime du »gros fou » j’allais tranquillement ma chose prendre mon car pour aller a soa qu’and mal m’en a pris,j’ai décider de faire un arrèt pour acheter quelques « beignet sucres » a la fameuse boulangerie au sortir de la je suis tombé nez a nez avec le gars la mamaaa vu mon gabarie j’ai cru que mon heure était arrivé il m’a regardéééééééééééé puis m’a demandé ce que je tenais dans la main à contre coeur j’ai dit aurevoir à mon beignet sucre 🙁

    Répondre
  13. Luc

    Mdr. Merci beaucoup pour ce que tu dis. J’ai ri aux larmes.
    Mais bon, il faut qu’on sache quoi faire de ce genre de personnes en pleine ville. sinon ils vont se multiplier… et avec la concurrence viendra plus de malheurs.

    Luc

    Répondre
  14. AAJ

    Le jour où je recroise le « gros fou », il va me rendre mes 500F, liane blanche ou pas.

    s8 DDL! I swear, Ngimbis, U too much.

    Répondre
  15. stone

    « Je suis tombé des nues dernièrement en découvrant un malade mental dirigeant la circulation à un carrefour au quartier Nkondengui selon un timing tout personnel. Devant mon indignation, le taximan très sérieux de me dire: le gars-ci est un ancien policier hein ? Ne le voyez pas comme il est comme ça aujourd’hui… »

    js8 DDL le taxima là ndem, gars le fou de nkondengui là s’appel samedi, en fait il n’est pas fou (quoique…) c’est juste que son rêve a toujours été d’être policier…
    ps: il bosse pour la mairie

    Répondre
  16. emmanuel sandjo

    Je regrette qu’ un autre musclé ne l ait pas encore tabassé

    Répondre
  17. Frieda

    Bonjour
    Je souris à la proprio foirée….Ca arrive oooo!!! Hummmm
    Sont pas tous fous crois-moi
    Certains sont des braqueurs
    Une min d’inattention ils arrachent
    ce qu’ils peuvent et traversent le petit pont
    derrière Selecte + aux cris de arretez le sans bouger
    Bonne journée
    Frieda

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.