Bienvenue à Nsimalen, Cameroun en miniature

douala

A mon vieil ami aux paroles si jeunes…

A force d’emprunter les avions, je me suis mis à m’intéresser aux aéroports. Un aéroport est un lieu de vie qui la plupart du temps est le reflet quasi exact de la société qui l’abrite. A ce titre, j’ai observé les aéroports camerounais et ma foi… Bref, lisez plutôt.

La vraie fausse gratuité
Comme l’école primaire dont un décret proclame la gratuité, les aéroports camerounais ont leurs contradictions. Tenez ! Les chariots. Quand vous arrivez à Nsimalen, ne cédez surtout pas aux sourires racoleurs des opérateurs qui vous abordent : Mon frère ! Tu es frais comme l’igname ! ou Ho ! la go Paris te mérite, tu attendais quoi pour partir ? Des approches toujours sanctionnées par la même phrase : mets ton sac ici je t’accompagne. Sauf que rendus à l’enregistrement, le gars va te tendre la main, tu t’étonnes, il va te parler de « la vie qui est dure », de l’agrément qu’il paye aux ADC, bref, tu vas que payer. Un futur mbenguiste ne discute pas. Hein tara ? Mille francs pour toi c’est quoi même ? Ne gâte pas ton nom grand !

La magouille
Elle commence dès l’entrée avec cette histoire de kilos. Mon frère, vous allez où ? On a un problème de kilos excédentaires blablabla. Je me suis toujours fait la réflexion que transporter l’excédent de bagages d’un camerounais c’est comme bouffer des sushis chez un restaurateur chinois à Bamako. Cette opinion n’engage que moi.

Les débrouillards
Cette nouvelle race – créée par le Renouveau et les Grandes Illusions Ambitions – est aussi présente dans les aéroports camerounais. Ils vendent du crédit téléphonique (nos fameux call-boxeurs), vous abordent pour changer des devises. Un tuyau : vous pouvez boire des Castel à l’aéroport de Nsimalen !
Si ! si ! les jeunes femmes que vous apercevez dehors et qui vous regardent droit dans les yeux n’attendent personne. Elles vendent des bouteilles de bière qu’elles trimballent dans des sacs à main. J’ai testé hein ? C’est pas beau ça ?

Les impôts qui ne servent à rien
Chez nous, on a la taxe dite d’aéroport dont je n’ai jamais compris l’utilité ni le sens. En effet, tous les passagers des vols internationaux sont astreints au payement de 10.000 francs avant d’embarquer dans un avion. Je me suis toujours demandé à quoi servait cet argent, dans quelle poche il rentrait. Si au moins on pouvait avoir la clim à ce prix…

Les bureaucrates
Nos fameux fonctionnaires avec leurs airs importants qui font croire qu’ils servent à quelque chose. On les remarque à leurs valises neuves donnant plus l’impression d’un départ en vacances qu’une mission de routine et leurs vêtements d’hiver qui sont la preuve qu’ils consultent la météo avant de voyager. Parfois en traversant la première classe de certains vols Air France, je me dis que l’épervier au lieu de voleter au dessus des sept collines de Yaoundé, devrait tout simplement prendre l’avion.

La joie
Les gens sont heureux de te voir partir : tu t’en va chercher les euros. Ils sont tout autant fiers de ton retour : tu ramènes les euros. J’adore cette foule dans les aérogares. A l’aller, c’est la famille, les amis, tout un fan club improvisé qui semble dire: Ma chérie, tu es l’espoir de tout le village, va de l’avant ! Photos. Dominant tout le monde, le Blanc, conquis sur Internet, rouge de son séjour à Kribi, ivre de plaisirs inaccessibles chez lui, assez bête pour croire que tous ces cousins à la mine renfrognée sont vraiment des cousins. La mère qui pleure, les regards envieux des sœurs, la fille, ex mouton noir qui prend sa revanche et rit fort pour masquer la peur de cet outre-mer dont elle ignore tout. Les flashes qui crépitent, une atmosphère de Cannes.
Il y en pour toutes les sauces: aventuriers, étudiants, futurs Eto’o, futurs riens, tous sont adulés, parce qu’ils partent. L’avion devient plus qu’un moyen de transport, c’est l’ascenseur social.
Il n’y a pas que l’aller, le retour aussi a ses ambiguïtés.

Le carnet de vaccination
Avant même le passeport, le premier document exigé en terre camerounaise est ce carnet jaune qui prouve que vous êtes vacciné contre je ne sais quoi. « Bonne arrivée au royaume des moustiques, nous vérifions que vous n’êtes vacciné ni contre le paludisme ni contre le SIDA ». Un peu comme les policiers et la carte nationale d’identité sur nos axes routiers: Vous n’avez pas de ceinture de sécurité ? Tant pis, présentez vos cartes qu’on soit sûrs que vous mourrez en règle.

Les hommes habillés
Comme dans les rues de Yaoundé, dans les aéroports camerounais on croise des flics et militaires en grande tenue. Sauf qu’eux ne sont pas là pour le Vigipirate hein ? Nous on n’a (vait) pas de soucis avec les terroristes. C’est plutôt des soucis de douane. La douane au Cameroun, tu la paies si tu ne connais personne, du coup pour le trafic d’influence, rien de mieux que des galons dorés : le prestige de l’uniforme.

Il y a aussi cette foule, comme à Douala, qui observe les avions atterrir et décoller. Cette foule de jeunes qui n’attendent personne mais sont debout devant le hall d’embarquement à longueur de journée. Avec dans les yeux cette envie de partir, cette envie de connaître un ailleurs meilleur, ils vous regardent quand vous embarquez, vous lorgnent quand vous débarquez, les yeux pleins d’étoiles, semblant se dire que là bas ne peut être pire qu’ici.

Néanmoins il ya de la joie dans nos aéroports hein, rien à voir avec cette froideur de Paris Charles de Gaulle par exemple. Cette indifférence affectée. Chez nous ce sont des youyous à l’arrivée, un brouhaha de conversations au départ, les gosses qui courent dans tous les sens, les rires, la chaleur, le tutoiement spontané, les blagues grasses et épicées. Même dans un avion à destination du Cameroun, on est déjà au Cameroun. Et quand l’aéronef atterrit, on applaudit à tout rompre. Bah oui, dans un pays où personne ne fait correctement le travail pour lequel il est payé, on sait transformer la routine en miracle. Tu as fais atterrir cet avion ? Alléluia ! Mon commandant tu bois quoi ?
Moi j’aurais répondu la Castel!, mais d’ici à ce que je pilote un avion de ligne…

Peace !

18 Commentaires

  1. stonde

    On l’aime hein notre Cameroun……elle bonne cette phrase « L’avion devient plus qu’un moyen de transport, c’est l’ascenseur social. »

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  2. Ella

    Tu m’as fais pleurer de rires! C’est si vrai…!

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  3. Lucien MASSEM

    Tu as semblé oublier ces usagers tout aussi bien sapés qui viennent apposer des timbres fiscaux sur leurs documents à toute heure lorsque les services des autres administrations ont fermé! A ce propos, pourquoi ne peut-on pas installer des machines à timbre semblables aux distributeurs automatiques de billets? Ça faciliterait l’accès des usagers à ces services et c’est l’État qui en sortirait gagnant!

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  4. Emma layatola aliasleguidesuprême

    Mon frere t’es le meilleur, j’adore tes histoires qui malgré tout la vérité que tu mets en l’interieur, nous amuses plus que tout.
    peace.

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  5. Eric l'helvète

    Florian, tu es un véritable chirurgien du verbe. Inutile de ressortir les photos et les films, tes billets restituent le Cameroun au delà de tout autre media.

    Tu devrais éditer tes billets au format brochure, et cette dernière devrait figurer impérativement avec les documents que l’on trouve dans l’avion, ou comme annexe du billet.

    Avec ta description du blanc qui s’est pris un coup de soleil à Kribi, je me suis demandé si nous nous étions croisés…

    Tiens en fait, tu as oublié de mentionner le « bar » de l’aéroport de Nsimalen, situé quelques centaines de mètres en contrebas de la colline.

    Avec le blanc sur ses charbons ardents pressant l’auguste assemblée familiale d’envisager l’embarquement si possible avant le décollage de l’avion…

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  6. Cathy Ateba

    L’ambiance est décrit exactement comme telle. On vit réellement les scènes à travers les écrits. Chapeau!

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  7. kamb

    Waou!

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  8. munasawa

    Très beau billet, juste ce qui faut de légèreté, tout en pointant du doigt les réalités souvent problématiques de notre si beau pays! Bravo!

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  9. toubaigne

    hum, je dis hein, là ou tu pars compter les futures victimes d’épervier dans l’avion là… Sachant qu’entre Paris et Yaoundé Air France sépare toujours les voyageurs First du reste des passagers, on ne traverse pas la Première à moins d’y avoir payé sa place…ou d’y être invité par « un grand quelqu’un ».
    çaaaaa… donc tu es en haut comme ça-là? Mon frère, pardon ne gate plus ton nom: pense seulement à mon cadeau la prochaine fois que tu rentres de Mbeng 😉

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  10. Yasmine

    Je suis vraiment fan Florian! Excellent poste comme d’habitude! (la groupie veut son autographe hein ;))
    J’ajouterai cette folie de la Douane, qui à ton arrivée ouvre toujours tes valises! La machine à vérifier les bagages des blancs là, il y en a une à aller mais pas au retour!!!

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  11. Ouatizit.

    Tellement vrai mais on va faire comment? Le Camer c le….

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  12. josianekouagheu

    Ah Florian, une description de Nsimalen, en gros. En tout cas, les voyageurs sont désormais avertis…Il y a l’escroquerie, la joie et la première classe éperviable à Nsimalen…C’est ça mon beau … Cameroun hein?

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  13. Drigue84

    Le blanc rouge de son séjour à Kribi, elle est bien bonne celle là.
    j’en ai aperçu un une fois. Je me suis demandé si c’est sur lui qu’il fallait plaindre ou la populace noire qui l’entourait de sourires jaunes.

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  14. ikemb

    vous avez raison, Florian. au Cameroun, tous les jeunes vivent dans la désespoir. le seul envie est d’arriver au pays des blancs. le fonctionnaire que tu vois gonfler à l’aéroport est en catégorie C ou B de la fonction publique. ce qui correspond à au plus 120000 de salaire mensuel. convertissez… or la bière la plus moins chère coute 550 FCFa. convertissez toujours. comment fera-t-il pour boire trois bières en soirée ou nourrir ses « petites »…

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  15. Pingback: La mort, les taxes et les ADC | Sam : seul au monde

  16. Gires

    « …dans un pays où personne ne fait correctement le travail pour lequel il est payé, on sait transformer la routine en miracle. »
    Chapeau l’artiste, à méditer

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  17. Francis SP

    Le maestro Ngimbis, on te tcha où non man?
    Une rencontre serait la bienvenue.

    A bientot!

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