Le kongosseur au tribunal

J’adore le cinéma. Lycéen, mes parents ont même du énoncer une fatwa, qui m’interdisait formellement de mettre les pieds dans un ciné club. Peine perdue. Ne pouvant voir les films durant mes moments libres, je profitais de n’importe quel prétexte pour satisfaire mes envies de septième art.

Une fois, je me souviens, je suis allé voir un film entre deux épreuves, en pleine composition de fin de trimestre !

Le type avait choisi cette période pour diffuser Starship Troopers ce génial film de science-fiction. Après avoir vainement essayé de le voir durant le week-end, j’ai décidé d’attendre la semaine. Lundi, premier jour de compo. Le film passe dans le créneau horaire qui sépare l’épreuve d’anglais de celle d’allemand. Voilà l’occasion.

Je compose en trente minutes. Remets ma copie sous les sifflets et les murmures jaloux et énervés des camarades : « le gars-ci veut même nous montrer quoi ? ».

Course vers le centre ville, j’arrive avec quinze minutes de retard, mais je peux m’asseoir dans la salle. Quelques lycéens du premier cycle, exempts de compo sont présents.

C’est au moment crucial, celui où les soldats de la Fédération font face aux arachnides géants, que la porte du vidéo club s’ouvre brutalement. Et qu’un cri jaillit : les lycéens en tenue, dehors ! Mon sang se glace, je viens de reconnaître la voix de mon pire cauchemar : Amine. Amine était un surveillant de secteur. Un Picasso de la chicotte, un Eto’o du fouet qu’il maniait avec la dextérité d’un jongleur. Taciturne, les seules phrases qu’on lui connaissait étaient : viens ici ! Tends les fesses ! Rentre en classe!  Quand je vois ces enfants d’aujourd’hui qu’une simple gifle plonge dans le coma…

A la queue leu-leu on nous fait entrer dans la voiture du proviseur. C’est lui qui lors d’une ronde dans le petit centre ville a eu l’idée de jeter un coup d’œil dans la salle obscure. A cette époque les fonctionnaires prenaient encore leur travail au sérieux.

Retour au lycée. Le proviseur, tel un Yaya Jammeh pressé de liquider ses condamnés à mort organise un conseil de discipline extraordinaire. Jugement expéditif, application immédiate de la sentence : vingt cinq coups de fouet sur le derrière, administrés par une vieille mais efficace courroie de moteur maniée par le poignet souple d’Amine. Mes compagnons de galère, pleurent déjà, des élèves de sixième pour la plupart. Je suis en terminale, je ne peux pas pleurer, mais ce n’est pas l’envie qui me fait défaut.

Les grappes d’élèves suspendues aux fenêtres de la salle des profs transformée en tribunal ne comprennent pas. Des élèves de sixième d’accord, mais qu’allait chercher un « finissant » comme Ngimbis dans un ciné club en pleine compo ? Les incultes !

Le flagrant délit étant établi, le jugement se limite à une question : Mr X reconnaissez vous avoir été dans une salle de cinéma aux heures de cours, ce en violation de l’article blablabla.

« Oui Monsieur ! » répondent invariablement les accusés, réponse suivie d’un signe de tête à Amine, le bourreau, qui se charge d’exécuter la sentence.

Last but not least, mon tour arrive. Après m’avoir sermonné et mis en avant mon côté Dr Ngimbis/Mr Florian, le proviseur qui se dit très déçu par mon comportement me pose la question rituelle. Alors que tout le monde s’attend à mon oui tremblotant je sors une réponse inattendue : « Pas totalement ». Le proviseur croyant avoir mal entendu repose la question : Mr Ngimbis reconnaissez vous avoir été dans cette salle de ciné oui ou non ?

Je répète ma réponse : pas totalement.

Sur le départ le collège des juges se rassoit. Expliquez-vous.

Monsieur, ayant fini de composer très tôt j’ai décidé d’aller manger un morceau de pain en ville, car je n’aime pas les beignets qu’on vend au lycée. J’ai vu ces élèves en train d’entrer dans la salle. J’ai cru qu’il y avait une conférence et je les ai suivis. Pendant que j’avais un pied à l’extérieur et mon torse à l’intérieur, je me suis fait attraper par Mr Amine.

Moment de flottement, Socrate venait de paralyser ses accusateurs. Les élèves aux fenêtres murmuraient, l’assistance pressait César de lever le pouce pour sauver ce gladiateur qui s’était battu comme un lion. J’étais à ça de convaincre le proviseur qui en réalité ne voulait pas me condamner, moi le grand/petit de terminale, rédacteur en chef du club journal, prodige dont tous les profs faisaient l’éloge (sauf le prof de maths). Mais je n’avais pas compté avec Amine.

Tandis que le jury se demandait s’il allait croire mon mensonge gros comme un autobus, Amine ne comprenant rien à la magie de l’instant m’a simplement lancé : mouf ! Viens ici !

Et le vampire m’a saisi par le bras, et dans le même mouvement s’est mis à faire pleuvoir des coups de chicote sur mon derrière.

Voilà comment on tue une légende.

Je croyais avoir tout enduré, mais le soir même, mon père, mis au courant de l’histoire, me prouvait qu’Amine n’avait pas le monopole du maniement du fouet.

Peace mes frères !

Je dédie ce billet à M Misékou Zacharie et à tout le corps enseignant du Lycée de Ndikiniméki de la période 1997-2000. Sans vous, je ne serai pas l’homme que je suis.

26 Commentaires

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  2. estelle Nanga

    tu as une très belle plume et un très beau brin de plume….

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  3. reine

    FloFlo hummm je suis par terre!!!!!!!!!
    mdrrrrr wéééé double bastille
    ils n’ont vraiment rien compri à ta fascination du 7e art ahahaha

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  4. a hot

    A DON DAILLE !!!!!!!!!!!

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  5. Théophane, depuis Ouagadougou

    Bonsoir. J’ai découvert ton blog il y a une semaine disons…un peu par hasard, en tapant je ne sais plus quel mot dans google recherches. Depuis, j’y reviens régulièrement. Ce sont des moments de fraîcheur que je m’offre dans la journée. Merci! Du grand art ! Juste pour t’encourager. Agréable journée.

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  6. L'HOMME

    Mort de rire. « mouf! viens ici! » – Ne nous finis pas gars…

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  7. alice

    Rires!! tu ne pouvais pas échapper à la bastonnade!!! la langue de Molière que tu as voulu utiliser pour te sortir d’affaire n’a pas fonctionné!! bien fait pour toi

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  8. Jean Luc

    Vaut mieux gracieusement s’offrir ici une vraie détente sémantique et pleine d’humour que se payer à 2555XAF un spectacle de Major Assé.

    Peace frère.

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    1. MAHOP

      ouf! enfin, j’ai cru jusqu’ici être la seule à trouver l’humour de Major Asse nul.

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  9. Stonde

    Merci pour la bonne humeur en ce week-end assez glacial de mon côté…..
    Bonne continuation!

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  10. yvan rheault

    T’es un vrai verbomoteur survitaminé ! Tu nous laisses étourdis et hilares, on en redemande encore. Je te dis !

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  11. Céline Mademoiselle

    J’ai découvert votre blog un peu par hasard…
    Votre plume et votre humour sont d’une finesse indescriptible.

    Vous êtes un modèle pour la jeunesse camerounaise. Vos parents et votre entourage doivent être très fiers de ce que vous faites.

    Paolo Coelho penserait probablement que vous êtes sur le chemin de l’accomplissement de votre légende personnelle…

    Chapeau bas Monsieur Ngimbis.

    C.M. from Brussels

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  12. Mariah

    mince alorss quelle plaidoirie !!!!!!!!!!!! mdrrrrrrrrrrrrr

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  13. Arthur K

    wèèèèè le gar ci tu m’as tué. A partir d’aujourd’hui je vais lire tes billets à la maison, les rires étouffés que je produis au bureau commence à attirer l’attention. Une vrai legende didon krkrkrkrkrkr

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  14. Patrick NDJIENTCHEU

    Gars, how que Amine ne pouvait pas digérer ta gamme comme tout le monde ?? j’ai trop ri !! merci 🙂 J’ai trop aimé « « le gars-ci veut même nous montrer quoi ? » » !! je wanda sur toi !! lol

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  15. raph.k

    Merci Florian Ngimbis! j’ai ri et j’en ai partager la lecture à voix haute avec ma collègue pour ne pas être traitée d’égoïste, tant elle s’interrogeait sur la raison de mon hilarité. j’ai beaucoup aimé et je me suis exclamée: « j’aurais aimé le connaître ce Florian Ngimbis » du coup je laisse un commentaire. je n’ai pas oublier de copier coller et imprimer pour dégriser à l’occasion mes visiteurs grincheux! ça m’a fait du bien. merci encore!

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  16. ngo booh

    Pour une fois que tu n’as pas pu bluffer le jury…………………..
    Achouka ngongolick!

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  17. Elsov

    c’est drôle qu’on rigole aujourd’hui de ces fameux coups de chicotte qui nous ont bien souvent fait rougir le derrière, le dos ou la paume des mains. c’est certainement parce q malgré tout, ça fait des uns des êtres moins abrutis que d’ autres actuellement.

    Chapeau NGIMBIS!

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  18. Mahop

    Ekiéééé!
    Toi même tu n’as pas vu que la tête de Amine était trop grosse pour entrer dans la bouteille?

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  19. AFFREUX

    Bravo et courage.Belle initiative

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  20. Romeo

    looool, ce pays tue les legendes lol

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  21. Ninasky

    Ton inspiration et ta plume sont intarrissables. C’est toujours un plaisir de lire un de tes articles.
    Celui ci me rappelle trop mes années lycée. Les surveillants de couloir et parfois le surveillant général faisaient la ronde des tourne-dos, vidéo club et salles de basage autour du lycée pour attraper les élèves présents sur ces lieux.

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  22. loretta

    vrèmen des prof com on n’en fait plus.

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  23. Kolifranck

    Merci Floriant, car je me reconnait totalement dans ce billet. Fin mathématicien que j’étais en Terminale C et souvent sur le podium des examens trimestriels, je me suis fais pincer alors que j’étais en plein exercice de mon péché mignon: le jeu vidéo. J’étais en pleine fatalité avec Iori Yagami (King of fighters) quand a retentit dans la salle une voix familière du collège (le surveillant général) :  » Les élèves en tenue là passez comme ça ». Galère !!!
    « Voilà comment on tue une légende » MMMMDDDDDRRRRRRRRR

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  24. désolation

    franchemen vos écrits sone pour moi une tres grande inspiration. en attendant d’achever mes études, je suis un futuriste slameur. je m’excurse , j’ai adopté plusieurs de vos textes. permettez le moi; merci

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  25. FAbrice

    Merci florian… enfin, « pas totalement… »

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