Embuscade au marché Mokolo

Marché Mokolo. Photo camer.be

Alors que je causais hier avec une fille qui se prétend mon amie, je ne sais trop d’ailleurs pourquoi –ma feue grand-mère m’a toujours martelé que l’amie d’un garçon ce n’est pas une fille– elle, la fille pas ma feue grand-mère, m’a assené une phrase : tu es un poltron. Peureux ? Non mais ! je n’assume pas, je revendique ma qualité de trouillard.

La nature a fait de moi un individu qui à l’aube de la trentaine pèse 67 kilos pour environ -je dis environ parce que depuis longtemps j’ai honte de grimper sur une toise. Donc, 67 kilos pour environ 1,68m. comprenez que j’ai vite compris quelle était ma place. Je me proclame habituellement non-violent, mais par pour les même raisons que Martin Luther King, mais plutôit pour celles qui poussent la gazelle à fuir à l’approche d’un lion : l’instinct de conservation. Je dois reconnaître qu’à défaut de muscles, je suis doté d’un bagoût et d’un sens de la relation client qui font que la plupart du temps je sais arrondir les angles face à des situations dites de « brutalité ». Je cause, je cause et on oublie qu’on devait me refiler un coup de poing.

Samedi, au lieu de rester devant mon petit écran regarder les athlètes camerounais transformés en français pour la circonstance des Jeux olympiques se faire éliminer de la compétition un à un, j’ai eu le malheur de répondre au coup de fil d’un ami.

Gars ! tu fais quoi à la maison viens me retrouver on se boit une!  Cédant à l’appel de la bière, je le retrouve aux encablures de Mokolo, vous savez, notre marché local qui à la différence de son homologue dit « central » nous vend des fripes pourries en provenance d’Europe au lieu des désormais sempiternels produits chinois tout-en-un-fait-pour-un-jour.

Man! on fout quoi ici ?

Laisse ! Je suis avec ma petite amie qui voudrait s’acheter quelques fringues. « Se faire acheter tu veux dire » ai-je pensé. Nous voilà lancés. Il faut dire que j’étais un peu mal à l’aise. Mokolo le samedi est une fourmilière: ménagères, étudiants, pickpockets, peloteurs, mais surtout les sauveteurs, ces vendeurs dits de l’informel qui n’hésitent pas à racoler les femmes surtout, en des termes parfois limite : ma chérie voici le string à ta taille, chérie voici le vrai jean, enlève la poubelle qui te couvre les fesses…

C’est dans cette atmosphère chaude et épicée que nous avons évolué pendant près d’une demi heure à la recherche de je ne sais quelle sandale à la mode. Je commençais à me dire qu’à ce prix, même un casier de bière est cher payé, lorsque, mon ami me saisit le bras : sa copine ne suivait plus. Retour sur nos pas. un attroupement. Au milieu, la « copine » tenue en respect par un adolescent qui n’arrêtait pas crier : « achète mon chichi ! ». Après explications de la croqueuse de CFA, il ressortit qu’elle s’était fait accoster par le garçon qui lui avait proposé sa marchandise, en l’occurrence un chichi (en français on dit chouchou, mais ici on parle camerounais!), vous savez, une espèce d’élastique cousu à l’intérieur d’un bout de tissu bariolé et sensé retenir les cheveux. Après avoir examiné l’objet, la fille avait conclu qu’il ne convenait pas à sont teint (difficile de trouver des couleurs se mariant à sa peau bicolore Fanta-Coca me suis-je dit) et avait voulu le rendre. Surprise! le garçon n’en voulait plus et voulait l’obliger à l’acheter.

Bon ! En ma qualité d’expert en braquages, agressions et vols, j’ai immédiatement compris le truc. Le jeune en fait n’était pas un vrai vendeur, sinon comment expliquer qu’en dehors du chichi querellé, il n’en dispose pas d’autres. La ruse était d’obliger la fille à acheter l’objet et au moment où cette dernière sort son porte monnaie, l’arracher et disparaître dans la foule. Un classique.

Malgré son apparente jeunesse, et son allure peu imposante (il était encore plus gringalet que moi), je savais que le type était dangereux. Il faut toujours se méfier de ces jeunes bandits, généralement issus de La Briqueterie ou de Madagascar et qui après s’être shooté au chanvre indien peuvent vous poignarder pour un oui ou un peut-être.

Prenant mon ami à part je lui explique la situation et lui demande de payer à la place de sa copine pour faire échouer le plan. Au lieu de m’obéir, le vampire décide de jouer les Roméo pour glaner des points dans le cœur de sa Juliette et me souffle : « gars on est deux, il ne va pas nous dépasser ». Deux ? J’ai failli m’évanouir, il me voyait dans son film ! Moi qui cherchais d’ores et déjà une ouverture dans la foule autour de nous pour m’échapper ! Surtout que les menaces du coquin se faisaient de plus en plus précises.

Mon copain donc, bombe son torse à peine plus grand que le mien et dans cette agora improvisée interpelle le bandit miniature. S’ensuit un dialogue bizarre.

Mon ami: Ho! Petit c’est qu’on ton problème?

Le bandit: Elle doit acheter!

Moi: C’est quoi le prix?

Mon ami: elle ne te donne rien.

Le faux vendeur: Elle ne bouge pas!

Moi, pragmatique: Mon frère regarde toi même son poids, tu es sûr que tu peux seulement la freiner si elle démarre?

Mon Rambo d’ami: Pas de négociations! A sa copine: rends lui  son truc!

Le voleur à col sale: L’argent ou rien.

Moi, le Philosophe: l’argent ne fait pas toujours le bohneur hein mon frère.

Mon ami en mode film chinois: Jette le par terre s’il n’en veut pas!

Le chef bandit du film chinois: Essaie!

Moi, langue de vipère: toi même regarde ses (faux) cheveux elle va faire quoi avec ton truc?

Dans un mouvement d’humeur, mon copain arrache le chichi des mains de sa petite amie tétanisée et fait mine de le jeter. Mon instinct de conservation prend le dessus car je réalise que c’est ce qu’attend le petit monstre et ses complices pour nous tomber dessus. J’arrache à mon tour le bout de tissu et me retrouve devant notre agresseur dont la main a d’ores et déjà plongé sous son t-shirt.

Mon frère, ton chichi là est beau hein? Pardon voici 500F (le triple du prix de l’objet). Si la fille là n’en veut pas, je vais l’acheter pour ma soeur. Stoppé net dans son mouvement, n’ayant plus de raison valable de nous trucider, le type empoche le billet et se retournant vers mon copain et sa copine suant la peur comme une castel sortie de l’hiver du frigo et lance:

Vous avez la chance, votre frère-ci vous sauve.

J’ai bu ma honte. ravalé mon amour-propre. Je suis parti, suivi de mon copain et de sa gourgandine d’amie. Ce, au milieu des ricanements moqueurs des sauveteurs: mon frère le jour où vous allez alors rencontrer les vrais braqueurs vous allez leur donner quoi?

J’ai enragé parce que tous ces évènements se sont passés à deux pas du commissariat de Mokolo. Les policiers hein? On les voit seulement quand il faut escorter les détourneurs de fonds publics au tribunal, ou quand il faut fermer les bars pour de vraies fausses raisons.

Mais j’ai définitivement eu des envies de meurtre quand la donzelle m’a lancé avec un sourire de crocodile: donne moi alors le chichi là non?

Non mais! On est où là?

Peace mes frères!

 

 

19 Commentaires

  1. MAHOP BEKOUME Carine

    ahahahahahah!!!!!

    tu as eu raison florian: il vaut mieux être un lâche vivant qu’un héros mort….

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  2. alice

    Parfois les femmes ont les « longs yeux » comme disent certains!! Tu as bien fait de sauver la situation qui s’annonçait dangereuse!! lol

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  3. Toun

    Tu lui as donné?!?

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  4. belobo aline

    hahahahahahhahahahaha…un héros solitaire, un héros solidaire! un Ben dutoit tout fait! Et comme si ça ne suffisait pas, elle a le culot de le demander un chouchou qui je crois bien n’allait pas avec son teint il y a à peine quelques minutes. Du grand n’importe quoi!!!!!
    comment est finie la soirée?

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  5. belobo aline

    elle a le culot de TE demander…

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  6. Cosette

    j’adore votre style!!! j’ai vraiment bcp ris! merci avec le temps pourrie qu’on a à Paris, c très agréable !!!de lire des article comme cela!

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  7. BHK

    Ca fait peur

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  8. julia

    Excellent! Si ce n’est pas de la sagesse,ça, c’est quoi?

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  9. bghn

    hihi weeh are u killing me …

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  10. kolifranck

    C’est la première fois que je tombe sur ton blog et ceci grâce à la suggestion de Ringo. Ton style est ravageur, j’adore tous les articles lus jusqu’à présent !
    Et au fait tu fais quoi à la maison ? viens on prend une. MMDDRRRRRRR

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  11. rachee

    je découvre et j’aime le style.bonne continuation.

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  12. kembelol

    Hihihi Florion, suis morte de rire, sacre talent. Je te souhaite beaucoup de succes

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  13. Ary

    hahahaha..donc c’est le nouveau way au pays? vraimenttttt..il fallait gifler la go là! J’adore ton blog.

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  14. lionel

    vraiment….elle demande meme hein…courage mon gars!!! comme on dit: » les copains d’abord… » tu es un bon narrateur…mes encouragements!!

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  15. Arthur K

    bref, la biere a été bu ou pas??? (parce que le tour ci, c’est 2 casiers seulement qu’il te doit heinn ton ami là )

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  16. IBRAHIMA MAIRIGA

    gars salut..console toi .tous les grands de ce monde qui ont fait avancer les habitudes ont été des incompris et même des gens très combattus ..cela ne veut pas dire qu’ils avaient tort. rappelle toi Galilée….et dis toi malgré tout que  »elle tourne…… » moi je t’aurais demandé de lui donner le chichi car ni elle ni son copain n’ont pas compris ce qui venait de se passer mais certainement des années ou des siècles plus tard comme pour Galilée..

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  17. Patrick NDJIENTCHEU

    « sourire de crocodile » hein ? lol j’aimerais bien voir çà !!! 🙂

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  18. nkunkuma

    « donne moi alors le chichi là non? »
    mort de rire. ca c`est la finale. hahaha. je n`en reviens pas. hahaha. tu es trop fort man.

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  19. Dignours

    Bravo! très beau style!
    En passant, le camé au chanvre indien qui vient de Madagascar n’est pas un brigand immigré qui nous viendrait des régions de l’Est, non. Madagascar est le nom d’un quartier de Yaoundé

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