Au Cameroun, la pluie c’est parfois le beau temps

Source: afriqueredaction.com

Lorsque j’étais gosse, j’adorais la pluie. Lorsqu’il pleuvait le matin alors que j’étais encore à la maison, j’exultais. Cela signifiait pas d’école. Lorsqu’il se mettait à pleuvoir alors que j’étais en classe, je jubilais. A cause du mitraillage des gouttes sur la toiture de tôle, le maître devenu aphone hurlait : « dormez ! ». Ce qui ma foi, est le rêve de tout écolier.

Donc, avant, j’aimais la pluie, mais ça c’était avant. Aujourd’hui, lorsqu’il pleut, je transpire d’inquiétude. Si la pluie se déclenche alors que je suis au bureau, j’angoisse à l’idée du patinage artistique que je vais devoir effectuer sur la pente boueuse menant chez moi.

J’angoisse en imaginant la bousculade due à longue file de travailleurs attendant un hypothétique moyen de transport. A croire que définir une politique de transports efficace pour une ville de deux millions d’habitants relève de la sorcellerie. Mais non, on construit des parcs floraux et des boutiques.

Quand il pleut et que je suis chez moi, j’ai la haine. La haine vis-à-vis de mes voisins. Ces camerounais bizarres, qui profitent de la pluie pour vider leurs poubelles dans le torrent quand il ne s’agit pas de la vidange des fosses septiques.

Quand il pleut, je sors les bougies. Notre très respectée AES SONEL ne manquera pas de nous plonger dans le noir. En saison sèche le prétexte des délestages est l’étiage, la baisse des eaux. En saison des pluies un autre prétexte surgit : les orages, la foudre, le tonnerre… j’ose croire que le changement climatique qui est en train de remodeler le climat yaoundéen créera une saison hybride qui permettra qu’on ait l’électricité tous les jours.

Vous savez que la Société de distribution de l’eau dans ce pays, nous affirme souvent, que les coupures d’eau sont dues à la pénurie d’électricité qui ne permet pas que les pompes acheminent l’eau dans le réseau. Donc, pendant un orage, pas d’électricité, pas d’eau. Si! Si! Il faut vivre au Cameroun pour écouter des fables pareilles.

Même si je suis souvent heureux de contempler mes réserves d’eau à l’issue de la pluie, ma joie est de courte durée, car ce n’est pas bon pour le moral de passer une soirée assis, seul, dans une pièce faiblement éclairée par la lueur tremblotante d’une bougie tandis qu’il pleut dehors. Effet caverne de Neandertal garanti.

Après lecture de ce qui précède, vous déduisez que hier il a plu, j’ai gagné la médaille d’or du patinage dans la boue, j’ai passé ma soirée seul, dans l’obscurité, ma cour ce matin était pavée de déchets innommables déversés en amont par mon voisin durant la pluie et que pour aller au travail ce matin je me suis lavé avec de l’eau de pluie récoltée la veille. Expérience douloureuse s’il faut prendre en compte les démangeaisons qui m’ont fait danser un smurf improvisé cinq minutes après.

Ce qui met en rogne, c’est la conversation entendue dans un taxi tout à l’heure :

Deux jeunes gens:

– Dis donc! heureusement qu’il a recommencé à pleuvoir, la chaleur a un peu diminué et la corvée d’eau est terminée.

– Oui mon frère seulement je ne peux plus mettre mes tennis blanches je vais attendre demain, la boue de la montée aura séché.

– Ok ! espérons seulement qu’il ne va pas pleuvoir samedi, il faut pas que je loupe The Voice.

J’ai failli péter un câble ? Les délestages, la boue, la pénurie d’eau c’est la faute à la pluie hein? Misère ! Dans ce pays faut pas croire que les gens ne savent pas revendiquer leurs droits hein ? Que Wome Nlend loupe un penalty, que Samuel Eto’o tire sur le poteau, le lendemain, une foule enragée le cherche dans les rues de Yaoundé, ne le trouve pas, cherche ses frères, ne les trouve pas, cherche ses homonymes, trouve un malheureux, l’abreuve d’injures, maudit son village, puis ces patriotes s’en vont verser leur haine sur les chaînes de radio.

On coupe le courant, niet. Personne ne bronche, on accuse la pluie… Peu de gens savent que la société d’électricité a un numéro de réclamation, ceux qui le savent disent qu’ils n’appellent pas parce qu’il est payant, la majorité demandent : ça va changer quoi ?

Je vous l’avoue, parfois moi aussi j’ai envie de verser dans le pessimisme : on va faire comment? Cette phrase aurait dû être la devise du Cameroun.

Heureusement il ya des initiatives comme celle de mon amie Julie Owono qui a monté le FEOWL un projet de plateforme en ligne qui mesurera le défaut d’électricité à Douala via des enquêtes statistiques. Une initiative récemment primée lors du concours pour l’innovation en journalisme de l’Institut International de la Presse. Au moins on aura des chiffres car trop c’est trop.

Bon je vous laisse, j’ai trop la haine là. Et puis, mon voisin, le météorologue qui prédit le temps en crachant en l’air a prévu un orage pour ce soir. J’ai beau repéter partout que c’est un charlatan, je me dis qu’on ne sait jamais. Je vais essayer de trouver un paquet de bougies chez le Sénégalais d’en bas. La nuit a été longue hier et ma réserve est épuisée.

Peace!

 

15 Commentaires

  1. MAHOP BEKOUME Carine

    je constate avec bonheur que ses derniers Florain, tu déborde d’inspiration. Même si pour une plume aussi affutée que la tienne, les sujets ne manquent pas au Kmer.
    En effet, on est devenu si léthargique au Cameroun qu’on nous prends finalement pour des attardés. Vraiment ça me dépasse et j’en faisait la remarque il y a quelques jours en famille. Toutes les centrales AES SONEL ont des installations anti-foudres et autres…Mais on parvient qu’en même à nous servir ces %%%%.
    Il faut vraiment croire que le Cameroun c’est le Cameroun

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    1. Ngimbis (Auteur de l'article)

      Il est vrai que pour la devise j’ai hésité entre « On va faire comment? » et « Le Cameroun c’est le Cameroun ». Merci pour ta visite Carine 😉

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      1. Bertille

        Que pensez-vous alors d’avoir deux devises!
        J’ai le malheur de lire tes textes quand je suis au travail. Alors je ne peux pas rire librement et mes côtes ne savourent pas assez le plaisir de tes histoires.
        Je crois que nous t’avons tellement taquiné avec tes histoires de copines que tu en as oublié dans ce texte. Elle aurait été délirante.
        Tu es chanceux d’être à Yaoundé. À Douala, avec tous les maux que tu as cités, il fallait ajouter supperposer les meubles et autres affaires pour lutter contre l’innondation dans la case, et enfin mener la lutte contre les moustiques invisibles.
        Merci!

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        1. Ngimbis (Auteur de l'article)

          Houlà! Bertille, la souffrance a divers degrés hein? Douala me semble encore plus mal loti que Yaoundé brrrrrr!
          Crois moi, j’ai encore en stock plein d’histoires avec des copines,, jouvencelles et autres gourgandines qui peuplent ma vie. Just wait and read lol.

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        2. belobo aline

          ah ça bertille… on est dans la mm situation. un jour à force de résister j’ai éclaté de rire en pleine bibliothèque… tous les usagers se sont retournés… la honte… mais on s’en fou tant qu’il continue de nous poster ses belles histoires ça va.

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  2. Phileas

    et encore … tu ne parles pas de ce qui fait aussi la surprise du « blanc » lorsqu’il débarque pour al première fois en saison des pluies… qu’il a eut l’idée stupide de louer une voiture considérant qu’il le fait dans tous les pays ou il se rend habituellement… et là… sans comprendre pourquoi … il se retrouve avec 2 roues (quelle quelles soient !) dans un « nid de poule » de la taille d’un cratère lunaire ! la pluie avait eu la délicatesse d’uniformiser le paysage, comblant indépendement les rares passages pietons symbolisés mais aussi ET SURTOUT ces P….. de trous que seules les routes camerounaises engendrent… et là… le « blanc » réalise non seulement son désarroi… mais il voit bien aussi tout les camerounais qui le regardent en se pincant les lèvres pour ne pas éclater de joie… car pour sortir il faudra « payer la bière » à tout ceux qui auront généreusement participé au « désengorgement » de la bagnole de loc qui bien évidement de toutes façons n’avait pas la clim ce qui fait que tu es trempé de sueur… car tout comme le sketch du KWay de Danny Boon, il fait tellement chaud dedans que tu es plus mouillé que si tu étais dehors !
    peace mon frère…
    ah… tu t’en doutes… le « blanc » en question… tu vois qui s’est ?… pas la peine de te faire un dessin ?

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    1. Ngimbis (Auteur de l'article)

      Hahahahaha! Phileas! je ne l’avais pas vu venir celui-là. Avant d’aller au Cameroun, passe par la case acclimation, ce pays est fantastique, mais parfois…renversant 😉
      bon ben, maintenant t’es habitué hein?

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  3. Mariah

    hmm je wanda sur le couple «  » pluie- délestage » » de AES !!! quand je pense qu’en saison seche pour justifier les délestages imtempestifs AES SONEL nous sort un slogant du genre «  » l’absence des pluies a fait baissé le niveau d’eau de la sanaga cequi entraine la baisse de production d’energie énelectrique » »; en saison des pluies abondantes il y a toujours delestage là moi je wanda sauf

    et il ne faut oublier que pendant la saison de pluie le jean sale devient à la mode

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  4. edwige

    Génial j’adore la plume!
    c’est vrai que c’est pas facile de lire ce genre de texte au bureau!
    au fait pour le « blanc » gar ne lou pas de baniole le secret c’est de contacté un tonton ou cousin vant à qui tu files les do pour qu’il soit ton compagnon en tout cas ça marche pour moi.
    bon courage Ngimbis et au plaisi de te relire.
    au fait on attend une histoire avec la jouvencelle lol

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  5. Pingback: Mondoblog | Blog | Au Cameroun, la pluie c’est parfois le beau temps

  6. lala

    J’ai eu vent de mondoblog via l’emission « afrique enchantée » et c’est comme ça que je suis tombée sur ce billet.
    Et dire que je trouvais la Calédonie galère pour quelqu’un qui ne roule pas sur l’or.
    N’empêche que tu décris ces situations avec beaucoup d’humeur. UN bon moment de rigolade.

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  7. alice

    j’adore ta façon d’écrire, de montrer la triste réalité dans notre pays, et je t’assure que tu as trouvé la vrai devise du Cameroun, mais la belle liane tropicale là est partie et tu l’as laissée tout comme celle du bus et c’est bien dommage!! Tu aurais pu t’inspirer de la chanson d’Hugo N.

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  8. alice

    je n’ai plus de cotes, tellement j’ai ri!!

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  9. Miss Rhodes

    T’es Ouffffff gars! je suis essoufflée par ton style. Le truc sur la sonel lààà.. vraiment il n’ya qu’au Cameroun qu’on peut entendre des inepties pareilles pour expliquer une aussi affreuse inefficacité, un pillage à ciel ouvert pour dire au juste!

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  10. Olivia

    Ta plume me fascine, c est tellement vrai ce que tu décris et l humour qui s’y fait ressentir est juste awesome!!
    Je fus moi aussi très étonnée du manque d intéressements de la majorité des Camerounais face à leur vie. Le slogan  » on va faire comment? » envie de répondre  » comment comment » dixit un de nos politiciens.
    On oublie que c est le peuple qui peut bouger les choses. 🙂

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