« Course derrière les cortèges » : le sport proscrit au Cameroun

Pourquoi ne pas courir après les cortèges camerounais

Le Roi-Lion

Cet article a commencé par une phrase lue dans une lettre qui ne m’était pas destinée. ceux qui s’intéressent à l’actualité et à la politique camerounaises ont entendu parler de la lettre qu’un haut commis de ce pays, incarcéré pour cause de corruption a cru bon écrire au roi lion, missive tour à tour larmoyante, menaçante et d’un lyrisme parfois amusant. Ainsi le deuxième paragraphe commence par la phrase suivante: « Le 06 novembre 1982, j’ai couru derrière votre cortège du carrefour Warda jusqu’au rond-point de l’école de Bastos ». Notre désormais ex-baron parle du cortège du Roi Lion, vous l’aurez compris.

Le 06 novembre 1982! je n’arrive même pas à imaginer la scène: Je n’étais pas né. Remarquez hein la chose n’est plus possible de nos jours: pour plusieurs raisons.

Primo, pour courir derrière le cortège du Roi Lion il faut être un alliage de Husein Bolt et d’une Formule 1. Chaque fois qu’il traverse les rues de Yaoundé et surtout ce fameux carrefour Warda, notre Roi ignore qu’il s’agit d’un des lieux les plus embouteillés de Yaoundé. Il ne sait rien de l’attente dans les bouchons interminables dans cette ville dont les dirigeants ont une vision personnelle du développement: construire parcs floraux et des boutiques en lieu et place des routes… le Roi Lion ne voit rien de tout ça dans sa voiture de luxe qui l’emporte à travers les ruelles vidées pour ressembler à des autoroutes.

Deuxièmement, en réussissant à allier la tonicité de Bolt et la rapidité de la F1, notre coureur des Grandes Réalisations court le risque de finir au cimetière. J’ignore si vous avez déjà vécu une sortie du Roi Lion: Rues fermées des heures à l’avance par des policiers surexcités, scarabées olivâtres de la Garde Présidentielle postés sur tous les toits (généralement sans l’avis des occupants des lieux) avec des armes sorties tout droit de Starship Troopers. Ceinture humaine de gorilles à pied, trimballant des attaché-case au contenu obscur. Bref un remake de 24h Chrono sous les tropiques. Alors, courir derrière son cortège…

Une autre raison de ne pas courir de Warda à Bastos c’est la déshydratation, qui guette nôtre coureur des Grandes Ambitions. En effet, en 1982 il y’avait des Fontaines Publiques à Yaoundé et la SNEC créée en 1968 était à l’apogée de son fonctionnement. De nos jours, pour trouver un robinet avec de l’eau il faut vivre du côté de Bastos, sauf que ces robinets ne sont pas publics et les chiens de Bastos n’ont pas la réputation d’être végétariens.

Courir derrière un cortège sous entend aussi respirer les gaz d’échappement. En 82 nous étions producteur de pétrole et les circuits d’approvisionnement étaient sécurisés. De nos jours, un marathonien poursuivant une berline, fut-elle présidentielle risque de finir à l’hôpital pour avoir respiré les vapeurs de zoua zoua, ce carburant frelaté qui pourrit nos moteurs en même temps que les poumons. Je précise d’ailleurs que l’expression « finir à l’hôpital » a tout son sens hein? Les équipements sont toujours ceux de 82 sauf qu’on est en 2012…

Comme je suis nostalgique de cette période où des jeunes cadres en costumes couraient derrière les voitures! Performance désormais impossible dans ce Yaoundé surchauffé. Notre ville prisonnière de SEPT collines que les richissimes voleurs qui nous gouvernent ont déboisé pour implanter leurs chalets.

Bref, j’ai quelquefois rencontré le cortège présidentiel. Tantôt il m’a fallu m’aplatir contre un mur sous la pression de policiers nerveux à qui personne n’avait rien demandé, tantôt, c’est toute la circulation qui s’arrêtait transformant les véhicules en saunas métalliques. Certes, j’ai très souvent rencontré des gens contents de croiser ce cortège, mais, j’ai souvent rigolé devant leurs uniformes floqués RDPC. j’ai souvent rigolé devant leurs youyous « spontanés » se transformant en cris de rage pour n’avoir pas reçu l’enveloppe promise.

J’ai donc opté pour une attitude simple: chaque fois que je croise ce cortège, je cours, mais dans le sens inverse. M’en éloignant le plus possible, pour ne pas devoir trente plus tard écrire ma rancoeur depuis un cachot puant.

10 Commentaires

  1. MAHOP BEKOUME Carine

    Vraiment là florian tu as fait fort . ça me tue, je suis morte de rire…
    Hey oui certains dans ce pays doivent comprendre que quand on décide de diner avec diable, il faut s’assurer que sa fourchette soit assez grande pour clouer la main de ce dernier sur la table avant qu’elle ne vous plante un couteau dans le dos…
    Encore bravo Florian….

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  2. ayyahh

    Pour avoir vécu au Cameroun je peux dire que c’est l’une des choses qui m’a aussi choqué, je n’avais jamais vu ça et comme toi je suis trentenaire, ni au temps de Bédié (où je voyais un peu clair) encore moins au temps de ces successeurs jusqu’à Alassane (bon j’ai quitté le pays donc je sais pas), ni en Mauritanie et au Sénégal où je suis aussi passée; …le plus délirant c’est que les routes sont bloquées alors que le Popol National est encore dans sa salle de bain, et nous, nous sommes bloqués dans des taxis ou pour les plus nerveux à traverser à pied le carrefour de la poste pour rejoindre l’autre coté de la ville, tout un centre ville bloqué pour un passage furtif du cortège présidentiel…c’est dommage…mais il y a certaines habitudes qu’on ne perd pas à cet age là…

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  3. Hugues

    🙂 Florian
    laisse-moi parler comme nos soeurs de facebook.
    Cette fois tu m’as tué !

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  5. BETTINA ANITA

    vous pleurez pour le simple passage? attendez alors le 20 mai. Meme les axes lourds seront bloqués 2 jours avant hahahahahahah!

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  6. Martin-olivier

    Il n’a pourtant pas le même dispositif de sécurité quand il se déplace à l’extérieur!!! Mon Dieu c’est à croire qu’il est plus en insécurité dans son propre pays q’ailleurs! Faut-il être aveugle pour ne pas voir que c’est très grave????????

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  7. Oscar F. NGOME

    Les armes sorties vraiment tout droit de Starship Troopers comme tu as dis mon cher @Nguimbis. J’ai vécu ça quand j’étudiais à Yaoundé; c’est plus que la galère quand le Créateur de ses créatures décide de sortir de son beau palais. Je me demandais souvent; De quoi à peur ce monsieur? Pense t-il que nous sommes en Afghanistan ou au Pakistan où les poseurs de bombes font la loi? Pourquoi ce monsieur à trop peur de son peuple comme ça? Les camerounais ne sont pas comme les autres. On ne connait pas ça chez nous, de quoi a t-il souvent peur?
    Je me rappelle encore de sa venue à Douala lors de sa campagne électorale pour les présidentielles. De l’aéroport de Douala à Bonadjo; tout ce tronçon était contrôler trois jours avant son arrivée par sa garde. Le jour où il est arrivé alors, c’était la TOTALE! Tout Bonadjo était quadrillé; du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, toutes les sorties et entrées étaient surveillées par la GP.

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  8. Cerise

    C’était vraiment un jour horrible pour les habitants de Douala pas habitués du tout à ce genre de mise en scène.

    ça m’aurait au moins permit de découvrir que les flics pouvaient aussi avoir d’autres tenues beaucoup plus propres et présentables que celles qu’ils arborent habituellement.

    Tchip !

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  9. sonia

    une fois ils sont entrés chez un cousin, au moment où il s’apprêtait à sortir, ils sont restés à l’intérieur, donc il est sorti et les a laissé dans sa maison
    tout ça pour un =&§¨^+!!

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  10. William mbocktchinda

    Je me demande pourquoi diable torturer les camerounais alors qu’il peut installer un heliport à ÉTOUDI et un autre à NSIMALEN …

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