Laissez la femme camerounaise tranquille!

J’ai passé le 8 mars dernier à Douala. Rue de la joie fermée, l’ambiance a pris un sacré coup. Néanmoins, Douala c’est Douala hein ? La ville qui ne dort, pas. Donc, tant bien que mal, les femmes ont soulevé les kabas dans les gargotes et les snacks de quartier. Et moi j’étais là…

Ce qui m’a assez déplu, c’est le déploiement de pruderie qui a entouré cette fête. Depuis quelques années, déjà, certains esprits bien-pensants montent au créneau chaque 8 mars pour dicter aux femmes les dix commandements de leur journée : tu ne boiras pas de bière à l’excès, tu rentreras te coucher avec ton mari (si tu en as un), on ne te verra pas en train de soulever le kaba devant le premier venu, tu feras preuve de dignité même dans la fête etc.

Même la ministre en charge des questions relatives aux femmes a cru bon de se fendre d’un communiqué pour appeler les femmes à la retenue. Conneries !

Quittons Douala un moment. Pour bien comprendre la situation et la condition de la femme dans ce pays, il faut revenir à Yaoundé.

Lieu dit Mvog Atangana Mballa.

D’un côté le marché mondial, entendez le marché aux putes. Des  dizaines de filles, de toutes les tailles, tous les âges, toutes les couleurs qui vendent leurs charmes à des prix défiant toute concurrence. Debout au bord de la rue ou assises dans les bars (notamment le fameux Nous Deux, le bar qui n’a jamais eu de portes parce qu’il ne ferme jamais).

De l’autre côté de la rue, il ya un autre marché, le marché des vivres de Mvog Atangana Mballa. Là aussi des femmes, des revendeuses, les fameuses Bayam sellam. Des femmes fortes, pleines d’énergie, qui écument les villages et les zones rurales et ramènent des vivres qu’elles vendent sous le soleil ardent de Yaoundé. L’âme de nos marchés, la mamelle nourricière de notre Royaume.

Or, si vous vous baladez dans la zone de Mvog Atangana Mballa vers les deux heures du matin, vous contemplerez un triste spectacle. D’un côté, les putes, alignées comme des soldats pour la revue des troupes, grelottant sous le froid mordant dans des tenues défiant la météo yaoundéenne. Des passes dans des auberges mal famées, sur des lits sales et répugnants. Saleté, maladie, pauvreté.

De l’autre côté de la rue, les revendeuses, les bayam sellam, dormant à même le sol sale, boueux ou poussiéreux selon les saisons, auprès de leurs marchandises. Pas de magasins, pas de gardiens, pas de dortoirs, la marchandise dort sur les trottoirs, les revendeuses aussi. Des mères, des sœurs, des amies, couchées à même le sol dur et malsain, se battant avec les moustiques gros comme des seringues ; attendant l’aube pour aller rôtir au soleil derrière un comptoir pauvrement garni.

J’ai vu ça et j’ai compris. Le mythe de la femme-objet est bien réel sous nos latitudes. Elle nourrit les ventres affamés et satisfait les appétits sexuels des bas ventres en manque. Voilà pourquoi on ne s’émeut pas de la voir dormir sur le trottoir. La même femme couchée sur le même trottoir à cause de la vapeur de quelques bières  et voilà les hypocrites lancés dans de longs discours sur la dignité et la décence.

La journée Internationale de la Femme n’est pas une fête vide à cause de l’absence de réflexion, elle est vide parce qu’il est impossible de vouloir faire en une journée ce qu’on aurait dû faire en un an. Elle est vide parce que la réflexion sur le statut de la femme devrait être une priorité de chaque heure, mais ne l’est pas. Elle est vide parce qu’on instrumentalise toute une frange de la population camerounaise pour justifier des dépenses qui se muent inexorablement en détournements.

Que de séminaires soporifiques, de pagnes de mauvais goût, de thèmes grandiloquents et vides de sens, d’ateliers de réflexion stérile pour ces êtres qui constituent le socle de notre société !

En 2012, la femme camerounaise, est encore battue, excisée, mutilée, violée, spoliée, sans que cela n’émeuve personne.

Je salue le combat de quelques associations qui se battent pour qu’on arrête de « repasser » les seins des jeunes filles, que les mères trouvent le courage de dénoncer les maris qui violent leurs propres enfants, que la succession ne soit plus un mauvais roman qui se termine dans la douleur et le sang, que la société arrête de fermer les yeux sur les crimes des hommes pour peu qu’il déclarent « c’est ma femme », que le mot tradition ne soit plus un prétexte pour spolier tout un genre. J’observe tous ces combats et rarement, je vois des actes forts, comme si même dans les plus hautes sphères, on s’était résigné à vivre par procuration, à être femme à travers un homme.

Allez-y mes mamans ! Allez-y mes chéries ! Soulevez les kabas ! Soulevez les coudes au besoin. On ne vit qu’une fois, tant mieux si c’est un 8 mars. Vous n’avez de leçon de dignité à recevoir de personne. Votre existence dans cette société stupidement machiste est en elle-même la preuve de votre courage et de votre détermination. Et si des esprits bien-pensants veulent vous refuser le droit à la fête, le droit à la folie d’un jour, envoyez-les à Mvog Atangana Mballa.

Peace mes mères, Peace mes sœurs !

 

23 Commentaires

  1. Kiki

    vraiment je ne suis pas camerounaise mais je partage ton point de vue étant africaine. all the best et encore bravo.

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    1. fopessi

      avec ce comportement elle ne peuvent pas avoir les memes droit que les hommes si nom c’est le declin total

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      1. stonde

        et c’est reparti……

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  2. Taty

    Cruelle cette situation dont je ne soupçonnais pas l’ampleur…merci Florian

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  3. stonde

    Que dire de plus sinon ce si p’tit mot, mais remblayé de gratitude : « MERCI ».

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  4. Yvan Rheault

    Je sympathise aussi avec la situation de la femme pauvre au Cameroun.

    « Soulevez les kabas », d’après moi, n’est qu’une autre connerie machiste pour aviliser les femmes, c’est pas en l’encourageant qu’on va les aider à retrouver leur dignité.

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    1. stonde

      Il n’est pas point question d’encourager qui que ce soit,, mais de laisser la femme vivre sa journée comme elle le sent et l’entend sans plus!

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  5. Afro Mango & Cie

    Ton article est cruel de vérité et m’a beaucoup émue. Je le partage.

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  6. blandine

    je partage cet article , il décrit presque parfaitement ,la situation des femmes ,au Cameroun .

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  7. tulipe

    Avec tous les maux dont souffre la femme camerounaise et que vous avez bien énuméré, l’unique consolation serait donc de se contenter de soulever le kaba ? Qui va combattre pour elles ? Certainement pas ces même hommes qui l’avilissent !!! Soulever le kaba est une bien bonne conneries et boire comme un trou ne l’a sortira jamais de la rue, de la boue et de la saleté.

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    1. stonde

      Nous n’avons vraiment pas la mm compréhension du problème soulevé dans cet article….

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  8. MAHOP BEKOUME Carine

    Je suis d’accord avec ce que tu dis florian, mais à quoi ça sert de soulever les kaba sinon à avilir un peu plus la femme. Ce n’est pas non plus en soulevant les kaba que les bastonnades, l’excision et autres violences que les femmes subissent seront bannies?Le 8 mars devrait être pour les femmes de ce pays une réflexion de tous les jours.
    D’ailleurs j’espère que ce 8 mars avait un goût amère pour toutes celles qui paradaient au boulevard du 20 mai pendant qu’une jeune mère pleurait son enfant volé dans un hôpital….témoignant ainsi un manque criarde de solidarité parmi la gente féminine.

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  9. Mariah NLEND

    hmmm tres bon article pour ma part on doit abolir cette journée à la con qui sert à justifier les dérapages budgétaires et aider la cicam et Chantou à se faire plus de beure.
    qu’on nous exuse avec les grands discours et les themes pathétiques au son des cymballes.comment dans un gouvernement de plus 30 postes ministériels on compte à peine 10 femmes et quand bien memes on a pitié il faut voir dans quelle case de la cour on les loge apres on parlera d’egalité des genres!!!!!!!!!!!!!!!
    puréeeeeeeeee trop de rage mieux je m’arrete là merci d’en avoir parlé
    peace

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  10. Esty

    Très bel article Florian, très profond aussi…

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  11. ayyahh

    Pour avoir vécu au Cameroun, je trouve que au contraire que les femmes ne se servent pas correctement de cette journée pour faire changer les choses dans le bon sens. Cette assertion ‘le Cameroun c’est le Cameroun’ assez fataliste ne fera pas changer les choses, peu importe les situations, il faut commencer un jour…

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  12. nina kogni

    je n’ai qu’un mot à dire Florian: Merci!!

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  13. Cerise

    En voilà un qui a compris !

    Meme si on soulève le kabba ça vous fait quoi ? Ce n’est que ça qui vous inquiète ? Pour le moment on ne marche pas encore nue, on soulève seulement.

    Comme c’est l’un des rares jours officiels de l’année où on peut faire comme on entend, comme on veut, vous venez encore avec votre dictée : « est ce que c’est en soulevant le kabba que la femme ne sera plus..Bip bip bip ( terminez vous même).

    Même si c’est sale, même si c’est propre …. SOULEVEZ !!!!. Et à boire jusqu’à la lie. Tomorrow is another day !

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  14. Isabelle

    Parfaitement raison avec toi Florian, laissez la femme vivre sa journée comme elle l’entend, son moment de répit. Ce jour lui appartient (le seul d’ailleurs) et elle a le droit d’en faire ce qu’elle veut, n’en déplaise aux uns . et Surtout arrêtez vos discours moralisateur plein d’hypocrisie. Les mêmes qui parlent de décence mais qui alimente le commerce du sexe (qu’importe l’âge ); les mêmes qui parlent de dignité mais qui n’hésite pas à voler leur pain de la bouche à ces veuves, battantes. Les mêmes qui parle de responsabilisation mais qui sont les premiers à délaisser femmes et enfants. ça me rappelle une réflexion que je me suis faite dans un taxi un jour, un des passagers n’arrêtait pas de dire que les femmes sont trop matérialistes, elles aiment trop les friandises et se vendent pour un rien . Je me suis alors demander si c’était toujours les femmes qui remplissaient les caisses des débits de boisson et vendeurs de viande. Tout ça pour dire la femme a le droit de souffler ce jour comme elle l’entend. D’ailleurs ce n’est pas en une journée qu’on va faire ce qu’on a pas pu tout au long de l’année!

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  17. Aphtal CISSE

    Peace à toi, Florian. Peace

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  18. AudVoo

    Un an plus tard, je pense que cet article est toujours d’actualité…Beau texte et total accord! Qu’on laisse les femmes faire ce qu’elles veulent…

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  19. stannella

    DANGWA

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