Ô Cameroun, berceau de la tricherie

Crédit photo: lejournalducameroun.com

Les étudiants camerounais sont des génies. Des génies du mal, qui préfigurent le futur Cameroun en termes de moralité.
J’ai été en fac et vraiment je n’en garde pas un souvenir heureux. Ce pays tue les jeunes. Surtout ceux qui sont intelligents. Et si l’homme est un loup pour l’homme, l’étudiant est un tyrannosaure pour l’étudiant.
Beaucoup de gens se demandent les raisons qui justifient la dépréciation des produits de nos universités sur le marché de l’emploi. Sans vouloir être catégorique, je peux apporter un élément de réponse : la tricherie.
La tricherie est une tare que les étudiants des universités camerounaises et ceux de Yaoundé I en particulier ont quantifié, analysé et formalisé. Il existe plusieurs techniques en la matière, les unes plus pernicieuses que les autres.

 

Le fax
Il s’agit d’une technique aussi vieille que le monde. Le fax consiste à sortir son « bord » – entendez le cours- et à faxer intégralement le contenu de ce dernier en réponse aux questions. Le « faxeur » ne se pose pas de questions, il ne sait pas grand chose sur ce qu’il écrit, mais se contente comme la machine dont sa technique porte le nom, de reproduire intégralement ce qu’il croit être les bonnes réponses.
En plus de son caractère périlleux, car manipuler un cours en pleine salle de composition se révèle très souvent dangereux, le fax comporte d’autres inconvénients liés à sa pratique. La propagation de l’information est difficile. Le « faxeur » éprouve des difficultés à partager son savoir avec ses complices. Détenir le « bord » ne garantit pas une bonne note, encore faut-il savoir reconnaître les bonnes réponses. Aussi, pour résoudre les problèmes liés à la sécurité, à la diffusion et à la fiabilité de l’information, les étudiants ont mis sur pied une nouvelle formule de tricherie : le serveur.

Le serveur
A la différence du fax qui est mécanique, Le serveur est une méthode de tricherie dite intelligente. En début d’année, les tricheurs repèrent un mougou sur la base de ses notes lors des premiers contrôles. Il s’agit dans la plupart des cas d’un jeune provincial bamiléké brillamment reçu à son baccalauréat avec une mention autre que « passable » et qui se voit déjà porté au panthéon de son village à cette occasion.
Ce sera lui le serveur.
La collaboration est son meilleur choix. Le clan des tricheurs en fera l’objet de soins attentifs. Il n’aura plus jamais les problèmes de survie qui sont le lot quotidien des étudiants. Un budget spécial, assurera son entretien et sa nutrition, aux seules fins de lui permettre de lire ses cours et de les assimiler au maximum. S’il est puceau et boutonneux, il se peut même qu’il divorce dans les plus brefs délais d’avec sa virginité, ouf!
Le jour du contrôle venu, le serveur est mis en place. A ses côtés, les membres de son réseau. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’ils ne sont pas seuls. Sur deux trois voire quatre rangées sont assis d’autres complices. Des étudiants ayant payé pour faire partie du réseau, remboursant ainsi les frais d’entretien du serveur et  générant même des bénéfices pour les organisateurs du réseau.

A la droite du serveur se trouve le dispatcheur, un serveur d’appoint qui a pour charge de distribuer les paquets d’information aux clients suite aux requêtes formulées. C’est un expert en tricherie, un gars qui peut faire pivoter son cou à 380 degrés et murmurer une réponse à sept mètres sans bouger les lèvres. il décharge le serveur du volet diffusion pour que ce dernier s’occupe exclusivement de la production d’information fiable.

Derrière le serveur, se trouve le sacrifié. Il contrôle les surveillants. en effet, il arrive parfois que le serveur, fébrile, se mette en surchauffe suite au stress ou à la peur. Un surveillant zélé peut subitement s’intéresser à lui ou alors vouloir le faire changer de place (catastrophe inenvisageable). Le sacrifié fait immédiatement diversion et attire sur lui la foudre. Ne me demandez pas ce qu’il y gagne, mes investigations ne l’ont pas découvert.
Le serveur, dont les connaissances ne souffrent d’aucun doute, va ainsi traiter l’épreuve et formuler des réponses, dispatchées, via des techniques rodées, aux différents membres du réseau assis côte à côte sur toute une rangée de l’amphi, au nez et à la barbe des surveillants qui n’imaginent même pas une complicité à si grande échelle. Résultat des courses : 75% de taux de réussite et une foule de diplômés au crâne vide de tout savoir faire. Qui a dit que notre jeunesse n’était pas douée?

Vous comprenez pourquoi malgré le manque de volonté politique observé en haut lieu, des pratiques pernicieuses telles que la corruption ou la fraude électorale ont encore de beaux jours devant elles. Nous on les apprend dès le berceau.

Vive le Cameroun ! Vive la science!

16 Commentaires

  1. ngak le griot

    bel chronique, je pense qu’il y a aussi les épreuves qui ne changent presque au fil des ans et deviennent.
    Mais que faire face à cela? faute à qui?

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  2. Ngimbis (Auteur de l'article)

    Commentaire lu en réaction à mon article sur une page Facebook: Danielle Ibohn « serieusement faut arreter de mettre des choses comme ca mettre en avant notre jeunesse sur les rangs des tricheurspour qu’a l’exterieur on nous taxe de quoi? Chui decue de mettre tt le monde dans le mme panier pour que Demain Moi camerounaise facaire on dise quoi de moi Facaire+cameroun+tricheuse DECEPTION! ».
    Sérieusement, je suis toujours un peu mal à l’aise face à ces « frères » qui s’offusquent de ce que mes descriptions mettent à nu un quotidien qu’il préfèrent voir occulté. Peut-être voudriez vous que je ressasse ici la litanie du Roi Lion: Jeunesse Fer de lance de la Nation, Cameroun de demain et tout le toutim. Désolé, cela ne me ressemble pas. En outre je n’ai jamais prétendu que tous les étudiants étaient à mettre dans le même panier. L’ingéniosité dont font preuve ces jeunes gens prouvent qu’ils sont tout sauf idiots. Néanmoins, le mal est là, réel, pernicieux et systémique: l’éducation va mal au Cameroun et l’enseignement Supérieur encore plus. Serait-ce de la calomnie et antipatriotisme de le dire???

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  3. Stonde

    Description parfaite de la chose. mais j’espère que la particularité mise sur « Yaoundé I »vient du fait d’avoir fréquenter ladite université, car même à Yaoundé II, c’t du pareil au même,pire en fac de droit!!

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    1. Ngimbis (Auteur de l'article)

      Effectivement Stonde, les évènements décrits dans ce billet ont pour la plupart été observés à Yaoundé I. Mais après moult recoupages, je me suis rendu compte de !la quasi généralisation du phénomène dans les universités et certaines Grandes Ecoles 🙁

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  4. oldyou

    mais attendez mes fréres vous dites que cela dure depuis des années,mais qu’attendent donc les autorités,si elles ne sont pas complice,pour mettre à terme cette injurieuse pratique pour le cameroon.ll ne faut surtout pas me dire qu’ils sont pas au courant,sinon que leur ont servi leurs multiples années de carriéres?

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    1. Ngimbis (Auteur de l'article)

      La bonne question serait: à qui profite le crime? Une jeunesse déboussolée et dont les valeurs cardinales sont la facilité et l’opportunisme, crois-moi, ça profite à certains.

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  5. Maalouf

    Et vive Florian ! Qui nous fait toujours autant rire avec ses billets pleins de railleries et de terribles vérités.

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    1. Ngimbis (Auteur de l'article)

      Merci Ziad!

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  6. Danielle

    Je comprends maintenant pourquoi on tourne en rond dans les réunions en entreprise pourquoi je n’arrive pas à communiquer avec mes collaborateurs ! Ils n’y pigent rien!!!!!!!!!!!

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    1. Ngimbis (Auteur de l'article)

      Ou alors, c’est toi qui te fait mal comprendre 😉

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  7. bob gomy

    A lire les billets de Ngimbis, un simple passant va une fois conclure que le Cameroun est un pays pourri! Pourri! cela signifie que le Cameroun existe au moins; non! il se dira peut-être que c’est juste une province, ou une région perdue dans un coin du monde.

    C’est pas l’apanage du Cameroun, la Tricherie. On la trouve partout, et elle se fait partout, mais dans les plus prestigieuses universités du monde. Si vous(Ngimbis) voulez montrer que ça ne va pas au Cameroun, il existe d’autres moyens de la faire. Comment seront vus les étudiants camerounais qui partiront étudier sous d’autres cieux, si vous passer votre temps à les faire passer pour des cancres. Lisez ce que vous écrivez je vous cite: »Les étudiants camerounais sont des génies. Des génies du mal, qui préfigurent le futur Cameroun en termes de moralité. »

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    1. Ngimbis (Auteur de l'article)

      Ah! mon cher Bob! vous vous souciez des étudiants qui vont étudier ailleurs? Commencez donc par être inquiets pour ceux qui sont dans les universités camerounaises. Notre pays ne mérite-t-il pas lui aussi d’avoir des futurs cadres biens formés?
      Je n’ai jamais prétendu que la tricherie était une exception camerounaise, je m’insurge contre le fait que cette déviance soit érigée en système.
      Ben oui , nos étudiants préfigurent le futur Cameroun, nous sommes le « Fer de Lance de la Nation », vous avez oublié? « Le Cameroun de demain ».
      Sachez en outre que je ne fais pas le choix de présenter le Cameroun de x ou y manière. Je dis les choses tel que je les vois, avec mes mots. Je ne déteste pas mon pays, au contraire, j’en suis un pur produit et j’y vis. Si vous recherchez une description pour touristes, franchement ne passez pas par ici, l’image trompeuse de creuset de la diversité et d’Afrique en miniature, est disponible depuis des années via des merveilleuses machines de propagande comme la CRTV. Moi je constate et je dis. Je suis désolé que mon ton vous choque.

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  8. nina kogni

    j’espère que tu feras le pendant de cette chronique, à savoir les dérives du corps professoral et celles du système universitaire, sinon d’après moi, ta chronique sera incomplète…

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    1. Ngimbis (Auteur de l'article)

      T’as raison Nina, les étudiants et leurs techniques de fraude ne sont que la partie visible de l’iceberg. Il ya tellement de choses à dire et à redire sur le système éducatif camerounais qu’une vie n’y suffirait pas. Mais, t’inquiète, je n’y manquerai pas.
      En outre, je préviens tous ceux qui veulent me faire le procès d’avoir mis tout le monde dans le même panier. Ne nous arrêtons pas aux détails. Je parle de la tricherie et des tricheurs, je suis moi même un produit des universités camerounaises et bien que le produit soit déprécié, je m’efforce de prouver au jour le jour que certains (car je ne suis pas le seul) passent à travers les mailles de ce fléau qu’est la fraude.

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  9. jonathan padjip

    qui ne triche pas restera la racine du mal se trouve o lyceé plus précisement en classe de seconde car c la ou tous les difficulteés partent et la on parlé des zone d’influence les note se font pae bloc et en fin dané on narive en PD réaliste et crue mais avec un bn voisin ou un peu de la chance on na kollo o probat et la serie continue mème chose en Tle alors pas de suprise pr la fac

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  10. Taty

    Hummm…Parfois je regrette de ne pas avoir été ne serait qu’une seule année dans une université camerounaise (je penses qu’en tant que jeune camerounais c’est une expérience qui vaut son pesant de leçon),mais il ya des jours aussi où je me demande si j’aurais tenu ferme!
    Dans tout les cas je suis admirative des personnes qui vont jusqu’au bout avec intégrité.De mon point de vue le Cameroun est un réservoir de génies,qu’ils deviennent d’excellent tricheurs ou des bosseurs infatigables.Ce n’est pas a cause de cet article que le Cameroun et les camerounais sont qualifiés comme ils le sont a l’étranger.l’attitude et le comportement des uns et des autres suffit largement donc vraiment comme dit Florian si ce sont des descriptions de carte postale que vous cherchez il y’en a profusion sur le net et autres médias.En tant que camerounaise je suis parfois
    stigmatisée mais ça ne m’étonne ni ne
    m’atteint,la seule chose qui reste a faire dans ce
    cas est de montrer par son attitude que tous les
    camerounais et le Cameroun ce n’est pas que
    ça.

    PS:je suis absolument fan du style
    simple,réel et honnête de l’écriture.Faut arrêter
    de caresser les gens dans le sens du poil!

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