Elections camerounaises: le choix du peuple, quel peuple?

Je m’étais promis de ne rien écrire sur la campagne présidentielle, j’ai tenu bon. Je me suis promis de ne rien publier concernant le scrutin proprement dit, j’ai tenu bon. Le moment qui je le crois mérite toute mon attention est le jour de la proclamation des résultats, mais, voilà, je ne peux plus attendre, trop de cacophonie, trop d’illusions. Je n’essaierai pas de justifier mes positions, je vous préviens. Car je m’insurge contre ce dualisme à la camerounaise qui veut que soit on est partisan de la paix alors on prêche la continuité, soit on est un agitateur tueur d’enfants prônant le changement et le chaos qui irait avec.

 

Beaucoup cherchent dans des théories ultra compliquées l’explication au mutisme résigné du peuple camerounais face à ce qui apparaît à mes yeux comme un embrigadement psychologique. Moi je n’y vois rien de compliqué, il suffit de bien connaître le sujet d’étude.

Comme je vous l’ait dit dans un billet précédent, deux caractéristiques majeures déterminent les camerounais : une paupérisation à outrance qui a faussé les réflexes primordiaux de mon peuple et une peur du lendemai matérialisée par la célèbre phrase : après nous le chaos.

La réflexion alimentaire semble déterminer les faits et gestes du camerounais moyen.

Au plus fort de la crise libyenne alors qu’ailleurs on se basait sur l’ingérence flagrante des puissances occidentales pour dénoncer le putsch libyen, les camerounais, n’avaient dans leur majorité qu’une interrogation à la bouche : comment peut-on vivre dans un pays où tout est subventionné, voire offert et vouloir le changement ???

Pendant la campagne électorale, j’ai assisté à des bagarres, mais croyez-moi, les bagarres furent fratricides. Dans les rues de Yaoundé, on s’est plus battu pour les gadgets du parti au pouvoir que pour la compréhension d’un point quelconque du programme électoral d’une formation politique.

J’ai vu des files interminables de citoyens rôtissant sous le soleil yaoundéen. Retrait de cartes d’électeurs, retrait de moustiquaires imprégnées. Curieusement, les esclandres dont j’ai été le témoin ont généralement été le fait de ménagères courroucées de n’être pas rentrées en possession de leurs moustiquaires. « Volez nous notre droit de vote, tant pis, mais ne rigolez pas avec nos moustiquaires dèh ! ».

Course au maquereau, vol de consciences. J’ai vu les camerounais vendre leur âme pour si peu. Beaucoup de ceux qui vous parlent des élections à la camerounaise n’en savent rien. Beaucoup vous parlent de tripatouillages fruits du ouï-dire. Un jour d’élection, en camerounais bien-pensants, ils étaient tous calfeutrés dans leurs domiciles les placards bourrés de pain, attendant le jour d’après, se fichant de savoir entre les mains de qui ils abandonnaient l’avenir d’une Nation.

Actuellement, j’observe une course au pagne. Vous le ne saviez pas, le R. notre parti état local a produit une nouvelle mouture du pagne à l’effigie du roi lion. Et chacun se bat bec et ongles pour coudre le kabangondo ou la chemise,  sésame indispensable pour intégrer les farandoles qui se profilent à l’horizon du 24 octobre prochain, vous savez ce fameux jour où transpirant sous sa perruque, le président de la Cour Suprême, suppléante éternelle de l’invisible Conseil Constitutionnel proclamera des résultats dont l’évidence ne refroidira pas les youyous : « et le vainqueur est…Celui-Qui-Gagne-Toujours ! ».

Les agapes qui s’en suivront réuniront une fois de plus les camerounais, trop contents de boire et de manger gratis : « mon frère ! La viande n’a pas de couleur politique ». Je suis même sûr qu’on verra parader les « opposants », du moins ceux qui ont évité de mentionner leur nom dans la désormais célèbre déclaration de Yaoundé. Ceux là qui n’ont distribué ni riz, ni maquereau, ni gadgets chinois et qui curieusement vont demander à un peuple omnivore de descendre dans les rues.

Notre peuple à l’appétit pantagruélique, ne descendra pas dans les rues, car par ici s’indigner, manifester, marcher, sont des concepts aussi éloignés du quotidien que Mars de la Terre. Aussi curieux que cela puisse paraître, tout le monde fustige les « apprentis sorciers » qui envoient les jeunes camerounais manifester et se faire tuer, sans s’interroger sur l’identité, les motivations des tueurs. Si vous vous faites tuer lors d’une manif on vous demandera le diable qui vous y envoyé sans poser la question de savoir de quel droit on tue quelqu’un qui exprime son droit à la liberté d’expression.

Changement égale chaos, alternance égale guerre. La lobotomie parfaite.

Durant la campagne, la rhétorique autour du choix m’a bien fait rigoler, car tout le champ lexical gouvernemental actuel tourne autour de la responsabilité, la maturité et l’objectivité du peuple camerounais. Foutaises ! Le plus dur dans la vie n’est pas de faire un choix. N’importe quel quidam en a la capacité. La maturité réside dans la capacité d’assumer son choix, d’en tirer les conséquences et d’orienter ses décisions futures en fonction d’une vision née des conclusions tirées. Trente ans que les camerounais nous prouvent qu’ils ne sont pas dotés de cette capacité.

Tout ça finira t-il un jour?

5 Commentaires

  1. Jackson

    J’en doute!

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  2. Salma Amadore

    Florian oui mais dans cent ans peut être.

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  3. Hugues

    🙂
    la viande n’a pas de couleur politique
    et le vainqueur est celui qui gagne toujours,
    et si on commençait à préparer Octobre 2018.
    Amitiés, Florian !

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  4. Willy Fonkam

    Excellent article, Florian.
    Je me suis toujours demandé, durant la campagne électorale, pourquoi les camerounais avaient tendance à penser que sans Biya, c’est la guerre, et qu’il n’y a que lui pour sauvegarder la paix dans le pays.
    A mon avis, la seule chose qui pourrait inciter à voter Biya, c’est le fait qu’en face de lui il n’y a que des « opposants » cupides et égoïstes qui se battent pour prendre le pouvoir et faire, sinon pire, autant que le Roi Lion.
    Et puis, quand en finira-t-on avec cette mentalité qui nous pousse à voter pour 5 000? Je suis vraiment inquiet, car j’ai vu des enseignants, ceux-là même qui sont censés inculquer les bonnes valeurs à la jeune génération en vue de changer le pays, des enseignants, disais-je, prendre 5000 francs pour voter pour le R., arguant que c’est « leur argent », donc ils ont toutes les raisons de prendre.

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  5. Huguette

    Salut Floriant,
    le désintéressement des camerounais en générale á la politique ce traduit aussi bien á travers les reactions á ce post. Ou devrais je dire la « non reaction » ? Pas d´indignation, pas de débat, pas de discussion archarnée. On s´interresse plus á des themes comme « faire disparaitre » les homo du pays. Cá cá fait parler! Chacun a son mot á dire. Mais sur la question de notre avenir…on s´en fout. J´ai essayé pendant les elections de convaincre les gens á faire valoir leur droit de vote. Je peux te dire que c´était peine perdu. On m´a fais comprendre que j´étais bien naive de vouloir voter. e toute facon cá n´allais rien changer.
    Voilá ou on est au pays.
    Triste triste

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