Wikileaks mène le bal, les camerounais dansent

Je suis de ceux qui pensent que la politique n’a rien de véritablement sorcier. Mêmes ingrédients et mêmes acteurs que dans la vie.  Des hommes, habités des mêmes sentiments que le commun des mortels : ambition, cupidité, corruption, envie, sauf que tous ces sentiments se retrouvent mis en relation avec le destin d’une nation.

Les câbles de Wikileaks qui pleuvent ces jours-ci et mettent en relief un Cameroun hélas trop souvent en retrait de la scène internationale sont là pour le démontrer. Petites phrases de hauts commis de l’Etat, fatalisme voire apathie du Roi Lion, coups bas dans les antichambres du pouvoir. Résultat, on ne parle plus que de ça.

Même en admettant le fait que Wikileaks soit un instrument piloté à distance, la réception que les camerounais font à la publication de ces « révélations » lui donnent toute la légitimité qu’on veut lui retirer.

Mes amis les théoriciens du complot, ceux qui voient dans chaque phrase concernant le Cameroun l’œuvre de déstabilisateurs (les fameux apprentis-sorciers) cachés dans l’ombre, ont eu du grain à moudre avec toute cette actualité. On entend dans les rues de Yaoundé la même question : « Pourquoi maintenant ? ». Pourtant, Wikileaks d’après ce qu’on sait de son fonctionnement a toujours livré une information coïncidant « curieusement » avec l’actualité internationale. C’est la recette du site : créer le buzz. Du moment où on n’était pas dans sa ligne de mire…

En ce qui concerne le pays de Samuel Eto’o, le blondinet Assange a plutôt réussi son coup. La plupart des journaux camerounais n’ont pas eu à chercher loin leurs sujets de une cette semaine. Wikileaks par-ci, Wikileaks par là…Révélations fracassantes par-ci, mises au point acerbes par là. Souvenez-vous, dans un billet passé je relevais le fait que les sujets traités dans la presse locale, si elle représentait véritablement un contrepouvoir, provoqueraient un Watergate tous les ans et une dizaine de Clearstream par mois. Or, avec cette affaire, tout se passe comme si nos journalistes si souvent enclins à mener des campagnes de presse contre x ou y politicien qu’ils accusent « preuves à l’appui » de toutes les manigances, sont subitement surpris de retrouver leurs papiers « confirmés » par le célèbre site. Même l’opposition étrangement silencieuse à moins de deux mois d’une présidentielle se fend en déclarations et tribunes incendiaires dans la presse.

Il est bien légitime de crier à une tentative de déstabilisation du pouvoir camerounais en ces temps sensibles. Mais ceux qui crient au complot, consciemment ou non font le jeu de « l’impérialisme occidental ». Le fait est que tout ce qui est estampillé du label made in Cameroun est fortement déprécié en ce moment au pays. Savoir-faire, savoir-être, savoir-dire et même savoir-informer.

Heureusement, comme l’a chanté l’ivoirien Tiken Jah Fakoly, on a tout compris. On le supputait, mais maintenant on a compris.

On a compris que notre « Sphinx » n’était pas si silencieux que ça, il choisit juste ceux à qui il parle et la plupart du temps, ils n’ont rien de camerounais.

On a compris que la majorité de la presse locale se satisfait de bruits de couloirs et de papiers livrés « clés en main », attendant un câble qui les mettra sur le cul, incapables de réaliser que non moins que Wikileaks vient de leur donner « raison ».

On a compris que pour savoir ce qui se passe dans les hautes sphères de ce pays, il fallait lire les journaux camerounais, mais qu’avant de les croire, il fallait attendre confirmation de l’étranger.

On a compris que notre opposition… Bon, je préfère ne rien dire à ce sujet.

Mais par-dessus tout, on a compris pourquoi hurler « Paul Biya must go » n’aura jamais d’effet : tant que ce sera dit en anglais de Bamenda, cette phrase sera nulle d’effet, en attendant le jour où elle sera dite en anglais version Obama…

 

 

4 Commentaires

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  2. Hugues

    « La politique n’a rien de véritablement sorcier ». Ah mon cher Florian, navré que tu sois forclos à déposer ta candidature pour la prochaine présidentielle. RDV en 2018, je serais ton directeur de campagne.
    Légitimité et crédibilité des médias (privés) camerounais, Xavier Messe appréciera !
    Amitiés.

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  3. joachim

    le » popol must go » n’auras vraiment d’effet que lorsque bien sur il sera dit en anglais d’obama mais aussi en chinois puis en russe tu comprend donc que la route est encore longue pour notre SPHINX national

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  4. Esibobé

    Ne mets pas tous les politiciens dans le même plat. Hugo Chavez si tu écoutes ces discours fait du bon boulot. Notre premier mal ce sont ces vieux dirigeants accrochés au pouvoir, notre deuxième mal qui est planétaire, ce sont les occidentaux. Alors commençons d’abord par le premier.

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