Les camerounaises et moi: une histoire d’amour

Semaine de ouf ! Il n’y a pas que Kadhafi à avoir des ennuis. Deux de mes amis sont au bord de la dépression : le premier a appris que sa copine venait de se marier à son insu (et pas avec lui, évidemment…), le second a constaté la disparition de la sienne qui, après neuf ans de vie commune et de promesses a purement et simplement pris un aller simple vers la Suisse sans laisser d’adresse. Les deux mougous (comprenez cons) souffrent et agacent nos oreilles et nos soirées avec leurs jérémiades sur la complexité du genre féminin. Les pauvres… ce n’est que maintenant qu’ils la découvrent…

Il n y a pas matière à vantardise, mais je crois que je peux me proclamer roi des largages. Oui. Je peux déclarer que les femmes que j’ai rencontrées à toutes les étapes de  mon existence ont pris un malin plaisir à me jeter. Je ne me souviens pas de toutes ces ruptures, parce que le temps passant, j’ai pris l’habitude d’entendre, « je ne veux plus », « c’est fini », « on arrête tout », « stop ! »- les lectures de celle là devaient se limiter aux panneaux de signalisation… Donc, je me suis endurci. Mais il y a une fois, que je n’oublierai jamais, la première fois. Vous allez comprendre pourquoi.

En 1994, j’étais un ado boutonneux qui cherchait avec désespoir comment divorcer d’avec son pucelage. Je cherchais une copine, une fille avec qui partager l’extase dont l’avant-goût m’avait été communiqué par les plaisirs solitaires et savonneux. Je ne sais plus comment je fis, mais voilà qu’une de mes voisines, une lycéenne peu farouche décide de m’ouvrir son cœur et autre chose. A l’époque, je me gavais de ces torchons à l’eau de rose qui paraissaient dans la série Harlequin et que je prenais pour le summum de la littérature. J’en conservais une tonne sous mon matelas. L’un d’eux avait marqué mon esprit.  Il s’intitulait « L’inconnu du lac Léman ». L’histoire invraisemblable d’une fille qui tombait amoureuse d’un type qu’elle rencontrait au bord du Lac Léman et avec qui elle partageait une pomme, tout un programme. Pour mon premier rencart, je décidai donc de reproduire autant que possible ce scénario pour mettre ma partenaire dans les conditions de partage. Vous comprenez hein ?

Je n’avais pas de lac Léman, alors je l’ai supprimé. Rendu au centre commercial, j’acquis une précieuse pomme qu’on disait de France alors qu’on les cultivait près de Dschang. Achat qui me coûta une semaine d’argent de poche, mais bon, c’était pour la bonne cause. De retour chez moi, j’attache la pomme grâce à du fil à un des petits arbres que mon père faisait grandir dans la cour. Une natte, des boissons rafraichissantes (en réalité du jus de gingembre piqué dans le frigo) et j’attends la nuit. Ben oui, j’avais fixé le rencart la nuit et j’étais assez heureux de pouvoir bénéficier d’un bonus auquel je n’avais pas pensé : le clair de lune, l’amie des amoureux. A l’heure convenue, la fille arrive, moulée dans une jupette qui provoque des picotements dans le creux de mes mains. J’installe tout mon attirail exactement sous l’arbre où ma pomme est attachée. Nous passons de longues minutes à causer de tout et de rien. Je lui propose une boisson, qu’elle refuse. Je lui dis que sûrement elle adorerait croquer quelque chose. Je ne la laisse pas répondre que déjà je suis debout. Ma main se perd dans le feuillage bas de l’arbre et ramène la pomme que je tends à ma promise, un genou en terre avec un sourire digne de Roméo : Pour toi ma chérie.

Euh. Je dois avouer qu’à partir de ce moment tout est allé de travers. D’abord, la pomme était fripée. Normal, je l’avais accrochée dans l’arbre en milieu d’après midi et elle avait dégusté une bonne tasse de soleil. Ensuite, le fil avec lequel je l’avais fixée refusant de céder, j’avais tiré dessus et une partie s’était incrustée dans le fruit, le coupant presque en deux. Mais je crois que le fait majeur de cette soirée fut qu’en accrochant la pomme à l’arbre, je ne m’étais pas trop intéressé au fait que ce dernier ne fut pas un pommier, mais plutôt un jeune goyavier que j’avais choisi à cause de sa taille.

Dès ce moment la fille sembla se rendre compte que l’endroit était infesté de moustiques, qu’elle avait des devoirs à faire, qu’il était tard, bref après un sournois « bye ! » qui sonnait comme un adieu, elle s’enfuit, me laissant effondré. Le lendemain la moitié du lycée savait que j’avais l’esprit tordu, quant à elle, je ne la revis que dans mes rêves mouillés.

Il y a une chose qui n’est pas contrefaite chez les chinois, leurs proverbes. L’un d’eux dit : quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. Sérieux, ce jour-là j’ai conclu que mes compatriotes de sexe féminin manquaient d’imagination. Des années après elles n’ont pas beaucoup changé, elles ne comprennent rien à la symbolique de l’amour :

Tu invites une camerounaise admirer un clair de lune, elle te dit : « qu’est ce qu’on fout là ? Tu n’as pas de maison ? Pardon ! il y a des voleurs dans mon quartier-ci ».

Tu lui offres des fleurs elle te regarde et te sort : « je dis hein ? C’est la malchance ? »

Tu lui propose de marcher pour admirer la ville joliment décorée par les jardins de Tsimi Evouna : « yeuch ! Le gars-ci n’a pas d’argent pour le taxi ».

Même lorsqu’elles font ouvertement profession d’objets sexuels, elles semblent infectées par le même virus. « Tu fais quoi avec mon prénom ? Je t’ai dit le prix non ? ».

Il existe sûrement des exceptions hein ? Mais, allez savoir pourquoi je ne tombe jamais dessus.

Je ne sais même pas pourquoi je vous raconte tout ça. Ah ! Si ! Le week-end dernier je me suis encore fait jeter.

Peace mes frères et mes sœurs.

 

17 Commentaires

  1. Salma

    Florian je vois pourquoi tu me l’as dédicacé, très inspiré mais Kpelly et toi vous avez quoi contre les meufs?Très inspiré, J’aime

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    1. Ngimbis (Auteur de l'article)

      Ma chère Salma, on n’est pas remontés contre les femmes, c’est juste qu’elles ne ne comprennent pas; Tu viens encore de le prouver.

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  2. Alimou

    Super mon cher Florian! Ici à Conakry, c’est pareil. C’est le Ramadan, je vais pas rentrer dans les détails mais si je me mets à raconter mes largages comme tu le fais là, je risque de pondre un Har(d)lequin pas du tout succulent!
    Bien à toi, et j’ai bien aimé la plume!
    Amitiés!

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    1. Ngimbis (Auteur de l'article)

      « Har(d)lequin » : j’adore! 😉

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  3. Jackson

    Florian, pour les filles, elles sont aussi profondes que les abysses! Bienheureux est l’homme qui puisse les comprendre.

    Les filles du Camer ont une particularité, elles aiment les billets et rien d’autre. Il n’y a rien de plus à comprendre que ça!

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  4. Kpelly

    Ce n’est pas spécifique aux filles du camer, l’amour des billets, crois-moi, mon fils Jackson. Les Maliennes sont pires. Elles sont d’ailleurs toutes ainsi, nos nanas.
    Mon bon vieux Florian, il n’y a que toi pour aller cueillir des pommes, euh des demi-pommes dans des goyaviers. Comment peux-tu jouer à Je T’aime avec une telle gaucherie, hein. Tu n’es bon qu’à écrire de beaux textes, mais jouer à Roméo et Juliette, tel que je connais, peuh….
    Amitiés

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    1. Ngimbis (Auteur de l'article)

      Je crois que je vais suivre ton conseil David. En réalité je n’ai pas vraiment le choix hein?

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  6. Nicolas Goffart

    haha très sympa je m’y retrouve en plus :p

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  7. aline B.

    j’ai eu l’exclusivité de cette histoire il y a 3 ou 4 ans…faut quand mm avouer Florian que le coup du pommier. que dis-je? pomavier (pommier+goyavier) était plutôt saugrenu.
    En tout cas, je suis sûre que tu trouveras l’amour un de ces jours…

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    1. Ngimbis (Auteur de l'article)

      Tu pourrais m’offrir le tien non? 😉

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  8. adl

    ah, ce bon vieux Etegle!

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  10. Taty

    LOl,il existe des exceptions oui…et tu la trouvera 🙂

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  11. marychoko

    les camerounaises vraimennnnnt … faut leur dire moufff et passer à autre chose deh 😛

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  12. Internationalngonbassa

    Bravo pour ce blog que j’ai découvert très récemment! Oui, il est vrai que les camères sont devenues cyniques avec le temps. On a toutes rêvées à un moment, mais la précarité des relations comme celles de la vie les ont rendues pragmatiques, voire même trop. Au final, les seules garanties que la plupart ont de ne pas perdre leur temps avec un gars, est d’avoir le ventre ou la poche remplis. Pour le reste, c’est bon pour la fiction. C’est même pragmatisme qui fait préférer les VCD au Cinéma et le kongossa du sous manguier à la bibilothèque…Pour apprécier ton imagination et ton potentiel romantique mon cher Florian, tant que tu es résident e notre cher +237, il reste… les blanches (?). Just saying. Peace! 🙂

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  13. la peste

    bien fait pour vos gueules les mecs j adore vous voir souffrir .c est le règne de la justice privée

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