Racistes et cons, quoi de plus normal?

Aussi curieux que cela puisse paraître, les hommes semblent toujours assez surpris de découvrir le racisme latent de leur société. C’est un peu comme Michael Jackson qui a tellement été « blanc » que même ses proches se prenaient à sursauter lorsqu’on leur rappelait qu’il était Noir. Je ne suis pas à proprement parler ce que l’on appelle un personnage de la double culture, mais pour avoir côtoyé les réalités hexagonales et camerounaises je crois que j’ai vu autant de cons des deux côtés.

Je me souviens de cette anecdote qui m’a été racontée par mon père. Il y a des lustres, lorsque le premier européen a débarqué dans notre contrée, le premier africain sur lequel il est tombé a détalé comme un lapin à la vue de cet être blafard et étrange. Du racisme ? Non ! Le fait est que dans notre culture, les esprits des morts sont perçus comme des êtres de couleur blanche et de nature généralement malfaisante. Quoi de plus normal que mon ancêtre ait pris ses jambes à son cou ? Bon! entretemps il eut tout le loisir de découvrir à ses dépends que c’était un homme de chair et d’os, mais ce n’est pas l’objet du billet.
L’européen est à mon sens victime d’un complexe de supériorité dont je dirais au risque de m’attirer les foudres des mes « frères » africains qu’il est justifié. Non mais ! Comment voudriez vous considérer des individus qui il y a quelques siècles seulement étaient à vos yeux des animaux doués de parole et dont vos ancêtres faisaient le commerce ? Des êtres dont vous avez délimité l’espace vital lors d’une conférence, des êtres qui malgré la mascarade qu’ils nomment indépendance comptent sur votre assistance pour construire ne serait-ce qu’une route bitumée. Des êtres qui meurent à la pelle en attendant que vous trouviez la formule pour mettre hors de combat un simple moustique !
Hé oui ! Comment considérer de tels êtres, dans un environnement où les médias qui parlent de leur continent le présentent comme un dépotoir, un trou du cul monde dans lequel il faut plier l’échine, pour manger d’abord, pour esquiver les balles qui sifflent de part et d’autre ensuite.
Sachant cela, je n’ai jamais considéré les « blancs gentils » autrement. Vous savez, ce genre de blancs qui veut vous aider à comprendre le fonctionnement de tous ces appareils nouveaux pour vous, mais dont eux-mêmes ignorent tout. Ces blancs qui lorsque vous leur indiquez une faute de grammaire vous regardent avec des yeux tout ronds qui semblent vouloir dire « mais putain ! T’es un black ! ». Ces blancs qui vous parlent de leur coup de foudre pour l’Afrique comme si bronzer trois mois par an sur une plage tunisienne ou faire un safari à Waza c’était connaître l’Afrique.
Hé oui ! J’ai connu tout ça ! Et je n’ai crié ni au racisme, ni à la xénophobie. J’ai juste imaginé ma réaction si le chien qui hante mes poubelles chaque nuit me demandait un matin « bien dormi Mr Ngimbis ? ».
J’ai tout aussi souvent rigolé en écoutant les « frères » africains se plaindre de leur situation outremer. Ces types qui vous renvoient à tout bout de champ à la littérature de Frantz Fanon, Cheikh Anta Diop etc. ces frères experts en victimisation qui n’ont à la bouche que les mots qu’on leur aura appris dès leur arrivée : discrimination, rejet, intégration, stéréotypes, clichés et autres. Je rigole parce qu’ils ne se voient pas lorsqu’ils mettent en avant leurs performances sexuelles, leur bon goût en matière de sape, leur cuisine épicée sans égale et leur fameux sens du rythme. Si c’est la carte de visite de l’africain, pourquoi s’étonner que l’on nous réduise à ça ?
Ce n’est pas mieux au pays. Vivre dans l’opulence se dit « vivre comme un blanc ». Être ponctuel se dit « avoir l’heure du blanc » et j’en passe. Même manger un malheureux hamburger au lieu d’un succulent poulet-arachide est perçu comme un signe d’élévation raciale.
J’ai moins rigolé en observant les réactions bizarres de ces « frères ». Vous savez, tous ces « afropéens » qui lorsque vous débitez une phrase dans le métro avec votre délicieux accent camerounais se retournent avec l’air de se demander « Putain ! Qui nous affiche comme ça ? ». Ces « frères » qui vous traitent de « blédard » pour bien marquer une différence qui tient seulement à l’accent francilien qu’ils promènent avec eux comme un trophée de guerre.
A tout prendre je préfère le pragmatisme des « frères » qui vivent ici au pays : le respect de la peau blanche est d’abord économique. Ben quoi avec leur monnaie qui vaut 600 fois la nôtre pour avoir franchi la Méditerranée, il y a de quoi les comprendre. Je respecte l’intégration réussie des « frères » qui hantent les centres culturels français, avec leur vêtements rapiécés et leur rastas ornés de tous les colifichets et cauris (chinois !) sensés marquer leur côté authentique. Ça date de l’époque où on leur a dit que les blanches aimaient le côté bohème des hommes.
Malgré cela, je suis souvent déçu, comme lorsque j’ai fait récemment le tour du marché Mokolo avec un copain que les vendeurs ont invectivé en des termes frôlant parfois l’agressivité. Moi qui passe souvent inaperçu en ce lieu me suis fait traiter de tous les noms, juste parce que je ne m’arrêtais pas devant les étals : « n’est ce pas que tu es avec un Blanc, donc tu ne connais plus tes frères ? ». Et dire que mon adorable ami était Libanais !
A la fin je me demande si le racisme n’est pas simplement lié à la bêtise. Ben oui ! On a beau se proclamer intellectuel ou libre penseur,  il  est impossible de voir plus loin que les choix culturels et intellectuels que notre éducation et notre pauvreté spirituelle nous imposent.
Noir ou blanc, un con reste un con, quoi de plus normal?
Peace and love mes frères!

17 Commentaires

  1. Armand

    Eh oui ! j’adhere a fond mon frere ! c’est plus facile d’accuser les autres de racisme alors que nous meme on est pas mieux…

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  2. drikc

    Ecoute, je vais te répondre en te disant tu lis très mal l’histoire. Plus tu liras l’histoire de l’Afrique, plus tu te rendras compte que c’est dégueulasse… juste pour te rappeler que le FCFA à une certaine période valait plus cher que le FF. Et les français ont tout fait pour que cela soit inversé. Tant que nous ne maitriserons pas notre monnaie, tant que nous mettrons en avant les diplomes venus de l’étranger au lieu des notres, tant que nous ne développerons pas notre secteur primaire dont le plus gros reste celui de l’innovation métallurgique, et ben moi je peux te garantir, que les Africains seront toujours derrière à se prélasser et à tendre la main. Mais t’inquiète, le fouet n’est plus visible, mais le temps rendra les repas encore plus dure, et si les africains se réduisent à des poulets arachides, et ben eux-mêmes seront toujours aussi bêtes: le Hamburger c’est le prix de la spécialisation internationale.

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    1. Ngimbis (Auteur de l'article)

      Bien d’accord avec toi drikc, mais le problème n’est pas de lire l’histoire de x ou y manière. Le présent est d’ores et déjà assez lourd. A mon avis, savoir que le CFA fut autrefois plus lourd que le FF m’importe peu. Le présent est là bien vivace bien cruel, l’euro est le plus fort. Mon débat ne se situe pas à ce niveau, la question n’est pas de savoir si Blancs et Noirs sont égaux ou si les Pyramides étaient plus hautes que la tour Eiffel. La problématique de l’égalité a été résolue par les tirailleurs qui ont mêlé leur sang à celui de leurs chefs occidentaux.
      Tout ça pour être d’accord avec toi mais aussi te dire que la problématique du retard de l’Afrique ne saurait être vue sous un seul angle. Ici je ne parle pas du retard de l’Afrique, mais de racisme.
      Faut pas tout prendre à la lettre hein, de toutes les façons vaut mieux être abonné au poulet arachide qu’au KFC 😉

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  3. Manon

    Wow, ça envoie du bois…

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  4. Charles Gueboguo

    Le problème que tu soulèves, il me semble, est bien plus complexe qu’il n’y paraît. Ce n’est pas qu’une question d’étiquette, mais bien de la politique qui sous-tend l’étiquetage et de la philosophie portée par ces notions de différences qui font en sorte que la noirceur, ou les racismes, sont davantage des problèmes politiques culturalisés, que des préoccupations culturels portées par une politique. On peut sourire de la bêtise, mais à partir de quel moment la bêtise dans nos regards se transforment-elles en outil de pression et d’oppression? Est-ce que comprendre la difficulté ou le difficile parcours d’un changement de position idéelle à la fois chez les blancs et chez les noirs justifient-ils toutes les ségrégations : y compris parmi les noirs? Mieux, l’urgence dans la recherche d’une réponse à cette question ne se trouve-t-elle pas dans la réécriture de notre passé pour mieux vivre notre présent, pour mieux nous définir en tant que être : noir? Or on est soi seulement et seulement par rapport au regard admiratif ou désapprobateur de l’autre. On a besoin de « notre » blanc, de « notre » noir pour mieux asseoir notre essence. L’autre devient notre mal nécessaire par lequel nous nous définissons nécessairement. Pour ce qui est de la hiérarchisation de ces essences qui est à la genèse de ces racismes, et tous les ismes, je reviendrai peut-être un autre jour..Merci pour cette réflexion… Au fait c’est quoi « afropéen » pour toi? J’ai vu le terme chez Miano, mais pour toi quelle charge (historique/contemporaine/politique/ou culturelle) lui donnes-tu?

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    1. Ngimbis (Auteur de l'article)

      Je ne prétends pas justifier les ségrégations par un changement de position idéelle à la fois chez les blancs et chez les noirs. j’énonce des faits. Qu’on les aime ou pas, ils sont avérés.
      Mon blog n’est pas véritablement une tribune sur laquelle je ressors les poncifs maintes fois énoncés par les tenants de telle ou telle opinion. C’est pour cela que tu as du remarquer que je passe à côté des thèses africanistes ou afrocentristes et tout ce qui traite du retour historiques pour trouver des solutions à des maux présents. Je ne peux sûrement pas mieux en parler que ceux qui qui le professent.
      Tu as dit une phrase qui à mon sens résume ma pensée: « …qui font en sorte que la noirceur, ou les racismes, sont davantage des problèmes politiques culturalisés, que des préoccupations culturels portées par une politique ».
      On a certes une couleur dans le regard de l’autre cela n’est pas grave en soi, mais la perception de ladite couleur est le fruit de tout un contexte, historique, politique, économique etc.
      Comme tu le dis, le problème est plus complexe qu’il n’y paraît, mais je le redis, mon blog a une posture faussement naïve. Rien à voir avec l’hermétisme qui caractérise les penseurs africains de nos jours sans pour autant résoudre la tonne de problèmes du Continent.
      Merci de me lire Charles, amitiés.

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      1. Charles Gueboguo

        Qu’est-ce que l’hermétisme?..Lool..

        Merci de nous donner matière à réfléchir…

        Discrètement, nous te suivons.

        Tout de bon!

        Amitiés.

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      2. d'herbais

        Salut. Ce forum sur le racisme peut-il aboutir? je ne vois pas de différence entre noir, jaune, cuivré, bronzé , blanc quand on s’aime. Point barre.
        Le racisme est plutôt un sentiment de pouvoir vis à vis de classes sociales inférieures ou supérieures.
        Revenons à Douala où j’ai rencontré au début des années 60 mon idole des jeunes jazzy chez Kontchoupé.
        Et à l’Akwa avec mon amie Bamoun, un soir de réveillon, j’ai mis la zone pour qu’elle puisse aussi faire la fête.
        On disait alors les petits lancs : ceux qui vivaient avec des noires.
        A Kongsamba le patron avait une kyrielle de métis, fruits de ses amours avec une camerounaise. Quel mot superbe dans la langue française :  » camerounaise »
        j’ai vu aussi sur la grand place des piques avec des têtes coupées de Bamilékés.
        Je pense que le racisme est l’apanage des « CONS »
        J’ai encore quelques photos de ces moments bénis.
        Et en Guinée aussi où ma maman était prof.
        Salut camarade, Renaud 71 ans , navigateur et citoyen du monde.
        Vive la vie !

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  5. Allan Ridley

    J’suis d’accord avec cette vision des choses. L’ignorance et l’incompréhension qui en découlent sont à l’origine de la plupart des fondements racistes. De plus s’attendre à voir certaines populations blanches, conditionnées par l’héritage de nombreuses générations ayant évoluées avec l’image d’une Afrique noire qu’ils voulaient arriérée, prendre du jour au lendemain la nouvelle mesure de la vraie place de l’homme noir est utopique dans ce monde. Il y a encore quelques siècles le clergé catholique, qui compte de nombreux adeptes en Afrique, considérait que les noirs n’avaient même pas d’âme. Les choses s’améliorent progressivement quoiqu’on dise, mais il faudra encore du temps. Dans un monde déjà imparfait à la base et perpétuant la notion d’inégalité on ne peut espérer un miracle instantané si ça ne vient d’en haut (des cieux pas du nord). Mais pour aider à faire disparaître ces considérations erronées et ces clichés sans fondement, l’humanité doit se débarrasser de l’ignorance qui continue à la miner.

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  6. Kpelly

    Noir ou blanc, un con reste un con, quoi de plus normal?
    Rien à ajouter!

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  7. bobette3

    un con reste un con

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  8. Neo

    Superbe article Florian,

    Criant de vérité, et belle plume en plus. En tant qu’afropéen, (lol) je suis souvent étonné de ce fossé que nous avons tendance à créer avec les frères du bled. Il a qu’à voir les commentaire sur mon autre blog http://angazamag.com pour comprendre à quel point la connerie n’a pas de couleur.

    Peace…

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    1. Ngimbis (Auteur de l'article)

      Merci Neo. La bêtise comme tu sais est l’une des choses les mieux partagées en ce bas monde. Cool ton blog!

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  9. blingcool

    Tu fais bien de passer outre les thèses africanistes et afrocentristes qui préconisent un retour dans le passé car en y réfléchissant elles suivent pourtant le même paradigme que ces thèses occidentales qu’elles réfutent en voulant prouver à l’autre que le noir AUSSI a produit des civilisations, des écritures et tout ce qui exprime l’avancée au sens occidental (quand bien même qu’on le leur donne cadeau s’ils le souhaitent).
    Ceci dit, je reste d’avis qu’un retour historique est nécessaire pour apprendre à notre génération que l’Histoire de l’Afrique est une botte de foin dans laquelle colonisation/esclavage et considération du noir ne sont qu’une aiguille (aussi insolent que puisse paraître le propos étant donné leur impact sur notre manière de pensée au). Car finalement, le propre des « cons », noir comme blanc, c’est l’ignorance, et tu le soulignes très bien. Raison pour laquelle j’ai tendance, non pas sans me confronter à de virulentes oppositions, à emmener mes homologues africains à différencier xénophobe (peur de l’étranger, le plus souvent ignorants et auteur du fameux ) et le raciste à proprement parler, chez qui on a plus de chance de se retrouver à dîner mais avec qui il sera plus difficile de travailler.

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