Qui se ruine pour la dot ira au paradis des…camerounais!

Il y a quelques jours, tandis que le « mariage du siècle » faisait rêver des millions de gens, j’assistais à une cérémonie de dot, qui si elle n’était pas celle du siècle m’a néanmoins laissé une impression dont je me débarrasserai difficilement.

Un ami très cher, pour s’être toqué d’une jeune fille en tous points admirable, a décidé de passer à la vitesse supérieure. En d’autres termes l’épouser, mais d’abord la doter. voilà comment en tant qu’ « ami très cher »je me suis retrouvé en train d’effectuer un voyage éreintant, à croire que les jolies filles choisissent les trous perdus de cette République pour naître.  Retenez simplement qu’après trois heures de route les sept individus qui constituaient notre délégation se sont retrouvés fourbus et poussiéreux devant le domicile des beaux parents, dans un village inconnu.

L’entrée des véhicules et surtout celle de la camionnette bondée de trésors suscite des murmures de convoitise- c’est mon impression. Brève palabre entre les beaux-pères. Même pas le temps d’avaler une Castel, on entre dans le vif du sujet. Nous sommes en retard, du moins, ils le prétendent : amende ! Une enveloppe change de main. Même la décence citadine qui consiste à compter les billets sous la table n’a pas droit de cité. Le beau père entouré de ses frères- c’est fou ce qu’ils sont nombreux – sort les listes. Entendez les listes préétablies des objets, victuailles et autres cadeaux à remettre aux familles en fonction de leurs demandes. Le contenu du pick-up est inventorié avec une rigueur nazie. On frôle la cata. Le pagne d’une arrière belle-mère a été oublié. Amende+ réparation= une nouvelle enveloppe. Assez épaisse.

Les porcs changent de main, les chèvres suivent. Le vin rouge s’en va. Les téléphones portables (chinois heureusement !) des cadettes leur sont remis. Et ainsi de suite. Toute la cargaison qui a coûté une fortune change de propriétaire. Puis, c’est le tour du cash. Enveloppe du beau-père, de la belle-mère, de l’oncle le plus influent, du frère dégénéré qui s’est souvenu qu’il devait retourner à l’école, de l’oncle instituteur sans qui elle n’aurait jamais eu son certificat d’études primaires etc.

Puis vient une curieuse cérémonie. La promise est sortie de la maison où elle était recluse depuis notre arrivée. Les vieilles la mêlent à un groupe d’autres jeunes femmes qu’elles recouvrent d’un énorme pagne. On demande ensuite au solliciteur de reconnaître sa fiancée parmi les  formes mouvantes. Spectacle ridicule et assez énervant,  car à chaque fois que le type désigne la bonne forme (remarquez, ce n’est pas la veille qu’ils se sont connus hein ?) une autre femme sort de sous le pagne pour matérialiser son « erreur » et à chaque fois la réparation coûte une nouvelle enveloppe pleine de billets au milieu des youyous hypocrites.

Plusieurs enveloppes plus tard, on consent enfin à laisser notre délégation se restaurer. D’énormes morceaux de bœuf (par nous apportés) en guise de repas, le tout au milieu d’une ambiance de beuverie générale. Ici, même les arnaqueurs sont « hospitaliers ». je vide enfin une Castel…

Je vous fais fi des autres taxes et amendes payées tantôt à cause d’un mets de pistaches « mal apprêté », d’un vin rouge d’une marque différente de celle prévue et autres créations destinées à siphonner les portefeuilles déjà dangereusement aplatis.

La liasse de billets à qui je réservais un sort meilleur  dès mon retour sur Yaoundé disparaît : une amende contractée suite à une mauvaise exécution de la « danse des beaux-frères ». Parade grotesque sensée être exécutée par les « frères » du futur marié. Effort de guerre, mais dès ce moment, j’ai gardé les mâchoires serrées…

Après cette aventure qui pour le coup ne m’a pas fait rire du tout, j’ai promis de repousser au-delà du raisonnable le moment où pareille tragédie devra me tomber sur les épaules. Je me suis interrogé sur la place de l’amour dans ces conditions. Comment s’étonner que le concubinage gagne du terrain dans notre société. Chose encore plus horrible, j’ai appris récemment que certaines unions tournent court parce que les parents de la mariée ne veulent pas revoir le prix exorbitant de la dot. C’est tout aussi aberrant d’entendre des jeunes mariées crier à qui veut les entendre « je ne suis pas n’importe qui hein ? Ma dot a coûté x millions » ! Affirmation qui ne garantit en rien la longévité, ni la stabilité de l’union.

Depuis, je songe très souvent à mon ami. Purée ! Comment est-ce qu’il voit sa femme lorsqu’il la regarde ? Comme une épouse, sa moitié ou tout simplement le dernier bibelot venu enrichir une collection qui vu ses dettes ne grandira pas beaucoup ?

Heureusement il y a nos sœurs Bamiléké. J’ai ouï dire que la dot d’une Bamiléké excédait rarement un sac de kolas et un bidon d’huile de palme, rien que du symbolique. Union simple et facile, jusqu’au jour où la fille vous annonce : « mon père est décédé ». Là vous ferez connaissance avec le deuil made by Bamiléké, mais ceci, c’est une autre histoire.

Peace and Love mes frères !

23 Commentaires

  1. mireille flore djifedeu

    cool le point de chute sur les bamiléké et ta trop raison , tépouse une bamiléké avec une dot symbolique mais le jour où son plus proche ascendant décède, cè toi ki paie tous les frais du deuil et pas des moindres (avec la famille qui s’étale aux collatéraux ordinaires jusqu’au 12ème degré de parenté)……dis moi, des deux maux, lequel est le moindre: épouser une fille du coin de ton ami frère ou alors une bamiléké?

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    1. Ngimbis (Auteur de l'article)

      Au risque de paraitre décalé, je te répondrai que pour moi, le mariage n’est pas le stade ultime de réalisation personnelle. Ça n’engage que moi hein?

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    2. Yvan Rheault

      Pour ce qui est de la dot chez les Bamilekes, par expérience, je peux te dire que ça peut coûter plus d’un million, c’est pas juste de l’huile de palme et du kola… et je souhaite looooongue vie au beau-père ! 🙂

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    3. patlechat

      le sacrifice du depart s attenue avec les annees . tandis que la saignee d apres….on peut ne pas s en remettre.

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  2. Ouédraogo

    … Quelques semaines plus tard, le couple se dechire…

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    1. Douanla Ide Lynn

      C’est le comble! à qui la faute si le couple se sépare seulement quelques temps apres s’etre marié? la dot n’y a rien à voir, ils ont mal géré leur union et l’on foutue en l’air

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  3. Lefredo

    Heureusement qu’avec un peu d’instruction ceci se transformera d’ici peu en rituel et non plus en achat pour l’ouverture d’un supermarché…

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  4. Jackson

    Pour apporter de l’eau à ton moulin, Florian… http://www.camer.be/index1.php?art=9791&rub=11:1
    Il m’a été raconté l’histoire d’un gars, qui ayant acheté, euh… doté sa fiancée à prix d’or, déclara à toute l’assistance à son départ que ces gens devraient désormais considérer qu’ils avaient perdu leur fille. Quand le père de la fille est mort, il a fallu d’interminables négociations pour que cette dernière puisse aller à ses obsèques. Il n’y a plus jamais remis les pieds et la femme y va une fois par décade.
    C’est idiot. Bien de couples implosent dès leur départ à cause de cette foutue dot. Une chose me rassure, cette tradition partira avec nos parents, car notre génération est remontée contre cette pratique.
    Quoi de plus dramatique que de se retrouver endettés jusqu’au cou dès le début de votre vie à deux?

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  5. Jackson

    Et pour la deuxième partie… http://www.camer.be/index1.php?art=9827&rub=11:1

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  6. David Kpelly

    Ben, mon vieux, c’est simple, ces foutues histoires de dot. Moi j’ai fixé un quota à ne pas dépasser, 100 000 fcfa. Tu vois hein! Je pense que les nanas bamilékés feront l’affaire. Cherche-moi donc une, mon ami.Mais rassure-toi que c’est une orpheline de père et de mère, là j’évite les dépenses aux funérailles des beaux-parents.Qui dit mieux!
    Amitiés

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    1. Ngimbis (Auteur de l'article)

      Tu te crois sauvé si elle est orpheline? Hum! Mon cher David, les funérailles chez le Bamilékés durent toute la vie. Les morts ont le temps.
      Je te l’ai dit hein? importe une togolaise, vu ton expérience des maliennes, je crois que c’est le seul moyen d’éviter de te ruiner.
      Amitiés

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  7. Charles Lebon

    Le mariage n’est qu’une supercherie patriarcale que les hommes ont inventé pour se partager sans conflits les femmes.

    Les exagérations de dot n’ont pour seul objectif de bien écarter les autres concurrents comme quoi: « je l’ai acheté, …c’est pour moi…donc ce n’est pas à toi… » La femme est chosifiée et donner au plus valant.

    Je vous promet bientôt un article vous proposant une forme de contrat (qui sort de mes idées peu communes) qui doit régir la volonté d’un homme et d’une femme de se mettre ensemble.

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    1. Ngimbis (Auteur de l'article)

      J’attends ton contrat avec impatience Charles…

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  8. Kpelly

    Ce philosophe de Charles va encore nous sortir quoi avec cette histoire de contrat là hein!

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  9. Charles Lebon

    @David, sois patient j’y travaille déjà!!! Et je pense que tu y souscriras!!!

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  10. Dridri Flore

    Juste pour ajouter de l’eau a ton moulin Florian, je suis bamilike et je voudrais apporter quelques eclaircissement:
    – chez les bamileke, les freres du fiancee ne peuvent pas epouser les soeurs de la fiancee
    – la ceremonie de dote permet donc aux uns et aux autres de se connaitre
    -la famille de la fiancee fait le repas
    -la famille du fiancee apporte a boire
    -la dote est une occasion de partager un repas et recevoir la benediction des parents
    -le fiancee peut evidemment venir avec des cadeaux, mais ce n’est surement pas un raquet
    Bref: LA DOTE DOIT JUSTE ETRE REHABILITEE, ELLE EST TROP PERVERTI DE NOS JOURS PAR LES PARESSEUX QUI AIMENT L’ARGENT PLUS QUE LEURS ENFANTS , CEUX QUI SONT NES AVANT LA HONTE!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    Point

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  11. nina

    Je suis en désaccord avec ceux qui disent que la dot est faite pour chosifier la femme.J’admets que cela a pris des tournures assez malverses de nos jours mais c’est la faute aux hommes pas au concept.C’est supposé être symbolique.J’ajouterais qu’avant de critiquer le fond et la forme vous tous devriez vous renseigner on peut plus sur le but réel de la dot au départ.
    Ca fait parti de notre culture alors je suis pour.L’éliminer serait perdre une partie de notre africanite.

    Vous devriez savoir messieurs qu’aujourd’hui en dehors des tribus ou il y a des présents standards, on peut alléger la dot si on n’a pas les moyens, mais encore faudrait-il que vous pensiez discuter avec votre conjointe avant de vous lancer.En effet, celle-ci pourrait avoir son mot a dire et peut en discuter avec sa famille pour que ce ne soit pas couteux.et oui! il faut y penser!

    Quant a la femme Bamileke, ça vous va bien de parler de dépenses pour le deuil mais je crois savoir qu’on ne vous y force pas la main.je m’explique.Les beaux-frères contribuent certes, mais il n’est dit nulle part que vous devriez donner plus que vous n’en avez.Non seulement ça fait partie de notre culture mais en plus si vous voudriez changer cela, pensez d’abord a réduire le phénomène de dépenses exorbitantes lors des deuils…celui ou on dépense plus sur le mort que quand il était vivant.

    Quand tu épouses ta femme, tu épouses ta belle-famille et tous les problèmes qui vont avec…pareil pour l’homme…mais en même temps, au-delà des critiques qui peuvent y survenir, on s’aide mutuellement parce que ça peut arriver a n’importe qui.

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  12. Pingback: Fornication, concubinage, chaussures: une histoire de camerounais :: KamerKongossa | Chroniques camerounaises

  13. Taty

    Euuuuh c’est réel ou c’est caricatural?

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  14. ayyahh

    Sous d’autres cieux les choses ont changé parce que justement, les mariés (hommes) finissaient par considérer les épouses comme des « biens », ne se gênant pas pour la battre et lui faire subir toute sorte d’abus… quand la famille se plaignait tombait la réplique: « si vous voulez votre fille, rendez moi ma dot » et comme elle avait couté la peau des fesses, l’épouse n’avait d’autres recours que de subir ou de disparaitre dans la nature…

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    1. patlechat

      conclusion: abolissons la dot pour eradiquer le fleau des violences faites aux femmes!
      je vote pour!

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  15. Patrick NDJIENTCHEU

    « le deuil made by Bamiléké » looooooooooollll

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  16. saurelle

    et oui c’est ça la dot

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